Fredy Rendon Herrera

18.07.2018
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

Faits

Fredy Rendon Herrera, surnommé l’Allemand, est né le 21 septembre 1973 à Medellin.

En 1995, il a rejoint un groupe d’autodéfense colombien, qui deviendra par la suite, avec d’autres groupes, les milices d’Autodéfenses unies de Colombie (AUC), dirigé par Carlos Castaño. Il devient rapidement un homme de confiance de Castaño et sert comme commandant militaire à partir 1996. En 1998, il dirige l’une des principales structures du groupe paramilitaire, la section Elmer Cardenas, et devient l’un des chefs du groupe en 2004 après l’assassinat de Castaño.         

En tant que chef de la section Elmer Cardenas il aurait participé à l’implantation d’une politique criminelle dans plusieurs départements du pays tels que l’Antioquia ou le Chocó. Il est soupçonné d’avoir commandé et pris part à des affrontements violents contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), occasionnant des milliers de morts. Il est également soupçonné d’être impliqué dans le trafic de drogue pour financer les actions du groupe. Le groupe dont il était le commandant serait aussi à l’origine de violences sexuelles et de disparitions forcées.

Procédure légale

En 2005, la Colombie a adopté une loi « Justice et paix » dans le cadre d’un processus de démobilisation des forces paramilitaires d’extrême droite. Cette loi prévoit notamment des peines qui ne peuvent excéder huit ans de prison. Le 15 août 2006, Rendon Herrera s’est livré à la justice en rejoignant le processus de démobilisation et a collaboré avec les autorités colombiennes.

Le 16 décembre 2011, Rendon Herrera a été condamné sur la base de la loi « Justice et paix » à une peine alternative de huit ans de prison pour des violations des Conventions de Genève, son implication dans l’enlèvement du maire de Unguía, Rigoberto Castro Mora, et l’enrôlement de 309 mineurs. Le 12 décembre 2012, sa condamnation a été confirmée par la Cour suprême. Il a été libéré le 30 juillet 2015.

Le 9 juin 2018, Rendon Herrera a été condamné dans une nouvelle affaire concernant des crimes commis par la section Elmer Cardenas. Rendon Herrera et 27 autres anciens membres du groupe paramilitaire ont été jugé pour leurs agissements entre 1997 et 2006 dans les départements d’Antioquia, Chocó, Boyacá, Córdoba, Cundinamarca et Santander. Ils ont été reconnus coupables de meurtres, disparitions forcées, déplacements forcés, recrutements forcés et violences sexuelles. Les 28 individus ont été condamnés à des peines alternatives de sept à huit de prison, en échange de leur collaboration avec la justice. Ils doivent également reconnaître publiquement leur culpabilité, solliciter le pardon de leurs victimes et s’engager à ne plus commettre de tels actes répréhensibles.

L’appel de cette décision est en cours.

Contexte

De 1948 à 1953, la Colombie a vécu une guerre civile d’une rare intensité. Connu sous le nom de « La Violencia », le conflit a opposé la droite catholique conservatrice à la gauche libérale qui s’est radicalisée suite à l’assassinat de leur chef Jorge Eliécer Gaitan.

Ce conflit a provoqué la naissance de mouvements guérilleros de gauche, libéraux puis communistes ainsi que l’apparition de milices d’auto-défense paysannes qui se sont créées en réaction aux exactions des militaires et des groupes armés conservateurs. Elles donneront ainsi lieu à la création entre autres, des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui émergent comme une branche militaire du parti communiste colombien, et de l’Armée de Libération Nationale (ELN) groupe d’inspiration castriste. Ces groupes parviennent à conserver un appui auprès de la population rurale notamment lors de la période du front national (1958-1978) pendant laquelle se sont succédé au pouvoir, libéraux et conservateurs, sans laisser aucune autre possibilité de représentation politique. Cette négation de la démocratie par une élite dirigeante a engendré une forte frustration donnant lieu à de violentes confrontations entre les mouvements de guérillas et le gouvernement.

Dans les années 80, le conflit prend une autre dimension avec l’essor du narcotrafic et l’émergence des premiers groupes paramilitaires financés par les narcotrafiquants pour se protéger des actions des guérillas. En 1984, un cessez-le feu est décrété entre les guérillas et le gouvernement, que seuls les FARC vont tenter de respecter. Ils vont ainsi fonder un parti en 1985, l’Union patriotique (« La Unión Patriótica » Mais ce dernier sera finalement décimé par les paramilitaires et les forces de l’ordre. Ils reprennent donc la lutte armée dès 1987. Après une tentative infructueuses de coordonner certains mouvement de guérillas, puis quelques accords signés avec le gouvernement, les seules guérillas actives finissent par être les FARC, l’ELN et dans une moindre mesure L’EPL, qui a émergé à parti d’une scission maoïste du parti communiste colombien.

En décembre 1991, l’affaiblissement du parti communiste et la prise du siège du secrétariat des FARC à La Uribe par l’armée, contraint leurs dirigeants à changer de mode opératoire. Ils adoptent alors une stratégie militaire notamment entre 1993 et 1998 avec la prise de plusieurs bases militaires et villages dans des opérations comptant plusieurs centaines de guérilleros. Le conflit passe alors à une phase de guerre de mouvement pendant laquelle les forces armées ne semblent plus être en mesure de maîtriser les guérillas qui procèdent à des barrages routiers, des enlèvements, des sabotages etc.

