Roger Lumbala, jugé en France pour complicité de crimes contre l’humanité commis en République démocratique du Congo, a contesté la légitimité et la compétence des juridictions françaises pour le juger, a congédié son équipe de défense, et a refusé de se présenter devant la cour.

Le procès de M. Lumbala, qui avait auparavant coopéré avec l’enquête, se poursuivra malgré son absence. La cour a désigné l’un de ses anciens avocats pour représenter ses intérêts. Néanmoins, ces derniers jours, le banc de la défense est demeuré vide : ni accusé, ni équipe de défense.

Le président de la cour a également annoncé que M. Lumbala a entamé une grève de la faim pour protester contre le procès. Combinées à son refus de coopérer, ces démarches semblent destinées à déstabiliser les survivants avant leur témoignage et à entraver un processus judiciaire qu’ils attendent depuis plus de vingt ans.

Les organisations impliquées dans la procédure – TRIAL International, la Clooney Foundation for Justice, Minority Rights Group, Justice Plus et PAP-RDC –  expriment leur préoccupation face à ces développements.

Lumbala est jugé en France au titre de la compétence universelle. Ce principe juridique impose aux États, lorsque les conditions sont réunies, d’enquêter et de poursuivre les crimes d’une telle gravité qu’ils constituent une atteinte à la communauté internationale dans son ensemble. La présence de M. Lumbala en France et la nature alléguée de ses crimes répondent à ces critères.

Si la justice trouve tout son sens lorsqu’elle est rendue localement, la compétence universelle comble un vide face à l’impunité persistante pour les crimes commis en RDC avant la dernière décennie.

À ce jour, aucun crime commis durant la Deuxième guerre du Congo (1998–2003) n’a été jugé en RDC, malgré plus d’un million de morts et une documentation exhaustive des exactions.

Le procès de M. Lumbala à Paris constitue ainsi un moment déterminant pour les efforts de responsabilisation et rappelle le rôle essentiel que joue la compétence universelle lorsqu’aucune autre voie de recours n’est ouverte aux survivants.

Qui est Roger Lumbala et de quelles charges fait-il l’objet ?

  • Roger Lumbala est un ressortissant congolais et l’ancien chef du groupe armé non-étatique Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD-N).
  • Le RCD-N a opéré dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) entre 2000 et 2003. Lumbala a ensuite été ministre du commerce extérieur dans le gouvernement de transition entre 2003 et 2005, puis sénateur jusqu’en 2013.
  • En 2023, Lumbala a été mis en examen pour :
    1) Complicité de crimes contre l’humanité ;
    a) par instruction pour avoir donné des ordres pour commettre une pratique massive et systématique de tortures ou d’actes inhumains ;
    b) par aide ou assistance en fournissant le ravitaillement nécessaire aux auteurs des faits et/ou en laissant les combattants placés sous son autorité et son contrôle commettre des crimes sans prendre toute mesure nécessaire ou raisonnable permettant la commission des crimes de : exécutions sommaires, tortures ou actes inhumains, viols constitutifs de tortures ou actes inhumains, vols ou pillages constitutifs d’actes inhumains, réduction en esclavage par travaux forcés et par esclavage sexuel.
    2) Participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime contre l’humanité.
  • Le RCD-N et ses alliés auraient commis ces atrocités lors d’une opération militaire appelée « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
  • Lumbala aurait ordonné et fourni un soutien logistique aux troupes du RCD-N pour mener des attaques violentes contre la population civile dans le but de contrôler des zones riches en ressources naturelles dans l’Est de la RDC.


Pourquoi ce procès est-il historique ?

  • Roger Lumbala sera le premier ressortissant congolais à être jugé par une juridiction nationale pour des crimes contre l’humanité présumément commis pendant la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), et fait partie des rares anciens responsables gouvernementaux poursuivis pour de tels faits.
  • Il s’agit également du premier procès en France fondé sur la compétence universelle pour des crimes liés à ce conflit.
  • C’est la première fois que des crimes commis pendant la Deuxième Guerre du Congo seront jugés par une cour nationale ordinaire et non par une juridiction militaire.


