Jour 11 : Examen des accusations de mars 2006 en relation avec la persécution de journalistes

23.01.2024 ( Modifié le : 19.01.2026 )

(actes de torture, de séquestration et de violences sexuelles commis en tant que crimes contre l’humanité)

Dans le cadre d’une tentative de coup d’État en mars 2006, Ousman Sonko est accusé, en complicité avec un groupe d’auteur·e·s, d’avoir torturé diverses personnes, dont des membres de l’armée, des politicien·ne·s et des journalistes, de les avoir illégalement privées de liberté, ainsi que d’avoir commis un viol à Banjul, Gambie.

Le plaignant appelé à témoigner est un journaliste gambien depuis les années 1990. En 2006, il occupait un poste important au sein du journal national de renom The Independent, ainsi qu’au sein de l’Union de la presse gambienne (GPU). Il a été arrêté à la fin du mois de mars 2006, après que le journal ait publié plusieurs articles critiques sur la tentative de coup d’État contre Yahya Jammeh. En 2017 et 2022, il a été élu parlementaire pour le parti UDP.

Le plaignant a rappelé à la Cour que, fin mars 2006, alors qu’il entrait dans son bureau à The Independent, des policiers habillés en civil, qui l’attendaient, l’ont informé qu’il était en état d’arrestation. Il a été conduit au siège de l’unité d’intervention de la police (PIU). Il s’y attendait, car un collègue avait été arrêté la veille. À son arrivée à PIU, il a vu plusieurs de ses collègues, dont certain·e·s ont été relâché·e·s peu après.

Il a lui-même été conduit par la police à la National Intelligence Agency (NIA) à Banjul. Là, il a vu un collègue journaliste et tous deux ont été emmenés à la police où ils ont été placés dans une cellule très étroite, sale et malodorante. Il a été interrogé sur les articles qu’il avait écrits sur la tentative de coup d’État. Au bout d’un certain temps, ils ont tous deux été ramenés à la NIA où il a été confronté à des questions similaires.

Une nuit, des hommes masqués l’ont fait sortir de sa cellule et l’ont battu alors qu’il était interrogé sur son travail. Il a subi de nombreuses blessures aux mains, aux bras et au dos alors qu’il essayait de protéger son visage des coups violents. Il a également été insulté et battu à plusieurs reprises.
À un moment donné, il a été conduit devant un panel composé d’environ dix à vingt personnes, dont Ousman Sonko, qui était à l’époque Inspecteur général de la police (IGP). Il lui a été clairement expliqué qu’il était visé en tant que journaliste, d’autant plus qu’il travaillait pour ce journal.

Il a été détenu pendant plusieurs semaines. La police est restée présente à proximité du journal pendant environ deux ans – sur ordre de l’IGP – l’empêchant ainsi de faire son travail.

Il a souffert de blessures physiques et de traumatismes psychologiques dus à la violence qu’il a subie.

À l’époque, la situation politique était terrible. Selon le plaignant, la Gambie a connu l’enfer entre 1994 et 2016. Yahya Jammeh était un tyran. Avec son cabinet, ils ont créé un réseau qui terrorisait la population. Des politicien·ne·s et des personnalités religieuses ont été arrêtés. La justice était sélective et injuste. Les bâtiments des médias ont été incendiés, les médias muselés et les journalistes considéré·e·s comme des « espèces en voie de disparition ». Après la chute de l’ancien président, les Gambien·ne·s ont retrouvé leur liberté.

La Gambie est un petit pays où tout le monde est lié. La majorité des Gambien·ne·s sont musulman·ne·s, mais la tolérance religieuse existe aujourd’hui. Le tribalisme était inconnu jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Jammeh. Ce dernier était un Diolla – une petite tribu – et percevait les autres groupes ethniques comme une menace. Le Parlement était libre sous la première République, il était le reflet du peuple, ce qui a été perdu sous Jammeh.

Fait marquant de la procédure

Lors de la reprise de l’audience le 23 janvier 2024, la défense a déposé une déclaration écrite sous serment de l’ancienne épouse d’Ousman Sonko datée du 22 janvier 2024. Selon la défense, ce document met en évidence la personnalité de l’accusé, en particulier en privé.

Le procureur a fait valoir que ce document n’était pas pertinent pour la défense, mais qu’il ne s’opposerait pas à l’inclure dans le dossier s’il était important pour l’accusé.

Les plaignant·e·s s’en remettent à la Cour pour l’admission de ce document dans la procédure, tout en soulignant qu’il n’a aucune importance dans la pratique juridique suisse et que son audition en tant que témoin n’est ni nécessaire ni recommandée étant donné sa proximité avec l’accusé et l’équipe de la défense et le fait qu’elle ait assisté au procès.

La Cour a accepté le document dans le dossier.

À suivre : L’audience d’Ousman Sonko sur les accusations de 2006.