Non, M. Trump : la torture ne peut jamais être légale

01.02.2017
   

Un op-ed de Philip Grant

Les positions du Président Trump sur la torture vont à l’encontre de tout ce pour quoi TRIAL International se bat.

Dans une récente interview télévisée, le nouveau Président des Etats-Unis a ouvertement défendu l’usage de la torture contre des terroristes présumés. Faisant référence aux exactions de l’Etat Islamique, il a soutenu qu’il fallait « combattre le feu par le feu ». Et de conclure que le waterboarding (une méthode de torture simulant la noyade) contribuerait à la sécurité des Etats-Unis.

La garantie de M. Trump de circonscrire la torture « aux limites de ce qui est autorisé par la loi » n’est qu’une supercherie : la torture n’est jamais légale.

Une interdiction internationale absolue

Soutenir que la torture pourrait, dans certaines circonstances, être autorisée repose sur un dangereux présupposé : qu’elle pourrait être « modérée » ou « proportionnelle ». Il n’en est rien : la torture est la violation la plus profonde de l’intégrité physique et morale d’un individu. Son interdiction ne tolère pas de demi-mesure. En effet, si des maltraitances « mineures » était autorisées, où poser la limite ? Des scénarios dits « d’urgence absolue » justifieraient-ils des actes de torture ? Ces compromis nous mènent en eaux troubles et l’histoire regorge d’exemples de dérives.

C’est pour cela que la torture est totalement interdite dans de nombreux traités internationaux : la Convention contre la torture, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et les Conventions de Genève, pour ne citer que les plus connus. Les Etats-Unis sont parties aux trois.

Au-delà des traités internationaux, la torture est depuis longtemps considérée comme du jus cogens : un principe fondamental et impératif du droit international, sans dérogation possible. Ainsi, l’interdiction de la torture s’applique à tous les Etats, y compris ceux qui n’ont pas ratifié de traités dans ce sens.

Même si M. Trump retirait les Etats-Unis de tous les traités dont ils sont aujourd’hui parties, le fait demeurerait inchangé : la torture est illégale. Partout, en toute circonstance et envers qui que soit.

Les tortionnaires seront punis

TRIAL International lutte quotidiennement contre la torture et d’autres crimes internationaux, en s’assurant que les criminels sont portés devant la justice. L’arrestation récente de l’ex-ministre gambien Ousman Sonko prouve que ceux qui ont recours (ou qui autorisent) la torture peuvent être poursuivis et punis, peu importe leur rang.

En 2011, quand l’ancien Président des Etats-Unis George W. Bush a annoncé sa venue à Genève, TRIAL avait été contacté par des ONG qui défendaient les victimes de torture à Guantanamo. L’organisation a apporté son expertise juridique pour préparer une dénonciation pénale contre M. Bush, qui a annulé son voyage. Aujourd’hui comme hier, nous ne tolèrerons pas une justice à deux vitesses : M. Trump sera tenu responsable de ses actes.

J’espère sincèrement que le nouveau Président reviendra sur ses propos sur la torture. En attendant, les organisations de la société civile, à commencer par TRIAL, continueront de se battre pour les droits à la sécurité et l’intégrité. Nous ne cèderons pas à la peur et resterons fermement du côté de la justice.

Philip Grant, Directeur
@PhilipGrant40

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