Reinhold Hanning

19.09.2016 ( Modifié le : 02.06.2017 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

Faits

Reinhold Hanning est né le 28 Décembre 1921 à Helpup, en Allemagne. Il grandit à Lippe où il fréquenta l’école primaire, puis travailla dans une usine de vélos.

Hanning rejoignit la Jeunesse Hitlérienne à l’âge de 14 ans, puis les Waffen SS, la branche militaire des SS, en 1940 à l’âge de 18 ans. Il fut envoyé au camp de concentration d’Auschwitz en Janvier 1942, après avoir été blessé au combat et déclaré inapte au combat. En Juin 1944, il fut transféré au camp de concentration de Sachsenhausen. Hanning fut prisonnier de guerre en Mai 1945 et libéré le 20 Mai 1948.

Hanning fut accusé d’avoir travaillé comme garde à Auschwitz de Janvier 1943 à Juin 1944. En tant que Unterscharführer (leader d’escouade junior), Hanning aurait été responsable d’avoir veillé aux transports de personnes entrant dans le camp, situé en Pologne occupée.

Hanning aurait été présent dans le camp de concentration lors de « l’Opération Hongrie », entre mai à juin 1944, période pendant laquelle plus de 430 000 juifs Hongrois furent déportés à Auschwitz et plus de 300 000 furent gazés dès leur arrivée. L’opération consistait à séparer les personnes capables de travailler des autres (principalement les personnes âgées, malades, les femmes enceintes et les enfants), envoyant ces derniers directement dans les chambres à gaz.

Selon l’acte d’accusation, Hanning, en tant que garde, était au courant des massacres ayant eu lieu régulièrement dans le camp, et aurait aidé à la sélection des prisonniers.

Procédure Légale

En 2013, les procureurs fédéraux allemands de l’Office central de Ludwigsburg ont ouvert une enquête sur l’implication d’Hanning dans les crimes commis à Auschwitz.

Le 10 Février 2015, le Procureur allemand mit en accusation Hanning pour complicité par aide et assistance aux meurtres d’au moins 170 000 personnes entre 1943 et 1944. Le Procureur soutint qu’Hanning aurait dû être au courant des meurtres commis régulièrement dans le camp, et que par conséquent, par sa fonction de garde, il a soutenu ou du moins facilité ces meurtres.

Le 18 Mai 2015 l’avocat d’Hanning affirma que ce dernier n’était pas apte à comparaitre en raison de son âge avancé. Le 3 Novembre 2015, après avoir dépêché un spécialiste en psychiatrie et gériatrie pour examiner la santé mentale ainsi que les capacités physiques d’Hanning, le tribunal régional de Detmold l’a néanmoins jugé apte à comparaître, mais a ordonné la limitation de son apparition lors du procès à deux heures par jour.

Le procès commença le 11 Février 2016 devant le tribunal régional de Detmold. Hanning reconnut avoir servi dans le camp d’Auschwitz, mais plaida non coupable, contestant l’existence de preuves de son implication directe à quelconque acte criminel individuel.

Le 17 Juin 2016, La Cour jugea Hanning coupable de complicité par aide et assistance aux meurtres de plus de 170 000 personnes, ayant connaissance des crimes commis à Auschwitz. Il fut condamné à cinq années de prison.

Hanning ainsi que les demandeurs ont interjeté appel du jugement devant la Cour Fédérale allemande.

Hanning est mort le 1 juin 2017.

Contexte

CONTEXTE DE L’ALLEMAGNE NAZIE

A la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux procès ont été effectués tant en Allemagne que dans d’autre pays à l’encontre les criminels de guerre et de ceux responsables pour les crimes nazis.

Bien qu’il soit impossible de fournir un résumé de tous ces procès, ci-dessous se trouve un bref aperçu des procès majeurs qui ont été tenus contres les criminels de guerre à Nuremberg et des procès y succédant.

BASES LEGALES SELON LA LOI DES NATIONS

Les Forces armées allemandes ont capitulé sans condition les 7 et 8 mai 1945.1 Les Alliés (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) ont repris les fonctions gouvernementales en Allemagne, formé le Conseil de contrôle allié et divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation.

Par l’adoption du Traité de Londres le 8 août 1945, les Alliés ont établi le Tribunal militaire international (TMI) afin de juger les principaux criminels de guerre allemands. L’appendice III du traité contient le statut du Tribunal militaire international (Statut TMI).

LES TRIBUNAUX DE NUREMBERG

Selon les arts. 1 – 3 du Traité de Londres, les criminels de guerre pour lesquels aucun emplacement géographique ne peut être déterminé doivent êtres jugés par le TMI. Pour les autres criminels de guerre allemands, le principe de territorialité s’applique : les tribunaux des Etats sur le territoire duquel les crimes ont eu lieu sont compétents pour juger les criminels sur la base de leur droit national (art. 4 et 6).

