Francisco Luis Gordillo Martinez

16.08.2018
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

Faits

Francisco Luis Gordillo Martínez est un ancien responsable militaire et politicien guatémaltèque . Il faisait partie du triumvirat au côté du général Efrain Rios Montt et du Colonel Horacio Maldonado Schaad qui a mis en place la junte militaire à la suite du coup d’État militaire contre le président Fernando Romeo Lucas García en mars 1982.

Gordillo Martínez était également commandant de la zone militaire de Quetzaltenango.

Pendant la guerre civile Guatémaltèque, la famille Molina Theissen s’était vivement opposée au régime militaire et était perçue comme des étant subversifs par les forces de sécurité. Carlos Augusto Molina Palma, le père des victimes dans l’affaire Molina Theissen a été arrêté et torturé à plusieurs reprises entre 1955 et 1960 et fut condamné à l’exil par le régime militaire. Sa fille, Emma Guadalupe Molina Theissen était une adhérente du Juventud Patriótica del Trabajo (Jeune Travailleur Patriote) qui était lié au parti travailliste guatémaltèque. Emma fut arrêtée en compagnie de son petit ami le 19 mars 1976. Durant sa détention Emma a été violée et torturée. Son petit ami fut tué pendant sa détention.

Le 27 septembre 1981, Emma fut à nouveau arrêtée, violée et torturée par l’armée. Elle a été détenue illégalement à la base militaire Manuel Lisandro Barillas qui se situe dans la ville de Quetzaltenango pendant 9 jours avant de s’échapper, le 5 octobre 1981. Le 6 octobre 1981, trois individus armés habillés en civil se sont rendus au domicile des Molina Theisse à Guatemala. Deux de ces individus sont entrés dans la maison et ont frappé la mère d’Emma et emmené son frère de 14 ans, Marco Antônio Molina Theissen, à bord d’une voiture officielle du régime. Marco Antonio n’a jamais été revu.

Selon la commission pour la clarification de l’histoire les individus armés étaient des membres des services du renseignement militaire et ont enlevé Marco Antonio en représailles des actes d’Emma et de sa famille.

Procédure légale

Le 8 septembre 1998, la famille Molina Theissen a porté plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme qui a transféré l’affaire à la Cour Interaméricaine des droits de l’Homme le 4 juillet 2003.

Le 4 mai 2004, la Cour a rendu son jugement déclarant dans l’affaire Molina Theissen que l’État Guatémaltèque avait violé la Convention Américaine des droits de l’Homme et la convention Interaméricaine sur les disparitions forcées.

La Commission et la cour ont demandé à l’État guatémaltèque d’enquêter et de poursuivre en justice les responsables dans cette affaire. L’État guatémaltèque a reconnu sa responsabilité.

Le 6 janvier 2016, quatre anciens hauts dignitaires de l’armée, Gordillo Martínez, Hugo Ramiro Zaldaña Rojas, Edilberto Letona Linares, et Manuel Antonio Callejas y Callejas ont été arrêtés pour leur implication alléguée dans l’affaire Molina Theissen. Ils sont notamment accusés de crime contre l’humanité, coups et blessures avec circonstances aggravantes et disparition forcée contre Marco Antônio Molina Theissen et de violences sexuelles et torture sur Emma Guadalupe Molina Theissen. Les quatre accusés ont été placés en détention provisoire.

Les accusés ont tous plaidé non coupable. La procédure devant la cinquième chambre criminelle de la Cour a été ralentie par les nombreux recours des accusés, demandant notamment l’abandon des charges ou le transfert à la Cour martiale ou civile de Quetzaltenango où les crimes auraient été commis. Tous les appels ont été rejetés.

Le 1er mars 2018, le procès de Gordillo Martinez et quatre autres ancien officier de l’armée a démarré devant la cour à Haut risque “C”. Emma Theissen Alvarez de Molina, la mère d’Emma et Marco Antonio s’est constituée partie civile.

Le 23 Mai 2018, Callejas y Callejas, Gordillo Martínez, Manuel Benedicto Lucas Garcia et Hugo Ramiro Zaldaña Rojas ont été reconnu coupable de crime contre l’humanité ainsi que violence sexuelle aggravée à l’encontre de Emma Guadalupe Molina Theissen. Il a été condamné à une peine de 33 ans de prison (25 ans pour les crimes contre l’humanité et 8 ans pour les violences sexuelles aggravées)

Manuel Benedicto Lucas García, Hugo Ramiro Zaldaña Rojas, Manuel Antonio Callejas y Callejas ont également été reconnus coupable de la disparition forcée de Marco Antônio Theissen et condamné à 58 ans de prison par la cour à Haut risque de la ville de Guatemala.

Contexte

LA GUERRE CIVILE (1960-1996)

Entre 1960 et 1996 le Guatemala a connu un conflit armé interne qui s’est terminé par la signature de la paix le 29 décembre 1996 et a fait 250’000 victimes (morts et disparus).

