Rudolf Hess

02.05.2016 ( Modifié le : 08.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Rudolf Hess naît le 26 avril 1894 à Alexandrie, en Egypte. Fils d’un commerçant allemand, il s’engage comme volontaire durant la première guerre mondiale, qu’il terminera en ayant le rang de lieutenant, après avoir servi dans l’aviation. Après la guerre, il milite dans des mouvements d’extrême-droite et rejoint les NSDAP, le parti nazi, en 1920.

Condamné en 1924 à 15 mois de détention suite au putsch manqué de Munich (novembre 1923), il est le secrétaire personnel de Hitler en détention à la prison de Landsberg. C’est à lui que Hitler dictera la plus grande partie de son livre « Mein Kampf ».

Devenu un ami intime du Führer, il est désigné comme son suppléant en avril 1933 et ministre sans portefeuille en décembre 1933. Il sera également membre du conseil de défense du Reich, membre du Reichstag (le Parlement allemand), et aura le rang de Général de la SS et de la SA. En septembre 1939, il est officiellement désigné comme le successeur de Hitler, juste après Göring.

Le 10 mai 1941, il part seul avec son avion personnel pour l’Écosse, espérant convaincre les Anglais de conclure une alliance contre l’URSS. Il finira la guerre en détention.

Il est reproché à Rudolf Hess d’avoir utilisé ses différentes fonctions, son influence personnelle et sa relation étroite avec le Führer pour favoriser l’accession au pouvoir des conspirateurs nazis et la consolidation de leur pouvoir en Allemagne, au sens du chef d’accusation n° 1. Hess aurait par ailleurs participé à la planification militaire, économique et psychologique de la guerre au sens du chef d’accusation n° 1. Il aurait participé à la planification politique à la préparation des guerres d’agression au sens des chefs d’inculpation n° 1 et 2. Il aurait pris part à la préparation et à la planification des politiques nazies dans le domaine des affaires étrangères, au sens du chef d’accusation n° 1. On lui reproche également d’avoir autorisé, dirigé et pris part à des actes constitutifs de crimes de guerre, selon le chef d’inculpation n° 3, et à des crimes contre l’humanité au sens du chef d’inculpation n° 4, notamment par le biais de nombreux crimes contre des personnes ou des biens.

A la fin de la guerre, Rudolf Hess est remis au Tribunal militaire international de Nuremberg par les autorités britanniques, qui le détiennent depuis 1941.

procédure légale

A la fin de la guerre, Rudolf Hess est remis au Tribunal militaire international de Nuremberg par les autorités britanniques, qui le détiennent depuis 1941.

Inculpé des chefs 1 (plan concerté ou complot), 2 (crimes contre la paix), 3 (crimes de guerre) et 4 (crimes contre l’humanité), il a plaidé non coupable.

Dès le début du procès, des doutes ont existé quant aux facultés mentales de Rudolf Hess. Toutefois, le Tribunal a décidé le 1er décembre 1945, se fondant notamment sur des rapports médicaux et sur la déclaration de l’accusé lui-même, qu’il n’existait aucune raison de ne pas poursuivre la procédure diligentée contre Hess.

Dans son jugement, le Tribunal militaire international de Nuremberg a retenu que Hess était parfaitement informé et était un soutien fervent des politiques d’agression contre l’Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne. Pour les juges, « jusqu’à son vol pour l’Angleterre, Hess était le plus proche confident de Hitler. Leur relation était telle que Hess devait être informé des plans d’agression de Hitler dès le début. Et Hess a agi à chaque fois qu’il était nécessaire de mettre ces plans en oeuvre ».

Le Tribunal a par ailleurs estimé qu’il existait des preuves de la participation de la Chancellerie du Parti, dirigée par Hess, dans la commission de crimes de guerre. Tout en estimant que Hess n’avait pas participé dans ces crimes, le Tribunal a indiqué qu’il en avait probablement eu connaissance. Ces éléments ne suffisent toutefois pas pour fonder sa responsabilité pénale.

Le 1er octobre 1946, le Tribunal militaire international a donc reconnu Rudolf Hess coupable au sens des chefs d’accusation n° 1 et 2, mais l’a acquitté des chefs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Hess a été condamné à la prison à vie.

Le juge russe Nikitchenko a émis un avis dissident, selon lequel Hess était coupable également de crimes contre l’humanité et méritait la mort.

Le pourvoi de Hess auprès du Conseil de contrôle a été rejeté le 10 octobre 1946.

Le 17 août 1987, Rudolf Hess s’est donné la mort à la prison de Spandau.

contexte

CONTEXTE DE L’ALLEMAGNE NAZIE

A la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux procès ont été effectués tant en Allemagne que dans d’autre pays à l’encontre les criminels de guerre et de ceux responsables pour les crimes nazis.

Bien qu’il soit impossible de fournir un résumé de tous ces procès, ci-dessous se trouve un bref aperçu des procès majeurs qui ont été tenus contres les criminels de guerre à Nuremberg et des procès y succédant.

BASES LEGALES SELON LA LOI DES NATIONS

Les Forces armées allemandes ont capitulé sans condition les 7 et 8 mai 1945.1 Les Alliés (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) ont repris les fonctions gouvernementales en Allemagne, formé le Conseil de contrôle allié et divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation.

