Hjalmar Schacht

02.05.2016 ( Modifié le : 08.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Hjalmar Schacht naît le 22 janvier 1877 à Tinglev, dans le Schleswig. Fils d’un riche commerçant danois, il entreprend des études d’économie et entre à la Dresdner Bank en 1903.

Nommé président de la Reichsbank en décembre 1923, il parvient à stabiliser le nouveau mark après la crise hyper inflationniste désastreuse de 1923 mais donne sa démission en 1930 pour protester contre la poursuite du paiement des réparations de guerre, issues du Traité de Versailles.

Bien qu’ayant peu de sympathie au départ pour les Nazis, il admire leur succès électoraux, fait la connaissance d’Hitler et facilite les contacts de celui-ci avec les milieux financiers en 1932. Il accepte de reprendre la tête de la Reichsbank en mars 1933 et devient ministre de l’économie de 1934 à 1937. Cependant, il se heurte à Göring, chargé du Plan de quatre ans, réclame une diminution des dépenses d’armement et devient suspect au régime. Il doit abandonner la présidence de la Reichsbank en janvier 1939; il reste toutefois ministre sans portefeuille jusqu’en janvier 1943. Entré en contact avec les conjurés du 20 juillet 1944, il est arrêté et envoyé au camp de Dachau.

Libéré par les Américains, il est emprisonné aussitôt comme ancien ministre d’Hitler.

Il est reproché à Schacht d’avoir utilisé ses différentes fonctions, son influence personnelle et ses rapports avec le Führer pour promouvoir l’accession au pouvoir des conspirateurs nazis et la consolidation de leur pouvoir en Allemagne, au sens du chef d’accusation n° 1. Il aurait encouragé la préparation de la guerre, toujours au sens du chef d’accusation n° 1. De plus, il aurait participé à la planification économique et militaire et à la préparation des guerres d’agression par les conspirateurs nazis, au sens des chefs d’inculpation n° 1 et 2.

procédure légale

Emprisonné au camp de Dachau à la fin de la guerre, Hjalmar Schacht est détenu par les Américains à la libération de ce camp, en tant qu’ancien ministre d’Hitler.

Inculpé par le Tribunal militaire international de Nuremberg des chefs 1 (plan concerté ou complot) et 2 (crimes contre la paix), il plaide non coupable.

Le Tribunal a estimé que Schacht a joué un rôle important dans la politique de réarmement voulue par Hitler, en mettant autant que faire se peut la Reichsbank à la disposition d’une telle politique. Il a également été admis que Schacht avait été actif dans l’organisation de l’économie de guerre allemande. Considérant toutefois que le réarmement, en tant que tel, n’était pas un crime au sens du Statut du Tribunal, les juges ont acquitté Hjalmar Schacht du premier chef d’accusation.

En ce qui concerne les guerres d’agression (chef d’accusation n° 2), le Tribunal a admis que Schacht n’était pas impliqué dans leur préparation. N’étant pas un proche d’Hitler, il était même perçu avec hostilité par le groupe formé des principaux responsables des crimes contre la paix.

Le 1er octobre 1946, le Tribunal a donc acquitté Hjalmar Schacht des deux accusations retenues contre lui. Il a été libéré le même jour.

Schacht a par la suite fait l’objet de poursuites par les autorités allemandes. Il a été condamné à 8 ans de travaux forcés en 1947, jugement toutefois annulé en appel en 1948.

Il est décédé le 3 juin 1970 à Munich.

contexte

CONTEXTE DE L’ALLEMAGNE NAZIE

A la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux procès ont été effectués tant en Allemagne que dans d’autre pays à l’encontre les criminels de guerre et de ceux responsables pour les crimes nazis.

Bien qu’il soit impossible de fournir un résumé de tous ces procès, ci-dessous se trouve un bref aperçu des procès majeurs qui ont été tenus contres les criminels de guerre à Nuremberg et des procès y succédant.

BASES LEGALES SELON LA LOI DES NATIONS

Les Forces armées allemandes ont capitulé sans condition les 7 et 8 mai 1945.1 Les Alliés (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) ont repris les fonctions gouvernementales en Allemagne, formé le Conseil de contrôle allié et divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation.

Par l’adoption du Traité de Londres le 8 août 1945, les Alliés ont établi le Tribunal militaire international (TMI) afin de juger les principaux criminels de guerre allemands. L’appendice III du traité contient le statut du Tribunal militaire international (Statut TMI).

LES TRIBUNAUX DE NUREMBERG

Selon les arts. 1 – 3 du Traité de Londres, les criminels de guerre pour lesquels aucun emplacement géographique ne peut être déterminé doivent êtres jugés par le TMI. Pour les autres criminels de guerre allemands, le principe de territorialité s’applique : les tribunaux des Etats sur le territoire duquel les crimes ont eu lieu sont compétents pour juger les criminels sur la base de leur droit national (art. 4 et 6).