En 1960, de jeunes officiers rebelles et des paysans se révoltent contre le régime dictatorial, c’est le début d’une guerre civile qui durera 36 ans. Jusqu’en 1982 va se succéder une série de gouvernements militaires ou pro militaires.

En 1978, le général Fernándo Romeo Lucas García devient président du Guatemala. C’est sous sa présidence que vont avoir lieu les premiers grands massacres à l’encontre de la population maya. Le 30 janvier 1980, il aurait par ailleurs ordonné l’assaut de l’ambassade d’Espagne où s’étaient réfugiés des représentants de divers mouvements paysans, causant la mort de 39 personnes.

En 1982, le général Efraín Ríos Montt arrive au pouvoir par un coup d’Etat et met en place des patrouilles d’autodéfense civiles (PAC), composées de 900’000 miliciens recrutés de force par l’armée afin de lutter contre la guérilla. Il intensifie la politique de la « terre brûlée », les tortures et les disparitions forcées. Plus de 45’000 personnes fuient vers le Mexique, où ils sont placés dans des camps de réfugiés au Chiapas et au Tabasco. Les quatre groupes principaux de la guérilla (EGP, ORPA, FAR et PGT) réagissent en s’unissant au sein de l’URNG (Union révolutionnaire nationale guatémaltèque), composée de 6’000 miliciens, et le conflit devient alors une véritable guerre civile.

La brève présidence de Ríos Montt (de 1982 à 1983) est considérée comme la période la plus violente du conflit, ayant provoqué la destruction totale de 440 villages mayas et l’exécution de 200’000 mayas dans des attaques d’une cruauté extrême (amputations, empalements, tortures provoquant la mort,…). Bien que les guérillas (de gauche) et les escadrons de la mort (de droite) aient aussi perpétré des exécutions sommaires, disparitions forcées et tortures de civils, la majorité des violations des droits de l’homme (93%) ont été commises par l’armée guatémaltèque et par les PACs qu’elle contrôlait.

Des élections libres sont finalement organisées en 1986 et gagnées par Vinicio Cerezo Arévalo, candidat du Parti Démocrate Chrétien. Ce n’est cependant qu’en 1996 que des accords de paix sont signés entre le gouvernement et la guérilla, mettant fin à un conflit de 36 ans.

COMMISSION D’ÉCLAIRCISSEMENT HISTORIQUE (CEH)

En juin 1994, les Accords d’Oslo créent une commission de vérité, appelée « Commission pour l’éclaircissement historique » du Guatemala, dont le mandat est d’enquêter sur les violations des droits de l’homme liées au conflit armé, de rédiger un rapport concernant ces violations et leurs causes, ainsi que de formuler des recommandations spécifiques pour « encourager la paix et l’harmonie nationale au Guatemala ». Après avoir entendu le témoignage de milliers de personnes et exhumé plusieurs sépultures clandestines, la Commission publie un rapport final en février 1999, nommé « mémoire du Silence ».

Dans son rapport, la CEH fait état de 200 000 morts, de 50 000 disparus, d’un million de déplacés internes et réfugiés, de plus de 600 communautés détruites. La majorité des crimes (91%) ont été commis sous les régimes des généraux Romes Lucas García (1978-1982) et d’Efraín Ríos Montt (1982-1983).

Les faits établis dans ce rapport ont plusieurs fois été utilisé pour juger des auteurs de violations des droits de l’homme, notamment Felipe Cusanero Coj, ancien officier paramilitaire, première personne à être jugée pour des crimes de disparitions forcées de civils commis durant la guerre civile.

Un autre rapport, le rapport « Nunca Mas », publié le 24 avril 1998 dans le cadre du projet inter diocèses REMHI sur la reconstitution de la mémoire historique, avait dressé le même constat que la CEH.

COMMISSION INTERNATIONALE CONTRE L’IMPUNITÉ AU GUATEMALA (CICIG).

Le 12 décembre 2006, un accord signé entre les Nations unies et le gouvernement du Guatemala établit la CICIG. Il s’agit d’est une institution indépendante avec pour mandat d’assister le bureau du procureur guatémaltèque, la police nationale et d’autres institutions dans l’investigation de cas sensibles et le démantèlement de groupes de sécurité illégaux. La CICIG peut entamer des enquêtes proprio motu.
Les investigations de la CICIG ont notamment eu pour conséquence l‘émission de 18 mandats d’arrêt dont ceux à l’encontre de Javier Figueroa et de Erwin Sperisen.

 

Fiche d'information
Nom: Francisco Luis Gordillo Martinez
Nationalité: Guatemalian
Chefs d'accusation: Crime contre l'humanité
Statut: Condamné
Lieu du procès: Guatemala
Détails: Condamné le 23 mai 2018 à une peine de 33 ans de prison pour crimes contre l’humanité et violences sexuelles aggravées.