Carlos Castaño Gil

21.04.2016 ( Modifié le : 10.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Carlos Castaño Gil est né le 15 mai 1965 à Amalfi, en Colombie. Il a grandi à côté de ses onze frères et sœurs dans une ferme laitière dans le département d’Antioquia. Lors de son adolescence, Castaño a rejoint l’organisation des assassins de Pablo Escobar, qui assassinait les gens sous commission par un tiers. Pendant les années 1980, la famille de Castaño a commencé le mouvement paramilitaire en Colombie. Son père, Jesús Antonio Gonzáles Castaño, a été enlevé par les FARC (Forces armées révolutionnaires de la Colombie) et est mort en captivité en 1989. Cet incident a déclenché une fureur chez les frères et sœurs de Castaño et en réponse, guidés par leur frère Fidel, ils ont décidé de créer les Forces d’autodéfense paysannes de Córdoba et Urabá (ACCU). L’objectif de l’ACCU était d’éradiquer les groupes de guérilla, notamment les FARC, l’Armée de libération nationale (ELN) et le M-19, à savoir le Mouvement du 19 avril.

Initialement la mission de Castaño était de renforcer l’ACCU dans la ville de Medellín. En faisant cela, il a coordonné des groupes de tueurs à gages qui assassinaient, selon Verdad Abierta, «combattants de la guérilla, des syndicalistes, des juges, des procureurs, des enseignants, des militants des droits de l’homme et des politiciens». Par exemple, en 1990, l’ACCU a assassiné Bernardo Jaramillo, le candidat aux élections présidentielles du parti politique de gauche, l’Union patriotique (UP).

En 1992, en alliance avec des groupes de trafiquants de drogue qui étaient ennemis de Pablo Escobar, la famille Castaño a créé « Pepes », ce sigle signifiant «les personnes persécutées par Pablo Escobar ». Les membres étaient des gens qui étaient chassés par Escobar. Cette lutte contre Pablo Escobar a amené le groupe à collaborer avec le département de justice colombien et à la création de ce qu’on a appelé le «Bloc de Búsqueda », c’est-à-dire le bloc de recherche. En conséquence de la collaboration avec les autorités colombiennes, l’ACCU faisait partie du projet CONVIVIR. Ce projet, qui a été parrainé par le gouvernement central et soutenu par 27 ministères, visait à légaliser la lutte de contre-insurrection contre les mouvements de guérilla.

En 1994, Fidel Castaño a disparu avec des versions différentes de la façon dont il a disparu de la circulation. Certains disent qu’il est mort au combat, certains disent que son frère l’a tué ou que les membres de l’Armée populaire de libération (EPL) l’a tué. En outre, il y a des rumeurs selon lesquelles il était dans la clandestinité à l’étranger. Sans lui, cependant, il était Carlos Castaño qui devait prendre les rênes de l’ACCU.

Le projet CONVIVIR a été fermé en 1996 par le président Ernesto Samper Pizano. Avec cette fermeture, il a ordonné la démobilisation des groupes paramilitaires que de nombreux groupes ont refusée.

En 1997, Carlos Castaño et son frère, Vicente, ont réuni différents groupes paramilitaires sous une direction unique et de cette façon les Forces d’autodéfense unies de Colombie (AUC) sont nées. L’année 1997 a été caractérisée par la forte offensive militaire que les AUC ont lancé, y compris les massacres de Mapiripán et d’El Aro, dont la responsabilité a été attribuée aux AUC.

Le massacre de Mapiripán (dans le département de Meta) a été réalisé entre le 15 et 20 Juillet 1997. Pendant le massacre, les AUC ont torturé des personnes et ils ont démembré et éviscéré les cadavres. Un total de 49 paysans ont été assassinés. Beaucoup de leurs cadavres ont été jetés dans le fleuve Guaviare pour les faire disparaître. Le 21 Juillet 1997, les membres de la Croix-Rouge ont évacué les habitants de Mapiripán de la région et des villes de Villavicencio et San José du Guaviare. Une fois que le massacre était terminé, les membres des AUC sont restés dans la région et ont pris le contrôle des exploitations de coca. Leur séjour dans la région a provoqué des affrontements continuels entre les groupes de guérilla et les forces armées du pays. En conséquence des affrontements armés, des milliers de personnes ont été déplacées à l’extérieur de la région.

Selon le rapport judiciaire, le massacre d’El Aro (dans la municipalité de Ituango, dans le département d’Antioquia) avait été planifié à l’avance dans une ferme à proximité d’un lieu connu comme « La Caucana », dans la petite ville de Tarazá, en Bajo Cauca d’Antioquia. Selon des témoins, Carlos Castaño, Salvatore Mancuso et des membres des forces armées colombiennes ont participé à cette réunion. Le massacre a été réalisée entre le 22 et le 28 octobre 1997 et a tué 15 paysans. En outre, plusieurs personnes ont été dépouillés de leurs biens et chassés de la terre. Les autorités colombiennes ne sont arrivés qu’une fois le massacre était terminé.

