fbpx

Freddy Padilla de León

15.04.2016 ( Modifié le : 14.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Freddy Padilla de León est né le 10 octobre 1948 à Montería, dans la province de Cordoba en Colombie. D’août 2010 à octobre 2013, il a occupé la fonction d’ambassadeur de la Colombie en Autriche et d’ambassadeur auprès de diverses institutions internationales.

Sous la présidence d’Alvaro Uribe Velez, qui a commencé le 7 août 2012, l’armée colombienne a entamé une campagne de contre-insurrection à l’encontre de guérillas de gauche. Les deux plus importantes étaient les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN). De 2002 à 2010, période pendant laquelle la violence a considérablement augmenté, Padilla a occupé divers postes, jusqu’à la plus haute fonction de l’armée, celle de Commandant général des forces armées. Si les exécutions sommaires n’ont pas débuté avec la nomination de Padilla à de hautes fonctions, elles ont atteint, pendant cette période, une ampleur et un niveau d’organisation sans précédent. Cela a conduit à soupçonner Padilla d’avoir encouragé, ou au moins laissé faire, les meurtres systématiques de civils par des membres de l’armée.

En effet, les mandats de Padilla entre 2002 et 2010 incluaient la surveillance de ses subordonnés. En tant qu’Inspecteur général de l’armée (2002-2003), il était chargé de surveiller l’administration, la discipline et les entraînements dans l’armée. En sa qualité de Co-chef du personnel (2003-2006), sa mission était de préparer les missions militaires, d’un point de vue stratégique et pratique. Enfin, en tant que Commandant général des forces armées (2006-2010), il était en charge de la planification militaire et de la protection des droits humains dans l’ensemble des institutions militaires. Padilla a même été nommé ministre de la défense pour une courte période d’intérim en 2009. En tant que tel, il occupait le plus haut niveau de la chaine de commandement, juste après le président.

L’AFFAIRE DES FALSOS POSITIVOS

La responsabilité pénale de Padilla a été particulièrement mise en question dans l’affaire dite des « faux positifs » (« falsos positivos »). Au cours de la campagne de contre-insurrection, les membres de l’armée étaient soumis à une forte pression pour prouver leurs « bons » résultats et prouver leur efficacité. Chaque unité militaire devait régulièrement présenter les chiffres des ennemis abattus, et ceux dont ces chiffres étaient élevés étaient récompensés par des promotions, des congés supplémentaires ou des formations. Ce système, qui encourageait si manifestement la politique du chiffre, a mené à une technique pour gonfler le nombre de guérilléros abattus. Des civils étaient enlevés, tués et déguisés en combattants. Il s’agissait généralement de jeunes hommes d’origine modeste ou issus du milieu rural, qui étaient attirés loin de chez eux avec de fausses promesses d’embauche. Ils étaient emmenés dans des endroits reculés, et exécutés sommairement. Ensuite, les soldats habillaient la victime en uniforme de guérilléro, lui mettaient une arme entre les mains et simulaient une scène de combat. Des photos étaient prises et envoyées à leurs supérieurs pour « prouver » qu’un ou plusieurs insurgés avaient été tués. Au total, plus de 3 330 exécutions sommaires ont été enregistrées entre 2002 et 2010 sur l’ensemble du territoire colombien.

Le niveau d’organisation et la récurrence de ces crimes dans tout le pays semblent indiquer qu’il ne s’agissait pas de l’initiative de soldats individuels, mais d’une entreprise dont les plus hauts gradés, dont Padilla, avaient connaissance ou faisaient eux-mêmes partie. La falsification d’ordres officiels et de preuves photographiques, la pression des hauts gradés de produire de « bons » résultats, l’allocation de ressources financières spécifiques dans ce but, semblent démontrer que cette pratique était largement employée dans l’armée. Si cela était le cas, Padilla aurait dû au moins être au courant de ces méthodes, et faire tout son possible pour les arrêter.

OPERATION PHEONIX

Dans la nuit du 1 mars 2008, Padilla a supervisé, en sa qualité de Commandant général des forces armées, l’ « opération phœnix », une action soigneusement planifiée contre les FARC en Equateur. Un peu après minuit, les forces aériennes colombiennes ont commencé à attaquer un camp FARC sur le sol équatorien, à environ 1,8 km de la Colombie, suivi d’une attaque terrestre. Au cours de cette opération, le chef des FARC, connu sous le nom de Raul Reyes (de son vrai nom Luis Edgar Devia Silva) a été tué, ainsi que 24 autres individus, dont un équatorien et quatre étudiants mexicains. Le gouvernement colombien n’a prévenu les autorités équatoriennes que neuf heures après le début de l’opération. Cet épisode a conduit à des rapports diplomatiques très tendus entre la Colombie et l’Equateur. La Colombie a invoqué le droit de se protéger des FARCS au nom de l’auto-défense – un argument partagé par les Etats-Unis, ainsi que l’inefficacité de l’Equateur dans la lutte contre la guérilla. L’Equateur, pour sa part, a invoqué le principe international de la souveraineté étatique, selon lequel chaque gouvernement demeure seul maître entre ses frontières.