Par l’adoption du Traité de Londres le 8 août 1945, les Alliés ont établi le Tribunal militaire international (TMI) afin de juger les principaux criminels de guerre allemands. L’appendice III du traité contient le statut du Tribunal militaire international (Statut TMI).

LES TRIBUNAUX DE NUREMBERG

Selon les arts. 1 – 3 du Traité de Londres, les criminels de guerre pour lesquels aucun emplacement géographique ne peut être déterminé doivent êtres jugés par le TMI. Pour les autres criminels de guerre allemands, le principe de territorialité s’applique : les tribunaux des Etats sur le territoire duquel les crimes ont eu lieu sont compétents pour juger les criminels sur la base de leur droit national (art. 4 et 6).

La compétence rationae de l’IMT s’étend aux :

– Crime contre la paix ;
– crimes de guerre ; et
– crimes contre l’humanité (art. 6 Statut TMI).

Le TMI était composé de quatre juges et quatre juges de réserves nommés par les quatre puissances alliées (art. 2 Statut TMI). Appliquant l’article 13 du Statut IMT, le tribunal a adopté ses propres règles de procédures.

Le TMI a inculpé 24 personnes. Les jugements se sont déroulés du 20 novembre 1945 au premier octobre 1946. Douze des personnes inculpées ont été condamnées à mort, trois acquittées, et sept autres ont été condamnées à des peines de prison variant de dix ans à la perpétuité. Dans une affaire, l’affaire a été annulée pour des raisons médicales et dans un autre l’inculpé s’est suicidé avant le début du procès.

LES PROCES SUCCESSIF A NUREMBERG

Sur la base du statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 (KRG 10 (5) adopté le 20 décembre 1945 plusieurs procès successifs à Nuremberg ont été menés sous l’administration des puissances alliées. Le statut du Conseil de contrôle allié numéro 10 visait à fournir une base légale commune aux quatre zones sous occupation afin de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes sous le Troisième Reich. Les procès successifs à Nuremberg étaient donc basés sur le KRG 10 et le droit des parties occupantes, et non sur le TMI, bien que les éléments matériels de ce dernier étaient incorporés dans le statut du Conseil de contrôle. Ainsi, selon la section 10 du KRG, il était possible de référer des affaires dirigées contres des allemands ayant commis des crimes en Allemagne à des tribunaux allemands. Cette clause a été utilisée par les gouvernements d’occupation français, russe et anglais.

LES PROCEDURES DEVANT LES TRIBUNAUX MILITAIRES

Une attention particulière a été donnée aux douze grands procès qui ont été menés par les tribunaux militaires américains jusqu’au milieu de l’année 1949. Dans ces procès, les personnes inculpées étaient regroupées dans différents groupes :

Les procès des médecins regroupaient toutes les affaires ayant trait au programme d’euthanasie suite aux recherches médicales conduites et aux meurtres qui ont été commis afin de collecter des squelettes.

Le procès Milch : procès contre le maréchal Milch pour sa coopération dans le programme de production d’armes.

Le procès des juristes : procès contre seize employés du ministre de justice impériale ou de tribunaux spéciaux.

Administration générale de l’industrie SS : inculpations pour l’administration des camps de concentration.

Procès Flick : procès contre l’industrialiste Flick pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès IG Farben : procès pour conspiration de guerre agressive et labeur forcée des prisonniers de guerre et des internés dans les camps de concentration.

Procès pour le meurtre d’otages : inculpations pour le meurtre d’otages dans les Balkans.

Procès RuSHA : procès contre les employés du Bureau SS pour la race et le peuplement notamment pour leur collaboration dans l’extermination des juifs et polonais et le déplacement des enfants aryens des territoires allemandes occupées.

Procès contre les Unités spéciales d’extermination : inculpation pour la participation aux massacres dans les territoires occupés de l’Est.

Procès Krupp : affaire contre l’industrialiste Krupp pour, entre autres, l’exploitation de labeur forcée.

Procès Wilhemlstrassen : affaire contre des hauts officiels du régime national-socialiste (NS) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Procès du Centre de commande général des forces armées : affaire contre les hauts officiels des forces armées pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les documents en lien avec ces procès (bases légales, inculpations, mémoires, jugements, etc.) sont disponibles à www.mazal.com/NMT-HOME.htm et www.ess.uwe.ac.uk/warcrimesindex.htm.

De nombreuses autres affaires ont été jugées devant les tribunaux militaires américains. Au total, 1941 personnes ont été jugées.

PROCEDURES DEVANT DES TRIBUNAUX ANGLAIS, FRANÇAIS ET SOVIETIQUES

Des criminels de guerre allemands ont également été jugés devant les tribunaux des autres puissances occupantes. Les Anglais ont également effectué des jugements en Italie et en France, en particulier contre des collaborateurs des camps de concentration. Les tribunaux français étaient actifs non seulement dans les zones occupées, mais encore en Afrique du nord et en France dans des affaires impliquant des criminels allemands NS et des collaborateurs du régime Vichy. L’Union Soviétique a mené des procès contre des criminels de guerre dans les zones qu’elle reconquérait pendant la guerre. Dans la zone d’occupation soviétique, des employés des camps de concentration ont été poursuivis.

AFFAIRES DANS D’AUTRES PAYS

D’autres pays ont également mené des procès contre des ressortissants allemands, parmi lesquels la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Yougoslavie, la République Tchèque et Israël.