Herbertus Bikker

12.04.2016 ( Modifié le : 14.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Herbertus Bikker est né le 15 juillet 1915 à Alblasserwaard aux Pays-Bas. Il rejoint la Waffen-SS (branche armée de l’escadron de protection du parti nazi SS) pendant l’occupation allemande des Pays-Bas (1940-1945). Grâce à un décret émis par Adolf Hitler en mai 1943, il a obtenu la nationalité allemande en vertu de son appartenance à la Waffen-SS.

Il a travaillé avec la police régulière comme gardien de prison au camp de correction et de travail Erika près de la ville d’Ommen, dans la province néerlandaise d’Overijssel. Il se distingue par sa cruauté remarquable contre les prisonniers, qui a conduit à son surnom de « Boucher de Ommen ».

Le 17 novembre 1944, Herbertus Bikker et un autre homme sont allés piller une ferme dans le district de Dalfsen, Pays-Bas. Leur but était de traquer les combattants de la résistance hollandaise. Jan Houtman se cachait dans cette ferme et quand il a essayé de s’enfuir pour échapper, Bikker a tiré dans le dos d’Houtman qui a été gravement blessé. Bikker s’est ensuite approché de Houtman, a fait une remarque désobligeante et l’a tué avec un autre coup de feu.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un procès s’est ouvert à l’encontre de Herbertus Bikker.

procédure légale

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un procès s’est ouvert à l’encontre de Herbertus Bikker. Le 26 juin 1949 un tribunal néerlandais a condamné Herbertus Bikker à mort pour son action en tant que gardien au camp Erika et deux meurtres, y compris l’assassinat de Jan Houtman. Toutefois, la peine de mort a été commuée en emprisonnement à vie sans possibilité de libération.

Il a purgé sa peine de prison à Breda, Pays-Bas, mais a réussi à s’échapper le 26 décembre 1952 avec d’autres criminels de guerre (Klaas Carel Faber, Borgers Sander et quatre autres hommes). Ils ont traversé la frontière vers l’Allemagne et se sont présentés au bureau de douane allemand. Le lendemain, un juge du district allemand l’a condamné à une petite amende pour avoir franchi illégalement la frontière. Les Pays-Bas ont demandé l’extradition de Bikker mais cela a été refusé parce qu’Herbertus Bikker avait la nationalité allemande et que l’Allemagne n’extrade pas ses citoyens.

Herbertus Bikker s’est installé dans la ville allemande de Hagen. Au milieu des années 1950, il a été convoqué au tribunal de Dortmund, en Allemagne. Il a affirmé qu’il avait tiré sur Jan Houtman «dans le cadre de ses fonctions» lorsque Houtman « a tenté de s’échapper ». Mais son cas a été interrompu en raison de «manque de preuves». Les autorités néerlandaises étaient réticentes à transmettre une preuve en leur possession en raison du fait que le système judiciaire allemand employait encore des juges qui avaient servi pendant les périodes nazies et dont les autorités néerlandaises doutaient de leur impartialité dans l’affaire.

Lors d’une interview avec le magazine allemand Stern, Herbertus Bikker a raconté les événements du 17 novembre 1944 et il a décrit comment il a tiré et tué Houtman. Ces déclarations ont finalement conduit à un acte d’accusation pour assassinat contre lui en Allemagne. Le 8 septembre 2003, le procès portant sur les circonstances de la mort de Jan Houtman a commencé au tribunal du district de Hagen, en Allemagne. Les travaux ont été interrompus à plusieurs reprises en raison de la mauvaise santé de Bikker. Herbertus Bikker avait 88 ans à l’époque. Bikker a souffert une attaque et s’est évanoui au tribunal et les médecins ont indiqué qu’il ne pouvait poursuivre le procès. Le tribunal de district Hagen a ajourné le procès le 2 Février 2004 et la procédure a été abandonnée en raison de l’incapacité à long terme de Bikker à subir son procès.

Herbertus Bikker a vécu à Hagen, en Allemagne, en tant que retraité et homme libre jusqu’à sa mort le 1 novembre 2008.

contexte

CONTEXTE DE L’ALLEMAGNE NAZIE

A la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux procès ont été effectués tant en Allemagne que dans d’autre pays à l’encontre les criminels de guerre et de ceux responsables pour les crimes nazis.

Bien qu’il soit impossible de fournir un résumé de tous ces procès, ci-dessous se trouve un bref aperçu des procès majeurs qui ont été tenus contres les criminels de guerre à Nuremberg et des procès y succédant.

BASES LEGALES SELON LA LOI DES NATIONS

Les Forces armées allemandes ont capitulé sans condition les 7 et 8 mai 1945.1 Les Alliés (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) ont repris les fonctions gouvernementales en Allemagne, formé le Conseil de contrôle allié et divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation.

Par l’adoption du Traité de Londres le 8 août 1945, les Alliés ont établi le Tribunal militaire international (TMI) afin de juger les principaux criminels de guerre allemands. L’appendice III du traité contient le statut du Tribunal militaire international (Statut TMI).