La compétence rationae de l’IMT s’étend aux :

– Crime contre la paix ;
– crimes de guerre ; et
– crimes contre l’humanité (art. 6 Statut TMI).

Le TMI était composé de quatre juges et quatre juges de réserves nommés par les quatre puissances alliées (art. 2 Statut TMI). Appliquant l’article 13 du Statut IMT, le tribunal a adopté ses propres règles de procédures.

Le TMI a inculpé 24 personnes. Les jugements se sont déroulés du 20 novembre 1945 au premier octobre 1946. Douze des personnes inculpées ont été condamnées à mort, trois acquittées, et sept autres ont été condamnées à des peines de prison variant de dix ans à la perpétuité. Dans une affaire, l’affaire a été annulée pour des raisons médicales et dans un autre l’inculpé s’est suicidé avant le début du procès.

LES PROCES SUCCESSIF A NUREMBERG

Sur la base du statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 (KRG 10 (5) adopté le 20 décembre 1945 plusieurs procès successifs à Nuremberg ont été menés sous l’administration des puissances alliées. Le statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 visait à fournir une base légale commune aux quatre zones sous occupation afin de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes sous le Troisième Reich. Les procès successifs à Nuremberg étaient donc basés sur le KRG 10 et le droit des parties occupantes, et non sur le TMI, bien que les éléments matériels de ce dernier étaient incorporés dans le statut du Conseil de contrôle. Ainsi, selon la section 10 du KRG, il était possible de référer des affaires dirigées contres des allemands ayant commis des crimes en Allemagne à des tribunaux allemands. Cette clause a été utilisée par les gouvernements d’occupation français, russe et anglais.

LES PROCEDURES DEVANT LES TRIBUNAUX MILITAIRES

Une attention particulière a été donnée aux douze grands procès qui ont été menés par les tribunaux militaires américains jusqu’au milieu de l’année 1949. Dans ces procès, les personnes inculpées étaient regroupées dans différents groupes :

Les procès des médecins regroupaient toutes les affaires ayant trait au programme d’euthanasie suite aux recherches médicales conduites et aux meurtres qui ont été commis afin de collecter des squelettes.

Le procès Milch : procès contre le maréchal Milch pour sa coopération dans le programme de production d’armes.

Le procès des juristes : procès contre seize employés du ministre de justice impériale ou de tribunaux spéciaux.

Administration générale de l’industrie SS : inculpations pour l’administration des camps de concentration.

Procès Flick : procès contre l’industrialiste Flick pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès IG Farben : procès pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès pour le meurtre d’otages : inculpations pour le meurtre d’otages dans les Balkans.

Procès RuSHA : procès contre les employés du Bureau SS pour la race et le peuplement notamment pour leur collaboration dans l’extermination des juifs et polonais et le déplacement des enfants aryens des territoires allemandes occupées.

Procès contre les Unités spéciales d’extermination : inculpation pour la participation aux massacres dans les territoires occupés de l’Est.

Procès Krupp : affaire contre l’industrialiste Krupp pour, entre autres, l’exploitation de labeur forcée.

Procès Wilhemlstrassen : affaire contre des hauts officiels du régime national-socialiste (NS) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Procès du Centre de commande général des forces armées : affaire contre les hauts officiels des forces armées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les documents en lien avec ces procès (bases légales, inculpations, mémoires, jugements, etc.) sont disponibles à www.mazal.com/NMT-HOME.htm et www.ess.uwe.ac.uk/warcrimesindex.htm.

De nombreuses autres affaires ont été jugées devant les tribunaux militaires américains. Au total, 1941 personnes ont été jugées.

PROCEDURES DEVANT DES TRIBUNAUX ANGLAIS, FRANÇAIS ET SOVIETIQUES

Des criminels de guerre allemands ont également été jugés devant les tribunaux des autres puissances occupantes. Les Anglais ont également effectué des jugements en Italie et en France, en particulier contre des collaborateurs des camps de concentration. Les tribunaux français étaient actifs non seulement dans les zones occupées, mais encore en Afrique du nord et en France dans des affaires impliquant des criminels allemands NS et des collaborateurs du régime Vichy. L’Union Soviétique a mené des procès contre des criminels de guerre dans les zones qu’elle reconquérait pendant la guerre. Dans la zone d’occupation soviétique, des employés des camps de concentration ont été poursuivis.

AFFAIRES DANS D’AUTRES PAYS

D’autres pays ont également mené des procès contre des ressortissants allemands, parmi lesquels la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Yougoslavie, la République Tchèque et Israël.