Selon l’ONG Human Rights Watch, en 1997 Castaño était responsable d’un total de 22 massacres. En outre, la responsabilité des meurtres suivants a été attribué à lui: Jaime Garzón (13 août 1999), Carlos Pizarro (26 avril 1990), et Jaime Pardo Leal (12 octobre 1987), ainsi que les meurtres de centaines de paysans, des procureurs et des juges qui enquêtaient sur lui.

En 2002, Castaño a entamé des négociations avec le gouvernement pour démobiliser les AUC. En Juillet 2003, les AUC ont annoncé leur démobilisation dans les médias colombiens et en avril 2004 Castaño a disparu. Le 23 août 2006, le bureau du procureur général a reporté que les informateurs des AUC avaient indiqué que Castaño avait été assassiné par des membres des AUC en 2004. Les AUC ont confirmé sa mort le 4 septembre 2006, après que le Corps technique d’investigation (CTI) a effectué des tests morphologiques et génétiques.

Les AUC sont accusés de plus de 1000 massacres, des milliers de meurtres sélectifs et des attaques contre la population civile. Ils sont accusés d’avoir des liens avec le trafic de drogue qui financent leurs activités criminelles. Les AUC ont été également financées par des propriétaires terriens, des hommes d’affaires et les entreprises nationales et multinationales.

Le 22 Avril 2002, la Cour pénale du département d’Anitoquia n° 2 a condamné Castaño par contumace à 40 ans de prison pour meurtre aggravé, déplacement forcé et vol aggravé dans le massacre d’El Aro. Lors du même procès, Salvatore Mancuso a été condamné à 40 ans et Francisco Enrique Villalba a été condamné à 33 ans de prison.

procédure légale

LE MASSACRE D’EL ARO

Le 22 Avril 2002, la Cour pénale du département d’Anitoquia n° 2 a condamné Castaño par contumace à 40 ans de prison pour meurtre aggravé, déplacement forcé et vol aggravé pour les actes commis dans la ville d’El Aro dans la municipalité d’Ituango entre 22 et 28 octobre 1997 par les Forces paysannes d’autodéfense de Córdoba et Urabá (ACCU).

Au cours de l’enquête, les militaires qui ont participé au massacre n’ont pas été identifiés. Initialement l’enquête se concentrait sur le lieutenant de l’armée Everardo Bolañas Galindo, puis il a concerné Germán Alzate Cardona, un fugitif aussi connu comme « Rambo » ; le Procureur général de la Colombie a relevé les hommes de leur fonctions et les a punis pour la collaboration et l’aide au raid paramilitaire. Le Procureur général a également ouvert une enquête contre le Général Carlos Alberto Ospina Ovalle, puis commandant de la Quatrième brigade, et contre le Lieutenant-colonel Germán Hernández Morantes, ancien commandant du bataillon Girardot. Le Procureur général a abandonné les enquêtes le 10 Août 2010.

Le 1er juillet 2006, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a condamné l’État de la Colombie pour le massacre d’El Aro (Ituango vs Colombie). La Cour a ordonné à l’État de payer 1.426.000 dollars américaines aux 123 familles des victimes. En outre, la Cour a ordonné à la Colombie de rendre hommage publiquement aux victimes et a demandé que les responsables de ces crimes qui sont aujourd’hui libres soient enquêtés.

LE MASSACRE DE MAPIRIPÁN

Le 18 juillet 2003, la Cour pénale spéciale n° 2 à Bogotá a condamné Carlos Castaño Gil par contumace à 40 ans de prison pour meurtre aggravé, terrorisme, enlèvement et complot pour les crimes commis dans la municipalité de Mapiripán (dans le département de Meta) entre le 15 et 20 Juillet 1997.

La sentence affirmait que « le 23 juillet 1997, l’enquête officielle sur les crimes commis dans la ville de Mapiripán, dans Meta, le 15, 16, 17, 18, 19 et 20 du même mois a commencé. Cette enquête recherchait des éléments de preuve qui pourraient éclairer les événements dans la ville. Plus tard, l’enquête a associé les auteurs possibles des crimes et ainsi plusieurs mandats d’arrêt ont été émis… Castaño et Julio Enrique Flórez ont été identifiés comme absents par un ordre du 7 avril 1999.»