Qu’est-ce que la Deuxième Guerre du Congo ?

  • La Deuxième Guerre du Congo (1998-2003) a causé plus d’un million de morts et déplacé des millions de personnes. Elle reste l’un des conflits les plus violents et destructeurs de l’histoire récente du continent africain.
  • Au plus fort du conflit, neuf États africains et plus de 25 groupes armés étaient impliqués.


Qu’était l’opération « Effacer le tableau » ?

  • Dans les derniers mois de l’année 2002, le RCD-N et des groupes armés alliés ont mené une campagne d’attaques systématiques contre la population civile résidant dans les deux provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, dans l’Est de la RDC.
  • Le RCD-N visait à contrôler les zones détenues par le groupe rival Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Mouvement de Libération (RCD-ML), en particulier la ville de Mambasa et la région riche en ressources de Beni-Butembo. L’opération a été nommée « Effacer le tableau » car le mode opératoire des troupes consistait à s’attaquer à la population civile et à détruire tout ce qui avait de la valeur pour elle.
  • L’Équipe spéciale d’enquête des Nations Unies, déployée en RDC à la suite de la campagne « Effacer le tableau », a conclu que cette campagne représentait « une nouvelle échelle de violence caractérisée par des opérations préméditées utilisant le pillage, le viol et les exécutions sommaires comme outils de guerre. »


Qui sont les victimes des crimes présumés de Lumbala ?

  • Le nombre précis de victimes de l’opération « Effacer le tableau » reste inconnu, mais des milliers de personnes ont subi des meurtres, de la torture, des viols, de l’esclavage, parmi de nombreuses autres formes d’abus, aux mains de la milice.
  • Un certain nombre de survivant·e·s de ces crimes participent au procès, et 35 victimes ont été admises comme parties civiles dans l’affaire.
  • Des villages entiers, des communautés et des familles vivant dans la région ont été soumis à des abus particulièrement graves, avec des conséquences dévastatrices. Bon nombre des attaques étaient dirigées contre des communautés ethniques spécifiques, notamment les Nande (minorité) et les Bambuti (peuples autochtones).


Quand et où sera-t-il jugé ?

  • Le procès de Lumbala se tiendra devant la cour d’assises de Paris, en France. Une cour d’assises est une cour composée d’un jury qui juge les infractions les plus graves.
  • Le procès commencera le 12 novembre et devrait se poursuivre jusqu’au 19 décembre 2025.
  • Il est ouvert au public.


Quelles preuves ont conduit à la mise en examen ?

  • Le juge d’instruction français a entendu des témoignages, notamment ceux de témoins oculaires, de témoins initié·e·s, et de victimes, y compris des survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre. Le juge a également entendu la version des faits présentée par Lumbala. Des informations publiques pertinentes, incluant des rapports, de la documentation contextuelle et juridique provenant d’ONG, de l’ONU et de la Cour pénale internationale (CPI), ont été admises comme preuves dans le dossier.


Pourquoi cela se passe-t-il en France ?

  • Le procès de Lumbala se tient au titre de la compétence universelle, un principe juridique qui permet aux juridictions nationales de poursuivre les crimes internationaux les plus graves, peu importe le lieu où les crimes ont été commis ou la nationalité des victimes et des auteurs.
  • La France a une expérience importante en matière de compétence universelle et a joué un rôle pionnier en Europe dans la poursuite de personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes internationaux.
  • Lumbala, qui est un citoyen congolais, résidait en France lors de son arrestation en 2021. Après le rejet de sa demande d’asile en 2016, les autorités françaises ont ouvert une enquête préliminaire à son encontre pour suspicion de participation à des crimes internationaux.


La RDC ne devrait-elle pas le juger à la place ?