 

procédure légale

Dans la nuit du 1er mars 2008, Padilla a supervisé, en sa qualité de Commandant général des forces armées, l’ « opération phœnix », une action soigneusement planifiée contre les FARC en Equateur. Un peu après minuit, les forces aériennes colombiennes ont commencé à attaquer un camp FARC sur le sol équatorien, à environ 1,8 km de la Colombie, suivi d’une attaque terrestre. Au cours de cette opération, le chef des FARC, connu sous le nom de Raul Reyes (de son vrai nom Luis Edgar Devia Silva) a été tué, ainsi que 24 autres individus, dont un équatorien et quatre étudiants mexicains. Le gouvernement colombien n’a prévenu les autorités équatoriennes que neuf heures après le début de l’opération. Cet épisode a conduit à des rapports diplomatiques très tendus entre la Colombie et l’Equateur. La Colombie a invoqué le droit de se protéger des FARCS au nom de l’auto-défense – un argument partagé par les Etats-Unis, ainsi que l’inefficacité de l’Equateur dans la lutte contre la guérilla. L’Equateur, pour sa part, a invoqué le principe international de la souveraineté étatique, selon lequel chaque gouvernement demeure seul maître entre ses frontières.

A la fin de juin 2013, le Procureur général du Salvador a accusé Padilla et plusieurs autres officiers colombiens pour leur rôle allégué dans l’ « opération phœnix ». En tant que Commandant général des forces armées, il aurait contribué à la planification et l’opérationnalisation de l’attaque. Le tribunal de Sucumbíos, au Salvador, a accepté l’argument du Procureur qu’il existait « des présomptions graves et fondées sur l’existence d’un crime (de meurtre) ». Toutefois, la Colombie n’a pas reconnu la compétence de la cour salvadorienne.

En octobre 2013, suite à une demande officielle du Centre européenne pour les droits constitutionnels et humains (une ONG basée à Berlin), Padilla a démissionné de sa fonction d’ambassadeur en Autriche du fait de son rôle allégué dans l’affaire des « falsos positivos ». Aucune procédure juridique n’a encore été initiée.

L’examen préliminaire de la situation en Colombie par la Cour pénale internationale est toujours en cours.

 

contexte

De 1948 à 1953, la Colombie a vécu une guerre civile d’une rare intensité. Connu sous le nom de « La Violencia », le conflit a opposé la droite catholique conservatrice à la gauche libérale qui s’est radicalisée suite à l’assassinat de leur chef Jorge Eliécer Gaitan.

Ce conflit a provoqué la naissance de mouvements guérilleros de gauche, libéraux puis communistes ainsi que l’apparition de milices d’auto-défense paysannes qui se sont créées en réaction aux exactions des militaires et des groupes armés conservateurs. Elles donneront ainsi lieu à la création entre autres, des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui émergent comme une branche militaire du parti communiste colombien, et de l’Armée de Libération Nationale (ELN) groupe d’inspiration castriste. Ces groupes parviennent à conserver un appui auprès de la population rurale notamment lors de la période du front national (1958-1978) pendant laquelle se sont succédé au pouvoir, libéraux et conservateurs, sans laisser aucune autre possibilité de représentation politique. Cette négation de la démocratie par une élite dirigeante a engendré une forte frustration donnant lieu à de violentes confrontations entre les mouvements de guérillas et le gouvernement.

Dans les années 80, le conflit prend une autre dimension avec l’essor du narcotrafic et l’émergence des premiers groupes paramilitaires financés par les narcotrafiquants pour se protéger des actions des guérillas. En 1984, un cessez-le feu est décrété entre les guérillas et le gouvernement, que seuls les FARC vont tenter de respecter. Ils vont ainsi fonder un parti en 1985, l’Union patriotique (« La Unión Patriótica » Mais ce dernier sera finalement décimé par les paramilitaires et les forces de l’ordre. Ils reprennent donc la lutte armée dès 1987. Après une tentative infructueuses de coordonner certains mouvement de guérillas, puis quelques accords signés avec le gouvernement, les seules guérillas actives finissent par être les FARC, l’ELN et dans une moindre mesure L’EPL, qui a émergé à parti d’une scission maoïste du parti communiste colombien.

En décembre 1991, l’affaiblissement du parti communiste et la prise du siège du secrétariat des FARC à La Uribe par l’armée, contraint leurs dirigeants à changer de mode opératoire. Ils adoptent alors une stratégie militaire notamment entre 1993 et 1998 avec la prise de plusieurs bases militaires et villages dans des opérations comptant plusieurs centaines de guérilleros. Le conflit passe alors à une phase de guerre de mouvement pendant laquelle les forces armées ne semblent plus être en mesure de maîtriser les guérillas qui procèdent à des barrages routiers, des enlèvements, des sabotages etc.

Face à l’inefficacité de l’armée, des milices paramilitaires se constituent avec la création en 1997 des Autodéfense Unies de Colombie (« Autodefensas Unidas de Colombia » -AUC) sous la direction de Carlos Castaño. Divers groupes d’autodéfense sont également créés, et l’un de leurs mode d’action consiste à massacrer les civils des villages supposés favorables à la guérilla, comme le massacre de Mapiripan où la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme a constaté la complicité de l’armée.

