Karuna Amman

27.04.2016 ( Modifié le : 13.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Karuna Amman est né en 1966 au Sri Lanka à Kiran, un village du district de Batticaloa. Karuna Amman a été commandeur spécial des Tigres tamouls dans les districts orientaux de Batticoloa-Amparai. Il aurait occupé le poste de numéro deux dans la hiérarchie des Tigres tamouls.

Karuna Amman a organisé une scission avec les Tigres tamouls en mars 2004 et est devenu commandeur d’une faction armée connue sous le nom de Karuna. Karuna Amman aurait justifié cette scission par une absence de considération de la part des Tigres tamouls pour les intérêts des tamouls de l’Est. Les Tigres tamouls auraient quant à eux avancé que des allégations de corruption et de violation du code de conduite des Tigres tamouls étaient à l’origine de la scission organisée par Karuna Amman.

La faction Karuna aurait joui d’une autorité dans le Sud Est du Sri Lanka et aurait une force estimée à une centaine d’hommes. La faction aurait mené des attaques régulières contre les Tigres tamouls. Certaines sources avancent que le gouvernement du Sri Lanka aurait armé, hébergé et supporté la faction Karuna dans sa lutte armée contre les Tigres tamouls. La scission de 2004 est notamment créditée pour avoir contribué à la défaite des Tigres tamouls dans l’Est du Sri Lanka

En 2004, Karuna Amman a crée l’aile politique de la faction : un parti politique plus connu sous le nom de « Tamil Peoples Liberation Tigers » (TMVP).

Selon un rapport de l’organisation Human Rights Watch, le Colonel Karuna et ses hommes auraient commis des violations des droits de l’homme avec l’aide du gouvernement sri lankais.

En tant que commandeur spécial des Tigres tamouls dans le district oriental de Batticaloa-Amparai en 1990, Karuna Amman aurait commis des violations de droits de l’homme. Près de 400 à 600 officiers de police non armés qui s’étaient rendus à cette époque aux Tigres tamouls auraient été massacrés dans le district sous le contrôle de Karuna Amman. Le Colonel Karuna Amman aurait également été impliqué dans d’autres massacres qui eurent lieu dans le district. En juillet 1990, les forces de Karuna auraient arrêté un convoi de musulmans traversant le district de Batticaloa et exécuté 75 d’entre eux dont des femmes et des enfants. En août 1990, les forces de Karuna auraient également exécuté plus de 200 civils dans deux incidents qui eurent lieu dans le district de Batticaloa : le massacre de Kattankudy et le massacre Erovar.

L’organisation Reporters Sans Frontières avance que Karuna Amman aurait également exécuté des journalistes locaux opposés aux Tigres tamouls. Karuna Amman et ses hommes sont également accusés par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et Human Rights Watch d’avoir recruté des enfants et d’avoir visité des familles tamouls afin d’enrôler de jeunes enfants dans la rébellion. Les familles réticentes auraient été menacées et harcelées et des enfants auraient été kidnappés.

La faction Karuna, sous le commandement de Karuna Amman, aurait également commis des violations des droits de l’homme et été impliquée dans des disparitions involontaires de civils dans la péninsule Jaffna. Les membres de la faction auraient notamment pris part, selon un rapport de 2006 d’Amnesty international, à des exécutions de civils. La faction aurait également procédé à des enlèvements d’enfants, notamment dans les districts orientaux, en vu de les enrôler de force dans la faction.

Karuna Amman a nié ces allégations lors d’entretiens et pointé du doigt les Tigres tamouls qui, selon lui, tenteraient de jeter le discrédit sur son parti.

Karuna Amman aurait quitté le Sri Lanka clandestinement en raison de disputes internes et de charges financières pesant contre lui au sein de sa faction. Karuna Amman aurait bénéficié d’une amnistie de facto par le gouvernement Sri lankais.

Karuna Amman a été arrêté à Londres le 2 novembre 2007.

procédure légale

Karuna Amman a été arrêté à Londres le 2 novembre 2007 à la suite d’une opération conjointe entre la Police métropolitaine et l’Agence des frontières et de l’immigration (« Border and Immigration Agency »). Karuna Amman a été arrêté pour possession d’un faux passeport diplomatique et d’armes à feu. Le passeport comportait une photographie de Karuna Amman et était au nom de Kokila Dushmantha Gunawardena. La demande de visa aurait été facilitée par le Ministère des affaires étrangères du Sri Lanka par le biais d’une note déclarant le dit Kokila Dushmantha Gunawardena comme Directeur Général du Département de la conservation de la faune. Les autorités britanniques ont déclaré avoir suffisamment de preuve pour mettre à jour la complicité du gouvernement Sri Lankais dans l’obtention d’un faux passeport diplomatique par Karuna Amman.

Suite à son interpellation, Karuna Amman a été mis en détention sous la responsabilité des autorités d’immigration. Le lieu exact de sa détention n’a pas été révélé.

Karuna Amman a été accusé d’avoir immigré illégalement sur le sol britannique. Karuna a témoigné sur les conditions dans lesquelles a été délivré son passeport et a plaidé coupable aux charges qui pesaient sur lui.

Le 25 janvier 2008, le Juge Hezlett Colgan de la Cour d’Isleworth dans l’Ouest de Londres a condamné Karuna Amman à neuf mois d’emprisonnement pour avoir violé la loi de 2006 sur les cartes d’identité. Aucune demande d’extradition de Karuna Amman par le gouvernement Sri Lankais n’a été formulée.

Les services du Procureur de la Couronne ont indiqué qu’ils considèrent poursuivre Karuna Amman pour crimes de guerre et violations des droits de l’homme sur la base des preuves présentées par la Police métropolitaine et figurant dans les rapports d’experts transmis par des organisations non-gouvernementales telles que Human Rights Watch, Amnesty International et la Coalition pour faire mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats. Le porte parole des services du Procureur de la Couronne, a avancé que la Police métropolitaine et des unités anti-terroristes seraient considérés pour mener l’enquête.

En vertu de la compétence universelle, la loi britannique autorise la poursuite d’individus étrangers ayant commis certaines violations sérieuses de droit international, notamment des actes de torture et des crimes de guerre.

Le 9 mai 2008, le gouvernement a annoncé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments de preuves pour le condamner au Royaume Uni. Amman a été libéré au terme de quatre mois de détention. Dans l’attente de son extradition au Sri Lanka, Karuna Amman a été placé dans un centre de détention pour immigrants à Londres.

Il a été mis en liberté et déporté au Sri Lanka le 3 juillet 2008.