Mohammed Jabbateh

13.10.2016 ( Modifié le : 20.04.2018 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

Faits

Mohammed Jabbateh est de nationalité libérienne, il est né en 1947. Il possède une entreprise dans le sud-ouest de Philadelphie, aux Etats-Unis, qui s’occupe du chargement de conteneurs en direction du Libéria.

Au cours de la première guerre civile au Libéria dans les années 1990, Jabbateh, alias « Jungle Jabbah », est soupçonné d’avoir été membre du Mouvement de libération uni pour la démocratie au Libéria (ULIMO), un groupe rebelle composé de groupes ethniques Mandingo et Krahn. L’ULIMO combattait le FNPL (Front National Patriotique du Libéria) de Charles Taylor, engagé dans le renversement du gouvernement de Doe.

Après la division en 1994 de l’ULIMO en deux groupes, la faction ULIMO-J, dominé par le groupe éthnic Krahn et la faction ULIMO-K, dominé par le groupe éthnic Mandingo, Jabbateh est devenu un haut commandant de la faction ULIMO-K. En cette capacité, Jabbateh est soupçonné d’avoir commis ou ordonné, facilité et encouragé ces troupes de commettre les crimes suivants (liste non exhaustive) : meurtres de civils, esclavage sexuel et viol commis en public, mutilation de civils, torture, mis en esclavage de civil, enrôlement d’enfants soldats ; exécution de prisonniers de guerre, atteinte à la dignité des morts, meurtre commis en raison de la race, la religion, la nationalité, l’éthnie ou d’opinions politiques.

Le 7 décembre 1998, Jabbateh a déposé une demande d’asile auprès des services pour l’immigration des Etats-Unis. Dans sa candidature, « Jungle Jabbah » a reconnu avoir appartenu à un groupe rebel. Cependant, il a omis de mentionner son rôle en tant que commandant de l’ULIMO.

Le 23 décembre 1999, Jabbateh a obtenu l’asile aux Etats-Unis.

Procédure Légale

Jabbateh est arrêté le 13 avril 2016 à la suite d’une enquête menée par les services de l’immigration et des contrôles douaniers du Département de la sécurité interne des Etats-Unis (ICE/HSI).

Jabbateh est accusé d’avoir obtenu l’asile des Etats-Unis en dissimulant son rôle de commandant de l’ULIMO. Deux chefs d’accusation sont retenus contre lui pour fraude dans les documents d’immigration et deux autres pour parjure.

La Cour du district de Philadelphie a été saisie de l’affaire le 18 avril 2016 et a ordonné sa remise en liberté sous résidence surveillée.

Son procès s’est ouvert le 2 octobre 2017. Jabbateh a plaidé non coupable. Il est accusé de fraude à l’immigration et de parjure.

Pendant les audiences, les juges ont entendu 23 témoins qui ont racontés les viols, les tortures, les meurtres, les pillages et les actes de cannibalisme commis ou ordonné par Jabbateh et les combattants ULIMO placés sous son commandement.

Le 18 octobre 2017, Jabbateh a été jugé coupable de parjure et de fraude à l’immigration.

Le 19 avril 2018, Juge Paul Diamond a condamné Jabbateh à 30 ans de prison, la peine maximum encourue. Cette peine est la plus forte jamais donnée aux Etats-Unis dans une affaire de fraude à l’immigration.