Henryk Mania

27.04.2016 ( Modifié le : 14.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Né en 1923, Henryk Mania a grandi dans la petite ville de Szczecin, dans le nord-ouest de la Pologne. Mania a été arrêté par la gestapo en 1939 et enfermé dans le camp de Fort VII, à Poznan, Pologne. C’est dans ce camp qu’il a été sélectionné par les soldats nazis, avec d’autres prisonniers polonais, pour s’occuper de l’ensevelissement des cadavres des prisonniers tués par les gardes du camp. Le plus souvent, ces prisonniers étaient des malades mentaux dont le régime nazi voulait se débarrasser dans le cadre de sa politique d’euthanasie. En 1941, Mania a été désigné pour faire partie du sonderkommando, sous les ordres de Herbert Lange, qui devait débuter ses activités au camp de Chelmno, dans le district de Konin, en Pologne.

Les sonderkommando étaient des unités spéciales constituées de prisonniers juifs ou polonais. Ces prisonniers étaient sous les ordres de soldats nazis et étaient forcés de travailler pour eux. Ils devaient ainsi enterrer ou bruler les cadavres des prisonniers après avoir récupéré tout ce qui pouvait avoir de la valeur sur les corps, tels que les vêtements, les bijoux et les dents en or. Le sonderkommando de Herbert Lange (souvent appelé sonderkommando Lange) est connu pour s’être occupé de l’extermination des juifs, polonais et malades mentaux du camp de Chelmno, en Pologne. Ce camp était le premier à avoir mis en place l’extermination des prisonniers par gazage. Ceux-ci étaient enfermés dans des camions modifiés à cet effet et asphyxiés par les gaz d’échappement.

Les huit prisonniers polonais faisant partie du sonderkommando Lange ont travaillé à Chelmno sous les ordres de Herbert Lange d’octobre 1941 à février 1942, puis de son successeur Hans Bothmann jusqu’en mars 1943, date à laquelle les activités du camp de Chelmno ont été suspendues. Ce travail leur procurait des avantages en termes de logement et de nourriture.

Mania et le reste du sonderkommando Lange ont été transférés au camp de Fort VII puis au camp de transit de la Poznan Gestapo de Zabikowo. Mania a été libéré d’une annexe du camp de Mathausen en mai 1945. Il est le seul des huit membres du sonderkommando Lange à avoir été inculpé pour son rôle dans l’extermination des prisonniers de Chelmno. Lech Jaskolski, Marian Libelt, Henryk Maliczak, Franciszek Piekarski, Stanislaw Polubinski, Kajetan Skrzypczynski et Stanislaw Szymanski, les sept autres membres du sonderkommando Lange sont tous morts avant d’avoir été inculpé.

Plusieurs enquêtes ont été lancées contre Mania au cours des années qui ont suivi la fin de la guerre. Mania et Maliczak ont été interviewé à plusieurs reprises au cours des années 60 sur leurs activités au camp de Chelmno. Mania a même participé à une opération de repérage et de recherche des fosses communes sur le site de Chelmno en 1995.

Le 18 décembre 1998, le parlement polonais a créé l’Institut pour la mémoire nationale, chargée entre autre d’enquêter sur les crimes commis par des Polonais pendant la seconde guerre mondiale et d’inculper les suspects. L’Institut pour la mémoire nationale a inculpé Mania le 14 mars 2001 pour «coopération avec les nazis dans le camp de Chelmno où, en coopération avec d’autres, il a pris part au génocide de polonais juifs».

procédure légale

L’Institut pour la mémoire nationale a inculpé Mania le 14 mars 2001 pour «coopération avec les nazis dans le camp de Chelmno où, en coopération avec d’autres, il a pris part au génocide de polonais juifs».

Bien que le procureur réclamait quinze ans de prison, le tribunal de Konin a condamné Mania à une peine de huit ans de prison. Le juge a pris en considération le jeune âge de Mania au moment des faits (il avait seize ans) et son attitude irréprochable depuis sa libération des camps. Durant son procès, Mania a fait valoir qu’il n’était qu’un prisonnier au camp de Chelmno et qu’il avait été forcé sous menace de mort d’effectuer les tâches pour lesquelles il était inculpé. Le juge Marian Pogorzelski a considéré que Mania avait eu la possibilité de s’échapper du camp de Chelmno.

L’avocat de Mania, Jaroslaw Ladrowski a fait appel du jugement. Il a soutenu devant la Cour d’Appel de Poznan que Mania n’avait eu aucun moyen d’échapper aux soldats nazis. La Cour d’Appel de Poznan a confirmé la sentence le 2 février 2002, en relevant que Mania avait fait preuve d’un zèle particulier à battre les victimes et à voler leurs biens.

L’affaire est allée jusqu’à la Cour Suprême polonaise qui a confirmé ce jugement le 8 avril 2003, considérant que le rôle de Mania dans les évènements de Chelmno était avéré.

Mania aurait depuis été remis en liberté pour raisons de santé.

contexte

CONTEXTE DE L’ALLEMAGNE NAZIE

A la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux procès ont été effectués tant en Allemagne que dans d’autre pays à l’encontre les criminels de guerre et de ceux responsables pour les crimes nazis.

Bien qu’il soit impossible de fournir un résumé de tous ces procès, ci-dessous se trouve un bref aperçu des procès majeurs qui ont été tenus contres les criminels de guerre à Nuremberg et des procès y succédant.