Arrivé au pouvoir en 1998, le Président Andrés Pastrana opte pour une nouvelle stratégie. Il crée une zone démilitarisée en vue de favoriser les dialogues de paix et de procéder à des échanges de prisonniers. Malheureusement, si cela a permis quelques développements, elle est utilisée comme base arrière par les FARC pour réclamer les rançons de leur enlèvement ou bien pour recruter de nouveaux soldats. La zone est finalement déclarée à nouveau sous occupation en février 2002.

President Alvaro Uribe est élu en 2002. Sous son mandat est adopté en juillet 2005 la Loi de Justice et Paix (Ley de Justicia y Paz), visant à établir un cadre juridique pour la démobilisation des guérilleros. En vertu de la législation préexistante établie par la loi 418, tous les combattants qui participent au processus de démobilisation peuvent bénéficier d’une amnistie les immunisant contre une éventuelle information judiciaire et des poursuites pénales. Seuls sont exclus de l’amnistie les combattants ayant commis les crimes les plus sérieux, tels que des actes de barbarisme, des actes de terrorisme, des kidnappings, des faits de génocide ou le meurtre de civils. La Loi de Justice et Paix s’adresse précisément à ces combattants dont le comportement n’est pas couvert par la loi d’amnistie. En vertu du nouveau cadre législatif, ces combattants peuvent bénéficier de certains avantages judiciaires s’ils contribuent au processus de justice et de réparation. Par conséquent, en échange de la vérité et d’une promesse de ne pas réintégrer un groupe armé, les combattants démobilisés peuvent obtenir une réduction de leur peine. Peu après son adoption, cette loi a été considérablement critiquée dans la mesure où l’étroitesse de son champ d’application entrave ses objectifs de paix et de justice. En effet, sur les 30’000 combattants démobilisés entre 2003 et 2006, moins de 10% d’entre eux sont concernés par la Loi de Justice et Paix. Le reste de ces combattants peuvent donc bénéficier d’une amnistie conformément à la loi 418 qui ne requiert pas que la vérité soit révélée.

De 2002 à 2010, pendant ses deux mandats, Président Alvaro Uribe adopte une politique de « sécurité démocratique » mettant l’accent, au moyen du « Plan Colombie », sur la réponse militaire à apporter aux guérillas avec pour objectif le rétablissement de la présence de l’état sur l’ensemble du territoire colombien. Le budget de l’armée connaît ainsi une forte hausse et ces nouvelles capacités opérationnelles alliées à une forte offensive des AUC contre les FARC jusqu’à leur démobilisation en 2006, permettent de faire reculer de façon significative les FARC. Ainsi, durant ce mandat, le nombre de FARC a diminué de moitié passant de 17000 à 8000 en 2010 et si le « plan Colombie » adopté par Uribe a connu un certain succès, la sécurité démocratique possède aussi des limites. Les mouvements de guérilla s’intensifient, moins nombreux, mais plus mobiles que jamais. Ils continuent à infliger des pertes sévères à l’armée. De plus, la production de cocaïne permet toujours de financer en grande partie les mouvements de guérillas.

En 2010, le mandat de Juan Manuel Santos débute avec une recrudescence des attaques lancées par les FARC. Le pouvoir en place réplique par des contre-offensives sanglantes et notamment celle du 23 septembre, l’opération Sodome, qui porte un coup majeur à l’organisation. Son chef militaire Jorge Briceño Suàrez est alors tué ainsi qu’un certain nombre de membres des FARC. Après de nombreuses arrestations, le gouvernement considère début 2011 que les FARC sont en repli et que la priorité est désormais de lutter contre les bandes criminelles héritières du para militarisme.

Le 27 Août 2012, le président Santos confirme une entrevue avec les FARC pour entamer un dialogue de paix et terminer le conflit. Bien que sujet à polémique, les dialogues se sont engagés par intermittence notamment lors de cessez-le feu et également grâce à la médiation d’Hugo Chavez demandée par Santos. Les dialogues de paix ont permis d’arriver à un accord sur la réforme de la terre de même que sur la participation politique et la représentation des opposants au parlement. La prochaine priorité de ces dialogues concerne le trafic de drogue et aussi la possible allocation des fonds associés au budget de la défense pour les victimes dans une Colombie post conflit.

Bien qu’officiellement toujours en cours, de grandes avancées ont été faites ces dernières années. Jusqu’à présent, le conflit a généré un grand nombre de victimes, environ 180 000 civils tués, 40 000 combattants tués, 25 000 disparus et plus de 4,7 millions de déplacés. Ce contexte de violence généralisé a surtout eu pour effet d’affecter la population civile dans de larges mesures. Massacres, assassinats, disparitions forcées, enlèvements ont été ainsi le quotidien de plusieurs dizaines de milliers de personnes lors de ce conflit.

 

©2020 trialinternational.org | Tous droits réservés | Avertissement | Statuts | Designed and Produced by ACW