Le 26 janvier 2004, l’État de la Colombie a été cité devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme. La Commission a porté l’affaire devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui a prononcé une sentence fixe contre la Colombie le 15 septembre 2005 (cas du massacre de Mapiripán contre la Colombie). Lors de la sentence, la Cour a donné des éléments de preuve de la responsabilité des paramilitaires et des forces armées dans la commission du massacre. Au cours du procès, la Cour avait dû provisoirement accorder protection aux victimes qui témoignaient sur les crimes suite à des menaces à leur vie par ceux avec qui ils se confrontaient. En outre, la Cour a ordonné que la vérité voit la lumière du jour et que les victimes reçoivent une indemnisation.

En 2007, la Cour suprême a condamné Castaño à 28 ans de prison pour les crimes d’enlèvement aggravé et meurtre, terrorisme et complot. A cette date-là, Castaño avait déjà été déclaré décédé par le bureau du procureur général. Pour déterminer la peine, la Cour a indiqué qu’ «il n’est pas possible d’être absolument sûr que le squelette trouvé lors de l’exhumation du cadavre le 1er juin 2006 dans la ferme de Camagüey, dans la petite ville de Guasimal, dans la municipalité de Valence, dans le département de Córdoba, est celui de Castaño … même si le test d’ADN a montré que le squelette exhumé était le père biologique du jeune homme Carlos Esteban Duque, il n’existe aucune preuve démonstrative que ce jeune homme est le fils de Castaño. Rien qui puisse prouver cela n’a été sorti par le procureur général. »

Castaño a resté un fugitif et il n’a jamais purgé sa peine pour les crimes pour lesquels il a été reconnu coupable par le système de justice colombien.

contexte

De 1948 à 1953, la Colombie a vécu une guerre civile d’une rare intensité. Connu sous le nom de « La Violencia », le conflit a opposé la droite catholique conservatrice à la gauche libérale qui s’est radicalisée suite à l’assassinat de leur chef Jorge Eliécer Gaitan.

Ce conflit a provoqué la naissance de mouvements guérilleros de gauche, libéraux puis communistes ainsi que l’apparition de milices d’auto-défense paysannes qui se sont créées en réaction aux exactions des militaires et des groupes armés conservateurs. Elles donneront ainsi lieu à la création entre autres, des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui émergent comme une branche militaire du parti communiste colombien, et de l’Armée de Libération Nationale (ELN) groupe d’inspiration castriste. Ces groupes parviennent à conserver un appui auprès de la population rurale notamment lors de la période du front national (1958-1978) pendant laquelle se sont succédé au pouvoir, libéraux et conservateurs, sans laisser aucune autre possibilité de représentation politique. Cette négation de la démocratie par une élite dirigeante a engendré une forte frustration donnant lieu à de violentes confrontations entre les mouvements de guérillas et le gouvernement.

Dans les années 80, le conflit prend une autre dimension avec l’essor du narcotrafic et l’émergence des premiers groupes paramilitaires financés par les narcotrafiquants pour se protéger des actions des guérillas. En 1984, un cessez-le feu est décrété entre les guérillas et le gouvernement, que seuls les FARC vont tenter de respecter. Ils vont ainsi fonder un parti en 1985, l’Union patriotique (« La Unión Patriótica » Mais ce dernier sera finalement décimé par les paramilitaires et les forces de l’ordre. Ils reprennent donc la lutte armée dès 1987. Après une tentative infructueuses de coordonner certains mouvement de guérillas, puis quelques accords signés avec le gouvernement, les seules guérillas actives finissent par être les FARC, l’ELN et dans une moindre mesure L’EPL, qui a émergé à parti d’une scission maoïste du parti communiste colombien.

En décembre 1991, l’affaiblissement du parti communiste et la prise du siège du secrétariat des FARC à La Uribe par l’armée, contraint leurs dirigeants à changer de mode opératoire. Ils adoptent alors une stratégie militaire notamment entre 1993 et 1998 avec la prise de plusieurs bases militaires et villages dans des opérations comptant plusieurs centaines de guérilleros. Le conflit passe alors à une phase de guerre de mouvement pendant laquelle les forces armées ne semblent plus être en mesure de maîtriser les guérillas qui procèdent à des barrages routiers, des enlèvements, des sabotages etc.

Face à l’inefficacité de l’armée, des milices paramilitaires se constituent avec la création en 1997 des Autodéfense Unies de Colombie (« Autodefensas Unidas de Colombia » -AUC) sous la direction de Carlos Castaño. Divers groupes d’autodéfense sont également créés, et l’un de leurs mode d’action consiste à massacrer les civils des villages supposés favorables à la guérilla, comme le massacre de Mapiripan où la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme a constaté la complicité de l’armée.