BASES LEGALES SELON LA LOI DES NATIONS

Les Forces armées allemandes ont capitulé sans condition les 7 et 8 mai 1945.1 Les Alliés (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) ont repris les fonctions gouvernementales en Allemagne, formé le Conseil de contrôle allié et divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation.

Par l’adoption du Traité de Londres le 8 août 1945, les Alliés ont établi le Tribunal militaire international (TMI) afin de juger les principaux criminels de guerre allemands. L’appendice III du traité contient le statut du Tribunal militaire international (Statut TMI).

LES TRIBUNAUX DE NUREMBERG

Selon les arts. 1 – 3 du Traité de Londres, les criminels de guerre pour lesquels aucun emplacement géographique ne peut être déterminé doivent êtres jugés par le TMI. Pour les autres criminels de guerre allemands, le principe de territorialité s’applique : les tribunaux des Etats sur le territoire duquel les crimes ont eu lieu sont compétents pour juger les criminels sur la base de leur droit national (art. 4 et 6).

La compétence rationae de l’IMT s’étend aux :

– Crime contre la paix ;
– crimes de guerre ; et
– crimes contre l’humanité (art. 6 Statut TMI).

Le TMI était composé de quatre juges et quatre juges de réserves nommés par les quatre puissances alliées (art. 2 Statut TMI). Appliquant l’article 13 du Statut IMT, le tribunal a adopté ses propres règles de procédures.

Le TMI a inculpé 24 personnes. Les jugements se sont déroulés du 20 novembre 1945 au premier octobre 1946. Douze des personnes inculpées ont été condamnées à mort, trois acquittées, et sept autres ont été condamnées à des peines de prison variant de dix ans à la perpétuité. Dans une affaire, l’affaire a été annulée pour des raisons médicales et dans un autre l’inculpé s’est suicidé avant le début du procès.

LES PROCES SUCCESSIF A NUREMBERG

Sur la base du statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 (KRG 10 (5) adopté le 20 décembre 1945 plusieurs procès successifs à Nuremberg ont été menés sous l’administration des puissances alliées. Le statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 visait à fournir une base légale commune aux quatre zones sous occupation afin de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes sous le Troisième Reich. Les procès successifs à Nuremberg étaient donc basés sur le KRG 10 et le droit des parties occupantes, et non sur le TMI, bien que les éléments matériels de ce dernier étaient incorporés dans le statut du Conseil de contrôle. Ainsi, selon la section 10 du KRG, il était possible de référer des affaires dirigées contres des allemands ayant commis des crimes en Allemagne à des tribunaux allemands. Cette clause a été utilisée par les gouvernements d’occupation français, russe et anglais.

LES PROCEDURES DEVANT LES TRIBUNAUX MILITAIRES

Une attention particulière a été donnée aux douze grands procès qui ont été menés par les tribunaux militaires américains jusqu’au milieu de l’année 1949. Dans ces procès, les personnes inculpées étaient regroupées dans différents groupes :

Les procès des médecins regroupaient toutes les affaires ayant trait au programme d’euthanasie suite aux recherches médicales conduites et aux meurtres qui ont été commis afin de collecter des squelettes.

Le procès Milch : procès contre le maréchal Milch pour sa coopération dans le programme de production d’armes.

Le procès des juristes : procès contre seize employés du ministre de justice impériale ou de tribunaux spéciaux.

Administration générale de l’industrie SS : inculpations pour l’administration des camps de concentration.

Procès Flick : procès contre l’industrialiste Flick pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès IG Farben : procès pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès pour le meurtre d’otages : inculpations pour le meurtre d’otages dans les Balkans.

Procès RuSHA : procès contre les employés du Bureau SS pour la race et le peuplement notamment pour leur collaboration dans l’extermination des juifs et polonais et le déplacement des enfants aryens des territoires allemandes occupées.

Procès contre les Unités spéciales d’extermination : inculpation pour la participation aux massacres dans les territoires occupés de l’Est.

Procès Krupp : affaire contre l’industrialiste Krupp pour, entre autres, l’exploitation de labeur forcée.

Procès Wilhemlstrassen : affaire contre des hauts officiels du régime national-socialiste (NS) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Procès du Centre de commande général des forces armées : affaire contre les hauts officiels des forces armées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les documents en lien avec ces procès (bases légales, inculpations, mémoires, jugements, etc.) sont disponibles à www.mazal.com/NMT-HOME.htm et www.ess.uwe.ac.uk/warcrimesindex.htm.

De nombreuses autres affaires ont été jugées devant les tribunaux militaires américains. Au total, 1941 personnes ont été jugées.

PROCEDURES DEVANT DES TRIBUNAUX ANGLAIS, FRANÇAIS ET SOVIETIQUES

Des criminels de guerre allemands ont également été jugés devant les tribunaux des autres puissances occupantes. Les Anglais ont également effectué des jugements en Italie et en France, en particulier contre des collaborateurs des camps de concentration. Les tribunaux français étaient actifs non seulement dans les zones occupées, mais encore en Afrique du nord et en France dans des affaires impliquant des criminels allemands NS et des collaborateurs du régime Vichy. L’Union Soviétique a mené des procès contre des criminels de guerre dans les zones qu’elle reconquérait pendant la guerre. Dans la zone d’occupation soviétique, des employés des camps de concentration ont été poursuivis.

AFFAIRES DANS D’AUTRES PAYS

D’autres pays ont également mené des procès contre des ressortissants allemands, parmi lesquels la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Yougoslavie, la République Tchèque et Israël.