Luis Esteban Kyburg

08.04.2021
TRIAL International rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

FAITS

Entre 1976 et 1983, la dictature de Jorge Rafael Videla en Argentine a laissé libre cours au développement d’un terrorisme d’État, qui a entraîné de nombreuses violations des droits humains et des crimes contre l’humanité. En effet, au moins 30 000 personnes ont été victimes de disparitions forcées après s’être opposées au régime. Il a également été révélé que, dans de nombreux cas, des fonctionnaires d’État ont détenu et torturé des femmes enceintes. Leurs enfants leur ont été retirés de force et adoptés par des partisans du régime.

Parallèlement, la base navale de Mar del Plata (située à 400 km au Sud de Buenos Aires) était utilisée comme centre de détention illégal. Les détenus étaient retenus captifs, torturés, parfois drogués et jetés en vol dans l’océan depuis des avions militaires (une pratique communément appelée vols de la mort – ou « vuelos de la muerte »). En 1976, Luis Esteban Kyburg a été nommé deuxième commandant d’une unité spéciale pour les plongeurs tactiques (Agrupación Buzos Tácticos) au sein de la base navale de Mar del Plata.

La plainte contre Kyburg concerne un jeune homme qui a été détenu avec sa compagne enceinte de trois mois en septembre 1976. Ils ont été arrêtés et placés en détention après que les forces armées argentines, habillées en civil, aient fait irruption chez eux et les aient conduits à la base navale. Suite à leur arrestation, leurs proches sont restés sans nouvelles d’eux.

Au moins 16 anciens membres des forces armées ont été condamnés pour les crimes contre l’humanité commis à Mar del Plata au cours de cette période. Parmi eux, le premier commandant de l’unité de Kyburg ainsi que son successeur ont été condamnés et emprisonnés.

PROCEDURE

En 2013, les autorités argentines ont émis un mandat d’arrêt contre Kyburg dans le cadre d’une procédure pénale. Lui et d’autres anciens officiers de la Marine font l’objet d’une enquête pour les crimes contre l’humanité (meurtres, disparitions forcées, tortures et enlèvements de civils) de la base navale de Mar del Plata.

Kyburg a réussi à fuir l’Argentine avant son arrestation et vit en Allemagne depuis sa fuite. Les autorités allemandes ont rejeté une demande d’extradition car Kyburg est un citoyen allemand (l’Allemagne n’extrade pas ses propres ressortissants, sauf vers des pays de l’Union européenne).

Les autorités allemandes ont demandé l’assistance des leurs homologues en Argentine et ont obtenu des preuves substantielles sur les crimes commis dans la base navale de Mar del Plata. De plus, en 2017, le Procureur de Berlin s’est rendu en Argentine afin de recueillir des preuves supplémentaires et de rencontrer les autorités argentines.

En 2018, une plainte pénale contre Kyburg a été déposée – avec le soutien du European Center for Constitutional and Human Right – par la sœur du jeune homme victime de disparition forcée en 1976. En 2019, les autorités allemandes ont recueilli le témoignage du plaignant. Les témoignages de témoins et de survivants qui résident en Europe seront également recueillis par les autorités.

En juillet 2020, un Procureur à Berlin a confirmé publiquement qu’une enquête individuelle visait Kyburg et que de nouveaux actes d’enquête avaient été entrepris, selon les critères définis par le droit pénal allemand. L’affaire étant au stade de l’enquête, Kyburg n’a encore été officiellement mis en examen pour les crimes en question. Cependant, l’enquête se concentre sur son implication dans le meurtre d’au moins 19 personnes en 1976, des disparitions forcées et des actes de torture.

 

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