  • Il est préférable que les mécanismes de reddition de comptes aient lieu aussi près que possible des lieux où les crimes ont été commis. Les tribunaux congolais ont accompli des progrès importants dans l’enquête et la poursuite de crimes graves commis par des chefs de milices et par l’armée congolaise au cours de la dernière décennie, mais ils ont montré une réticence à engager des poursuites concernant les conflits antérieurs.
  • Jusqu’à présent, les crimes commis pendant la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003) n’ont été traités ni au niveau national ni à l’étranger, ce qui signifie qu’il n’existe aucune voie concrète pour que les survivant·e·s obtiennent réparation dans leur pays. Et ce, malgré le nombre élevé de victimes et la documentation étendue du conflit dans le Rapport du Mapping de l’ONU de 2010.
  • Les procédures fondées sur la compétence universelle représentent donc un accès essentiel à la justice pour les victimes et les survivant·e·s.

Quel est le rôle des ONG dans ces procédures ?

  • TRIAL International, Minority Rights Group, la Clooney Foundation for Justice et Justice Plus ont été admis comme parties civiles dans l’affaire, et PAP-RDC a déposé une demande de constitution de partie civile. En vertu du Code de procédure pénale français, les organisations ayant pour mandat de lutter contre les crimes contre l’humanité peuvent demander à se constituer partie civile dans ce type de procédure.
  • À ce titre, nous sommes autorisés à participer à la procédure, soumettre des éléments de preuve et demander des expertises.
  • Justice Plus, une ONG basée en RDC, a joué un rôle essentiel dans l’identification de survivant·e·s afin de contribuer à l’enquête sur les crimes de Lumbala. Nos organisations ont également assuré un soutien psychologique pour éviter que les survivant·e·s ne soient re-traumatisés lorsqu’ils témoignent devant les tribunaux.
  • PAP-RDC, une ONG basée en RDC ayant demandé le statut de partie civile, a joué un rôle crucial dans l’évaluation de la situation humanitaire de la communauté autochtone Bambuti après le conflit et dans la fourniture d’informations supplémentaires pour soutenir les enquêtes sur les violations des droits humains. Actuellement, PAP-RDC soutient les victimes de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis pendant l’opération Effacer le tableau.


Des survivant·e·s se rendront-ils/elles à Paris pour le procès ?

  • Près de 30 survivant·e·s devraient se rendre à Paris pour témoigner devant la cour et le jury. Bien que certains aient déjà fait des déclarations devant le juge d’instruction, ce moment marque une étape forte : ce sera la première fois qu’ils et elles partageront publiquement leurs récits dans le cadre d’un processus judiciaire formel.


Quelle peine Lumbala risque-t-il ?

  • S’il est reconnu coupable, Lumbala pourrait être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Cette peine est prévue aux articles 212-1 et 121-6 du Code pénal français.
  • Le tribunal décidera ensuite, lors d’une audience distincte, si des réparations financières seront accordées aux victimes.

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La République démocratique du Congo a connu plusieurs épisodes de violence successifs depuis les années 1990, qui ont déchiré le tissu social, en plus de faire un très grand nombre de victimes, notamment à l’Est du pays. Dans une telle configuration et face au constat de l’impunité généralisée, le Groupe de travail sur la justice transitionnelle au Sud Kivu (GTJTSK) s’est donné la mission de répertorier, dans la province du Sud Kivu, les violations graves des droits humains, susceptibles de constituer des crimes internationaux. Plus particulièrement, le répertoire couvre les territoires de Kalehe, Mwenga, Shabunda, Walungu, Kabare, Fizi, Idjwi et Uvira.

© GTJTSK – Couverture du rapport de recherche documentaire sur les cas de crimes graves commis au Sud-Kivu de 1994 à 2024

Les crimes sélectionnés et présentés dans le présent rapport n’ont pas été recensés dans le Rapport Mapping des Nations Unies qui couvre la période entre 1993 et 2003. Ce rapport, qui se veut complémentaire se limite à présenter les incidents les plus graves, c’est-à-dire ceux caractérisés par les éléments de qualification d’un crime international, commis entre 1994 et 2024.