Arrivé au pouvoir en 1998, le Président Andrés Pastrana opte pour une nouvelle stratégie. Il crée une zone démilitarisée en vue de favoriser les dialogues de paix et de procéder à des échanges de prisonniers. Malheureusement, si cela a permis quelques développements, elle est utilisée comme base arrière par les FARC pour réclamer les rançons de leur enlèvement ou bien pour recruter de nouveaux soldats. La zone est finalement déclarée à nouveau sous occupation en février 2002.

President Alvaro Uribe est élu en 2002. Sous son mandat est adopté en juillet 2005 la Loi de Justice et Paix (Ley de Justicia y Paz), visant à établir un cadre juridique pour la démobilisation des guérilleros. En vertu de la législation préexistante établie par la loi 418, tous les combattants qui participent au processus de démobilisation peuvent bénéficier d’une amnistie les immunisant contre une éventuelle information judiciaire et des poursuites pénales. Seuls sont exclus de l’amnistie les combattants ayant commis les crimes les plus sérieux, tels que des actes de barbarisme, des actes de terrorisme, des kidnappings, des faits de génocide ou le meurtre de civils. La Loi de Justice et Paix s’adresse précisément à ces combattants dont le comportement n’est pas couvert par la loi d’amnistie. En vertu du nouveau cadre législatif, ces combattants peuvent bénéficier de certains avantages judiciaires s’ils contribuent au processus de justice et de réparation. Par conséquent, en échange de la vérité et d’une promesse de ne pas réintégrer un groupe armé, les combattants démobilisés peuvent obtenir une réduction de leur peine. Peu après son adoption, cette loi a été considérablement critiquée dans la mesure où l’étroitesse de son champ d’application entrave ses objectifs de paix et de justice. En effet, sur les 30’000 combattants démobilisés entre 2003 et 2006, moins de 10% d’entre eux sont concernés par la Loi de Justice et Paix. Le reste de ces combattants peuvent donc bénéficier d’une amnistie conformément à la loi 418 qui ne requiert pas que la vérité soit révélée.

De 2002 à 2010, pendant ses deux mandats, Président Alvaro Uribe adopte une politique de « sécurité démocratique » mettant l’accent, au moyen du « Plan Colombie », sur la réponse militaire à apporter aux guérillas avec pour objectif le rétablissement de la présence de l’état sur l’ensemble du territoire colombien. Le budget de l’armée connaît ainsi une forte hausse et ces nouvelles capacités opérationnelles alliées à une forte offensive des AUC contre les FARC jusqu’à leur démobilisation en 2006, permettent de faire reculer de façon significative les FARC. Ainsi, durant ce mandat, le nombre de FARC a diminué de moitié passant de 17000 à 8000 en 2010 et si le « plan Colombie » adopté par Uribe a connu un certain succès, la sécurité démocratique possède aussi des limites. Les mouvements de guérilla s’intensifient, moins nombreux, mais plus mobiles que jamais. Ils continuent à infliger des pertes sévères à l’armée. De plus, la production de cocaïne permet toujours de financer en grande partie les mouvements de guérillas.

En 2010, le mandat de Juan Manuel Santos débute avec une recrudescence des attaques lancées par les FARC. Le pouvoir en place réplique par des contre-offensives sanglantes et notamment celle du 23 septembre, l’opération Sodome, qui porte un coup majeur à l’organisation. Son chef militaire Jorge Briceño Suàrez est alors tué ainsi qu’un certain nombre de membres des FARC. Après de nombreuses arrestations, le gouvernement considère début 2011 que les FARC sont en repli et que la priorité est désormais de lutter contre les bandes criminelles héritières du para militarisme.

Le 27 Août 2012, le président Santos confirme une entrevue avec les FARC pour entamer un dialogue de paix et terminer le conflit. Bien que sujet à polémique, les dialogues se sont engagés par intermittence notamment lors de cessez-le feu et également grâce à la médiation d’Hugo Chavez demandée par Santos. Les dialogues de paix ont permis d’arriver à un accord sur la réforme de la terre de même que sur la participation politique et la représentation des opposants au parlement. La prochaine priorité de ces dialogues concerne le trafic de drogue et aussi la possible allocation des fonds associés au budget de la défense pour les victimes dans une Colombie post conflit.

Bien qu’officiellement toujours en cours, de grandes avancées ont été faites ces dernières années. Jusqu’à présent, le conflit a généré un grand nombre de victimes, environ 180 000 civils tués, 40 000 combattants tués, 25 000 disparus et plus de 4,7 millions de déplacés. Ce contexte de violence généralisé a surtout eu pour effet d’affecter la population civile dans de larges mesures. Massacres, assassinats, disparitions forcées, enlèvements ont été ainsi le quotidien de plusieurs dizaines de milliers de personnes lors de ce conflit.