La compétence rationae de l’IMT s’étend aux :

– Crime contre la paix ;
– crimes de guerre ; et
– crimes contre l’humanité (art. 6 Statut TMI).

Le TMI était composé de quatre juges et quatre juges de réserves nommés par les quatre puissances alliées (art. 2 Statut TMI). Appliquant l’article 13 du Statut IMT, le tribunal a adopté ses propres règles de procédures.

Le TMI a inculpé 24 personnes. Les jugements se sont déroulés du 20 novembre 1945 au premier octobre 1946. Douze des personnes inculpées ont été condamnées à mort, trois acquittées, et sept autres ont été condamnées à des peines de prison variant de dix ans à la perpétuité. Dans une affaire, l’affaire a été annulée pour des raisons médicales et dans un autre l’inculpé s’est suicidé avant le début du procès.

LES PROCES SUCCESSIF A NUREMBERG

Sur la base du statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 (KRG 10 (5) adopté le 20 décembre 1945 plusieurs procès successifs à Nuremberg ont été menés sous l’administration des puissances alliées. Le statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 visait à fournir une base légale commune aux quatre zones sous occupation afin de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes sous le Troisième Reich. Les procès successifs à Nuremberg étaient donc basés sur le KRG 10 et le droit des parties occupantes, et non sur le TMI, bien que les éléments matériels de ce dernier étaient incorporés dans le statut du Conseil de contrôle. Ainsi, selon la section 10 du KRG, il était possible de référer des affaires dirigées contres des allemands ayant commis des crimes en Allemagne à des tribunaux allemands. Cette clause a été utilisée par les gouvernements d’occupation français, russe et anglais.

LES PROCEDURES DEVANT LES TRIBUNAUX MILITAIRES

Une attention particulière a été donnée aux douze grands procès qui ont été menés par les tribunaux militaires américains jusqu’au milieu de l’année 1949. Dans ces procès, les personnes inculpées étaient regroupées dans différents groupes :

Les procès des médecins regroupaient toutes les affaires ayant trait au programme d’euthanasie suite aux recherches médicales conduites et aux meurtres qui ont été commis afin de collecter des squelettes.

Le procès Milch : procès contre le maréchal Milch pour sa coopération dans le programme de production d’armes.

Le procès des juristes : procès contre seize employés du ministre de justice impériale ou de tribunaux spéciaux.

Administration générale de l’industrie SS : inculpations pour l’administration des camps de concentration.

Procès Flick : procès contre l’industrialiste Flick pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès IG Farben : procès pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès pour le meurtre d’otages : inculpations pour le meurtre d’otages dans les Balkans.

Procès RuSHA : procès contre les employés du Bureau SS pour la race et le peuplement notamment pour leur collaboration dans l’extermination des juifs et polonais et le déplacement des enfants aryens des territoires allemandes occupées.

Procès contre les Unités spéciales d’extermination : inculpation pour la participation aux massacres dans les territoires occupés de l’Est.

Procès Krupp : affaire contre l’industrialiste Krupp pour, entre autres, l’exploitation de labeur forcée.

Procès Wilhemlstrassen : affaire contre des hauts officiels du régime national-socialiste (NS) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Procès du Centre de commande général des forces armées : affaire contre les hauts officiels des forces armées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les documents en lien avec ces procès (bases légales, inculpations, mémoires, jugements, etc.) sont disponibles à www.mazal.com/NMT-HOME.htm et www.ess.uwe.ac.uk/warcrimesindex.htm.

De nombreuses autres affaires ont été jugées devant les tribunaux militaires américains. Au total, 1941 personnes ont été jugées.

PROCEDURES DEVANT DES TRIBUNAUX ANGLAIS, FRANÇAIS ET SOVIETIQUES

Des criminels de guerre allemands ont également été jugés devant les tribunaux des autres puissances occupantes. Les Anglais ont également effectué des jugements en Italie et en France, en particulier contre des collaborateurs des camps de concentration. Les tribunaux français étaient actifs non seulement dans les zones occupées, mais encore en Afrique du nord et en France dans des affaires impliquant des criminels allemands NS et des collaborateurs du régime Vichy. L’Union Soviétique a mené des procès contre des criminels de guerre dans les zones qu’elle reconquérait pendant la guerre. Dans la zone d’occupation soviétique, des employés des camps de concentration ont été poursuivis.

AFFAIRES DANS D’AUTRES PAYS

D’autres pays ont également mené des procès contre des ressortissants allemands, parmi lesquels la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Yougoslavie, la République Tchèque et Israël.