Le rapport du GTJTSK est disponible ici.

Liste des organisations de la société civile membres du GTJTSK

AFEJUCO Association des Femmes Juristes du Congo
APED Action pour la Paix, l’Éducation et le Développement
ARAL Arche d’Alliance
CDJP Commission Diocésaine Justice et Paix
CEDH Centre d’Espoir pour les Droits Humains
CENADEP Centre Nationale d’Appui au Développement et à la Participation Populaire
CCJT Coalition Congolaise pour la Justice Transitionnelle
CCJT-SH Centre Congolais pour la Justice Transitionnelle/Sécurité Humaine
CPJT Commission Provinciale Justice Transitionnelle
COJESKI-RDC Collectif des Jeunes du Sud Kivu/République démocratique du Congo
GJ Groupe Jérémie
PF PanziFoundation
GASAP Groupe d’Action Socio-Agro Pastorale
HJ Héritiers de la Justice
IA Initiatives Alpha
ICJP Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix
LADHO Ligue des Activistes des Droits de l’Homme
LDGL Ligue des Droits de la personne dans la Région des Grands Lacs
AFEM Association des Femmes des Médias
ODM Ouvriers du Monde
PPI Partenariat pour la Protection Intégrée
SARCAF Service d’Accompagnement et de Renforcement des Capacités d’Auto-promotion de la Femme
SOS-JUSTICE SOS-JUSTICE
SOS-IJM SOS-Information Juridique Multisectorielle
RACOJ Réseau des Associations Congolaises des Jeunes
RIO Réseau d’Innovation Organisationnelle
RJJT Réseau des Journalistes sur la Justice Transitionnelle
RUDE Réseau des Droits de l’Enfant
UAI UwezoAfrica Initiative
VISO Vision Sociale

 

La recherche a été réalisée avec l’accompagnement de TRIAL International en collaboration avec Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix (ICJP)

Un homme d’affaires suisse pourrait-il être responsable de pillage – un crime de guerre au regard du droit international – en s’approvisionnant en minerais en provenance d’une région de République démocratique du Congo contrôlée par un groupe armé ? C’est la question à laquelle l’enquête, ouverte en mars 2018 par le Ministère public de la Confédération, pourrait peut-être répondre.

© Sylvain Liechti / MONUSCO

En novembre 2016, deux ans avant l’ouverture de cette enquête, TRIAL International et l’ONG Open Society Justice Initiative (OSJI) ont déposé une dénonciation pénale contre Christoph Huber, un homme d’affaires suisse actif dans le commerce de minerais. Au cours de la deuxième guerre du Congo entre 1998 et 2003, celui-ci aurait été en lien direct avec le RCD-Goma (aile gomatracienne du Rassemblement congolais pour la Démocratie), un groupe armé accusé de crimes de guerre qui occupait militairement – et administrait de facto de larges territoires dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Les faits dénoncés remontent à 2001. Christoph Huber aurait alors signé au nom d’une entreprise minière rwandaise un contrat permettant l’obtention de plusieurs concessions minières de la part d’un organe officiel du RCD-Goma, assorties de garanties de protection par des troupes du groupe armé. M. Huber serait par ailleurs impliqué dans le commerce de minerais dans la région au moins depuis 1997 pour le compte d’autres entreprises, y compris suisses.

Les documents commerciaux obtenus au cours de l’enquête conduite entre 2013 et 2016 par les deux organisations mettent en évidence l’existence de liens entre le RCD-Goma et l’homme d’affaires suisse. « Nous n’avons eu d’autre choix que de déposer une dénonciation pénale contre Christoph Huber en tant qu’individu, car la possibilité de faire de même contre une entreprise est particulièrement limitée dans le droit suisse », explique Bénédict de Moerloose, responsable du programme Procédures et enquêtes internationales au sein de TRIAL International. Dans le cas présent, cette difficulté est accentuée par le fait que les liens commerciaux de M. Huber avec les entreprises suisses en question ont entretemps été rompus. A travers cette stratégie, l’organisation espère donc obtenir une décision qui fasse jurisprudence. Reste à savoir si le Ministère public de la Confédération donnera suite.