Face à l’inefficacité de l’armée, des milices paramilitaires se constituent avec la création en 1997 des Autodéfense Unies de Colombie (« Autodefensas Unidas de Colombia » -AUC) sous la direction de Carlos Castaño. Divers groupes d’autodéfense sont également créés, et l’un de leurs mode d’action consiste à massacrer les civils des villages supposés favorables à la guérilla, comme le massacre de Mapiripan où la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme a constaté la complicité de l’armée.

Arrivé au pouvoir en 1998, le Président Andrés Pastrana opte pour une nouvelle stratégie. Il crée une zone démilitarisée en vue de favoriser les dialogues de paix et de procéder à des échanges de prisonniers. Malheureusement, si cela a permis quelques développements, elle est utilisée comme base arrière par les FARC pour réclamer les rançons de leur enlèvement ou bien pour recruter de nouveaux soldats. La zone est finalement déclarée à nouveau sous occupation en février 2002.

President Alvaro Uribe est élu en 2002. Sous son mandat est adopté en juillet 2005 la Loi de Justice et Paix (Ley de Justicia y Paz), visant à établir un cadre juridique pour la démobilisation des guérilleros. En vertu de la législation préexistante établie par la loi 418, tous les combattants qui participent au processus de démobilisation peuvent bénéficier d’une amnistie les immunisant contre une éventuelle information judiciaire et des poursuites pénales. Seuls sont exclus de l’amnistie les combattants ayant commis les crimes les plus sérieux, tels que des actes de barbarisme, des actes de terrorisme, des kidnappings, des faits de génocide ou le meurtre de civils. La Loi de Justice et Paix s’adresse précisément à ces combattants dont le comportement n’est pas couvert par la loi d’amnistie. En vertu du nouveau cadre législatif, ces combattants peuvent bénéficier de certains avantages judiciaires s’ils contribuent au processus de justice et de réparation. Par conséquent, en échange de la vérité et d’une promesse de ne pas réintégrer un groupe armé, les combattants démobilisés peuvent obtenir une réduction de leur peine. Peu après son adoption, cette loi a été considérablement critiquée dans la mesure où l’étroitesse de son champ d’application entrave ses objectifs de paix et de justice. En effet, sur les 30’000 combattants démobilisés entre 2003 et 2006, moins de 10% d’entre eux sont concernés par la Loi de Justice et Paix. Le reste de ces combattants peuvent donc bénéficier d’une amnistie conformément à la loi 418 qui ne requiert pas que la vérité soit révélée.

De 2002 à 2010, pendant ses deux mandats, Président Alvaro Uribe adopte une politique de « sécurité démocratique » mettant l’accent, au moyen du « Plan Colombie », sur la réponse militaire à apporter aux guérillas avec pour objectif le rétablissement de la présence de l’état sur l’ensemble du territoire colombien. Le budget de l’armée connaît ainsi une forte hausse et ces nouvelles capacités opérationnelles alliées à une forte offensive des AUC contre les FARC jusqu’à leur démobilisation en 2006, permettent de faire reculer de façon significative les FARC. Ainsi, durant ce mandat, le nombre de FARC a diminué de moitié passant de 17000 à 8000 en 2010 et si le « plan Colombie » adopté par Uribe a connu un certain succès, la sécurité démocratique possède aussi des limites. Les mouvements de guérilla s’intensifient, moins nombreux, mais plus mobiles que jamais. Ils continuent à infliger des pertes sévères à l’armée. De plus, la production de cocaïne permet toujours de financer en grande partie les mouvements de guérillas.

En 2010, le mandat de Juan Manuel Santos débute avec une recrudescence des attaques lancées par les FARC. Le pouvoir en place réplique par des contre-offensives sanglantes et notamment celle du 23 septembre, l’opération Sodome, qui porte un coup majeur à l’organisation. Son chef militaire Jorge Briceño Suàrez est alors tué ainsi qu’un certain nombre de membres des FARC. Après de nombreuses arrestations, le gouvernement considère début 2011 que les FARC sont en repli et que la priorité est désormais de lutter contre les bandes criminelles héritières du para militarisme.

Le 27 Août 2012, le président Santos confirme une entrevue avec les FARC pour entamer un dialogue de paix et terminer le conflit. Bien que sujet à polémique, les dialogues se sont engagés par intermittence notamment lors de cessez-le feu et également grâce à la médiation d’Hugo Chavez demandée par Santos. Les dialogues de paix ont permis d’arriver à un accord sur la réforme de la terre de même que sur la participation politique et la représentation des opposants au parlement. La prochaine priorité de ces dialogues concerne le trafic de drogue et aussi la possible allocation des fonds associés au budget de la défense pour les victimes dans une Colombie post conflit.

Bien qu’officiellement toujours en cours, de grandes avancées ont été faites ces dernières années. Jusqu’à présent, le conflit a généré un grand nombre de victimes, environ 180 000 civils tués, 40 000 combattants tués, 25 000 disparus et plus de 4,7 millions de déplacés. Ce contexte de violence généralisé a surtout eu pour effet d’affecter la population civile dans de larges mesures. Massacres, assassinats, disparitions forcées, enlèvements ont été ainsi le quotidien de plusieurs dizaines de milliers de personnes lors de ce conflit.

 

 

 

Fiche d'information
Nom: Fredy Rendon Herrera
Nationalité: Colombien
Contexte: Colombie
Chefs d'accusation: Meurtre, disparition forcé, déplacement forcé, violence sexuelle, enrôlement illégal
Statut: Condamné
Lieu du procès: Medellín, Colombie
Détails: condamné en 2011 et libéré en 2015 dans une première affaire de l’instance « Justice et paix » ; de nouveau condamné en 2018 pour des faits différents.