Wouter Basson

26.04.2016 ( Modifié le : 14.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Wouter Basson est né le 6 juillet 1950 en Afrique du Sud. Cardiologue de profession, il a occupé le poste de chef du programme bactériologique et chimique dans les services secrets sud-africains, également connu sous le nom de «Project Coast» de 1981 à 1995.

Wouter Basson aurait travaillé pour le corps médical de l’armée sud-africaine. Il aurait notamment été chargé de rassembler des informations sur les expériences chimiques et biologiques de pays étrangers.

En 1981, il fut nommé chef du «Project Coast» lorsqu’il officiait à titre de médecin pour le président sud-africain Pieter Botha. L’armée sud-africaine présentait alors ce projet comme un programme à caractère principalement défensif.

Wouter Basson aurait participé au recrutement de plus de 200 scientifiques. Il fut également chargé par le Bureau de coopération civile («Civil Cooperation Bureau») de développer des armes chimiques afin de neutraliser des militants anti-apartheid. L’objectif visé par ce projet était de faire obstacle à la croissance démographique de la population noire par le biais de moyens chimiques. Les recherches de Wouter Basson portèrent notamment sur la stérilisation des femmes noires et le développement de bactéries.

En sa capacité de chef du programme chimique et bactériologique des services secrets sud-africains, Wouter Basson aurait ainsi contribué à l’élaboration d’un certain nombre d’attaques et d’assassinats de militants anti-apartheid. L’armée lui aurait notamment fourni des produits chimiques. A l’aide de ce matériel, Wouter Basson aurait développé des objets et aliments à base de poison tels que des cigarettes contenant de l’anthrax, du lait et du whisky contenant des substances toxiques, et des tournevis et parapluies empoisonnés.

Wouter Basson aurait conservé son poste sous le mandat de Frederik de Klerk en 1990. Il aurait été contraint de cesser la production d’agents chimiques mais et se serait concentré sur la production d’agents non-interdits par le gouvernement tel que l’ecstasy et le mandrax vendus dans les milieux anti-apartheid.

Les activités de Wouter Basson ont été l’objet d’enquêtes administratives internes dès 1993. Le «Project Coast» a par la suite été démantelé et des produits chimiques auraient disparu des stocks de l’armée sud-africaine.

Wouter Basson se serait rendu en Libye à plusieurs reprises entre 1993 et 1995 et est suspecté d’y avoir vendu des armes chimiques et bactériologiques.

En dépit de ses fonctions dans les services secrets sud-africains sous le régime de l’Apartheid, Wouter Basson fut néanmoins engagé sous le gouvernement Mandela pour contribuer au projet «Transnet». Il aurait ainsi travaillé sur des missions secrètes dans le cadre de ce projet de transport et d’infrastructure.

Wouter Basson aurait par la suite réintégré l’armée sud-africaine comme chirurgien.

La Commission de vérité et réconciliation commença à enquêter sur les activités biologiques et chimiques des unités de sécurité dès 1996.

Wouter Basson aurait tenté de quitter l’Afrique du Sud en 1997. Toutefois, la CIA fit pression auprès du gouvernement sud-africain et Basson a été arrêté en possession de grandes quantités d’ecstasy et de documents officiels confidentiels à Prétoria par la division des stupéfiants des services de police sud-africains.

procédure légale

Wouter Basson a été arrêté à Prétoria en février 1997 en possession d’ecstasy et de documents officiels confidentiels.

Wouter Basson a comparu devant la Commission de vérité et réconciliation le 31 juillet 1998 mais a refusé de demander l’amnistie.

Le procès de Wouter Basson a commencé le 4 octobre 1999 et une soixantaine de charges pesaient sur lui. Il a été inculpé pour possession et trafic de drogue, fraude, 229 meurtres et conspiration de meurtres, vol. L’accusation présenta 153 témoins. Basson aurait notamment participé au meurtre de cinq hommes qui furent jetés d’un avion après avoir reçu une dose de liquide relaxant pour les muscles.

Le 11 octobre 1999, six charges ont été annulées par le juge Willie Hartzenberg, notamment celles impliquant la responsabilité de Basson dont la mort de 200 personnes en Namibie car le gouvernement sud-africain n’avait pas la compétence pour poursuivre des crimes commis à l’étranger et que Basson bénéficiait de la loi d’amnistie namibienne de 1989.

A l’issue de 18 mois de procès, 46 charges pesaient encore sur Wouter Basson.

La défense a commencé la présentation de son cas en juillet 2001 et a plaidé durant 40 jours. L’argumentation a porté principalement sur la légalité de l’action de Wouter Basson et ses relations avec les services étrangers.

Le 22 avril 2002, Wouter Basson a été acquitté. L’Etat sud-africain a fait appel devant la Cour Suprême de Pretoria et devant la Haute Cour d’Appel en juin 2003.

Wouter Basson continue à donner des conférences et a fondé son cabinet médical au Cap.

En septembre 2005, au terme d’un troisième appel présenté par l’état sud-africain devant la plus haute instance judiciaire du pays, la Cour Constitutionnelle a rejeté les arguments de la Cour d’Appel et a conclu que Wouter Basson pouvait de nouveau être jugé pour crimes contre l’humanité en vertu du droit international.

Aucune procédure judicaire n’a cependant été engagée jusqu’à présent.