Tout comme dans de nombreux autres pays, le cadre légal en Suisse est très peu contraignant pour les entreprises, et compte avant tout sur leur bon-vouloir. Il existe très peu de voies juridiques pour poursuivre les acteurs économiques pouvant être impliqués dans la commission de crimes internationaux.

Instaurer un devoir de diligence, assorti d’une responsabilité légale, devrait permettre que des entreprises fautives puissent rendre des comptes et non uniquement les personnes travaillant pour leur compte.

Visiter le site de l’Initiative multinationales responsables

TRIAL International et l’Open Society Justice Initiative (OSJI) saluent l’ouverture d’une enquête pénale par le Ministère public de la Confédération après le dépôt de leur dénonciation contre Christoph Huber, un ressortissant suisse actif dans le secteur minier. Étayée par les nombreuses preuves récoltées au cours de leur enquête débutée en 2013, la dénonciation pénale déposée en novembre 2016 par les deux organisations suspectait M. Huber d’être impliqué dans du pillage de ressources naturelles en République démocratique du Congo (RDC), un crime de guerre aux yeux de la loi suisse.

© GuyOliver/IRIN

Le Ministère public de la Confédération (MPC) enquête depuis mars 2018 à la suite des soupçons – formulés en novembre 2016 par TRIAL International et OSJI – de commerce illicite de minerais en RDC au cours de la deuxième guerre du Congo entre 1998 et 2003.

«A l’heure où le public exige un engagement accru du secteur privé en faveur du respect des droits humains, l’ouverture d’une enquête vraisemblablement en lien avec les agissements d’un homme d’affaires occidental, potentiellement impliqué dans un commerce illégal en zone de conflit, envoie un message fort à tout le secteur minier. » a déclaré Bénédict De Moerloose, responsable du programme Procédures et enquêtes internationales de TRIAL International.

Des liens apparents avec un groupe armé

Au cours de leur enquête, les deux organisations ont notamment découvert des documents commerciaux mettant en évidence des liens d’affaires entre M. Huber et le RCD-Goma (aile gomatracienne du Rassemblement congolais pour la Démocratie), un groupe armé accusé de crimes de guerre qui contrôlait de larges territoires dans l’Est du Congo pendant le conflit. En 2001, l’entreprise représentée par M. Huber aurait en effet obtenu quatre concessions minières de la part d’un organe officiel du RCD-Goma, qui occupait militairement la zone dans laquelle se trouvent les mines. Selon le contrat accordant ces concessions, leur octroi était assorti de garanties de protection, assurées par des troupes du groupe armé.

Selon Ken Hurwitz, responsable du Programme Anticorruption de OSJI, « de nombreux conflits sont encore alimentés par la vente illégale de ressources pillées. Mais les entreprises et les hommes d’affaires impliqués ne sont que trop rarement poursuivis. Nous saluons l’ouverture d’une procédure par les autorités suisses en lien avec la dénonciation d’une affaire aussi complexe qu’importante. »

Si l’enquête en cours venait à établir l’implication de M. Huber dans l’exploitation illégale et l’appropriation de ressources naturelles d’une zone de conflit, il pourrait être tenu pénalement responsable de pillage, un crime de guerre selon le droit international humanitaire, et punissable selon le code pénal suisse d’une peine de prison de trois ans au moins. Les deux organisations invitent maintenant le MPC à conclure rapidement son enquête.

Un éventuel procès dans cette affaire constituerait un précédent historique. En effet, ce pourrait être la première fois en Suisse qu’un acteur économique ferait face à un juge pour des accusations de de crime de guerre de pillage. Pourtant, cette pratique a atteint des proportions alarmantes au cours des dernières décennies.