LES TRIBUNAUX DE NUREMBERG

Selon les arts. 1 – 3 du Traité de Londres, les criminels de guerre pour lesquels aucun emplacement géographique ne peut être déterminé doivent êtres jugés par le TMI. Pour les autres criminels de guerre allemands, le principe de territorialité s’applique : les tribunaux des Etats sur le territoire duquel les crimes ont eu lieu sont compétents pour juger les criminels sur la base de leur droit national (art. 4 et 6).

La compétence rationae de l’IMT s’étend aux :

– Crime contre la paix ;
– crimes de guerre ; et
– crimes contre l’humanité (art. 6 Statut TMI).

Le TMI était composé de quatre juges et quatre juges de réserves nommés par les quatre puissances alliées (art. 2 Statut TMI). Appliquant l’article 13 du Statut IMT, le tribunal a adopté ses propres règles de procédures.

Le TMI a inculpé 24 personnes. Les jugements se sont déroulés du 20 novembre 1945 au premier octobre 1946. Douze des personnes inculpées ont été condamnées à mort, trois acquittées, et sept autres ont été condamnées à des peines de prison variant de dix ans à la perpétuité. Dans une affaire, l’affaire a été annulée pour des raisons médicales et dans un autre l’inculpé s’est suicidé avant le début du procès.

LES PROCES SUCCESSIF A NUREMBERG

Sur la base du statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 (KRG 10 (5) adopté le 20 décembre 1945 plusieurs procès successifs à Nuremberg ont été menés sous l’administration des puissances alliées. Le statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 visait à fournir une base légale commune aux quatre zones sous occupation afin de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes sous le Troisième Reich. Les procès successifs à Nuremberg étaient donc basés sur le KRG 10 et le droit des parties occupantes, et non sur le TMI, bien que les éléments matériels de ce dernier étaient incorporés dans le statut du Conseil de contrôle. Ainsi, selon la section 10 du KRG, il était possible de référer des affaires dirigées contres des allemands ayant commis des crimes en Allemagne à des tribunaux allemands. Cette clause a été utilisée par les gouvernements d’occupation français, russe et anglais.

LES PROCEDURES DEVANT LES TRIBUNAUX MILITAIRES

Une attention particulière a été donnée aux douze grands procès qui ont été menés par les tribunaux militaires américains jusqu’au milieu de l’année 1949. Dans ces procès, les personnes inculpées étaient regroupées dans différents groupes :

Les procès des médecins regroupaient toutes les affaires ayant trait au programme d’euthanasie suite aux recherches médicales conduites et aux meurtres qui ont été commis afin de collecter des squelettes.

Le procès Milch : procès contre le maréchal Milch pour sa coopération dans le programme de production d’armes.

Le procès des juristes : procès contre seize employés du ministre de justice impériale ou de tribunaux spéciaux.

Administration générale de l’industrie SS : inculpations pour l’administration des camps de concentration.

Procès Flick : procès contre l’industrialiste Flick pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès IG Farben : procès pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès pour le meurtre d’otages : inculpations pour le meurtre d’otages dans les Balkans.

Procès RuSHA : procès contre les employés du Bureau SS pour la race et le peuplement notamment pour leur collaboration dans l’extermination des juifs et polonais et le déplacement des enfants aryens des territoires allemandes occupées.

Procès contre les Unités spéciales d’extermination : inculpation pour la participation aux massacres dans les territoires occupés de l’Est.

Procès Krupp : affaire contre l’industrialiste Krupp pour, entre autres, l’exploitation de labeur forcée.

Procès Wilhemlstrassen : affaire contre des hauts officiels du régime national-socialiste (NS) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Procès du Centre de commande général des forces armées : affaire contre les hauts officiels des forces armées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les documents en lien avec ces procès (bases légales, inculpations, mémoires, jugements, etc.) sont disponibles à www.mazal.com/NMT-HOME.htm et www.ess.uwe.ac.uk/warcrimesindex.htm.

De nombreuses autres affaires ont été jugées devant les tribunaux militaires américains. Au total, 1941 personnes ont été jugées.

PROCEDURES DEVANT DES TRIBUNAUX ANGLAIS, FRANÇAIS ET SOVIETIQUES

Des criminels de guerre allemands ont également été jugés devant les tribunaux des autres puissances occupantes. Les Anglais ont également effectué des jugements en Italie et en France, en particulier contre des collaborateurs des camps de concentration. Les tribunaux français étaient actifs non seulement dans les zones occupées, mais encore en Afrique du nord et en France dans des affaires impliquant des criminels allemands NS et des collaborateurs du régime Vichy. L’Union Soviétique a mené des procès contre des criminels de guerre dans les zones qu’elle reconquérait pendant la guerre. Dans la zone d’occupation soviétique, des employés des camps de concentration ont été poursuivis.

AFFAIRES DANS D’AUTRES PAYS

D’autres pays ont également mené des procès contre des ressortissants allemands, parmi lesquels la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Yougoslavie, la République Tchèque et Israël.

Fiche d'information
Nom: Herbertus Bikker
Nationalité: Germany Netherlands
Contexte: Allemagne nazie
Chefs d'accusation: Crimes de guerre
Statut: Décision d'incompétence - classement
Lieu du procès: Pays-Bas
Détails: Accusé de l'assassinat du combattant résistant Jan Houtman en 1944 pendant l'occupation allemande des Pays-Bas ; le procès en Allemagne a été abandonné au bout de cinq mois en raison de la mauvaise santé de Bikker.