 

Kit de presse sur une enquête en Suisse pour des crimes de guerre commis en RDC.

Un verdict historique en République démocratique du Congo (RDC) met en lumière une pratique tristement répandue : l’usage de la torture en prison, notamment à l’encontre des activistes. Une réalité d’autant plus choquante qu’elle est formellement prohibée depuis 2011. Mais la loi n’est que très peu appliquée… jusqu’à ce verdict.  

Trop souvent, militants et opposants politiques sont punis pour leurs opinions. © Pexel
Le 21 août 2019, le tribunal militaire de Bukavu a rendu sa décision dans une affaire portée pendant deux ans par TRIAL International. Il s’agit de l’un des premiers cas en RDC où les juges ont condamné des policiers pour des crimes de torture commis en détention.

Les deux policiers ont reçu des peines de 2,5 ans et 15 mois respectivement, peines que TRIAL International considère bien trop légères. Ils ont également l’obligation, solidairement avec l’Etat congolais, de verser à la victime, Emmanuel Kabuka, 5’000 USD.

M. Kabuka est un militant des droits humains. Membre de l’ONG Héritiers de la Justice, qui dénonce les abus des agents de l’état, il a été arrêté en février 2017. Il s’est opposé à l’arrestation arbitraire de deux femmes de son village ; les policiers l’ont emprisonné à leur place.

 

Les défenseurs des droits humains, cible de choix

En détention, à l’abri des regards, M. Kabuka a subi les pires tortures. Les policiers l’ont notamment roué de coups, avec leurs poings et avec une barre de fer.

La torture en prison est loin d’être une exception en RDC. L’Organisation mondiale contre la torture l’a même qualifiée de « secret de polichinelle » tant son usage est fréquent. Plusieurs autres ONG, dont Freedom from Torture, ont également relevé qu’elle était souvent utilisée « pour punir (des) activités de militantisme politique et de défense des droits humains, mais aussi pour décourager toute velléité future ».

 

Une loi restée lettre morte

Ces actes sont d’autant plus graves qu’une loi pénalisant la torture a été promulguée en 2011. Saluée comme une avancée positive, elle conformait enfin le droit congolais aux standards internationaux de protection de la personne humaine.

Mais cette loi n’a pas eu l’effet escompté. Faute d’information, les magistrats l’ont très peu appliquée. C’est pourquoi le verdict dans l’affaire Kabuka est un grand pas en avant : il créé un précédent sur lequel d’autres juges pourront dorénavant s’appuyer.

« Cette affaire prouve l’importance de former et d’informer les acteurs locaux » explique Daniele Perissi, responsable du programme Grands Lacs de TRIAL International. « Une loi peut être parfaitement rédigée, elle sera inutile pour les victimes si elle n’est pas connue et correctement appliquée. »

En savoir plus sur le renforcement des capacités dans les Grands Lacs

 

Un projet de l’Union européenne, mené en collaboration avec le PNUD, permettra à TRIAL International d’élargir ses activités de lutte contre l’impunité dans l’Est de la RDC.

Grâce à son expertise en matière d’accès à la justice, TRIAL International a été approchée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour participer à un projet d’amélioration structurelle du système judiciaire congolais. Celui-ci est mené de concert avec l’Union européenne, qui en est le principal bailleur.

Le projet vise à lutter contre les crimes internationaux en renforçant l’accès des victimes à la justice. Il s’articule autour de deux priorités : d’une part, au niveau national, développer le rôle des juridictions civiles ; et d’autre part, favoriser l’accès des victimes aux organes internationaux, tels que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et le Comité des droits de l’homme des Nations Unies.

La première phase du projet se déroulera jusqu’en 2018. Dans ce cadre, TRIAL International, déjà présent au Sud Kivu, devrait étendre ses actions à la province du Katanga, tristement célèbre pour l’importante impunité qui y règne.