RDC : sept ans après les crimes, le lieutenant-colonel Safari Kateatea Amos rattrapé par la justice

09.12.2019 ( Modifié le : 06.01.2020 )
Il aura fallu sept ans pour que ce colonel des Forces armées de la RDC (FARDC) soit porté devant les juges. Accusé de crimes contre l’humanité sur des dizaines de civils, Safari Kateatea Amos a enfin comparu devant la justice en novembre 2019. Le résultat d’une longue lutte qui illustre l’impunité des officiers FARDC.  
Malgré les avancées de la justice dans l’est congolais, rares sont les affaires qui inquiètent les hauts gradés de l’armée. © MONUSCO/Sylvain Liechti

Pendant des années, les villageois de Karimba et Musinziro (territoire de Kabare, Sud Kivu) ont vécu au gré des affrontements entre l’armée régulière et les groupes armés FDLR et Raia Mutomboki.

En 2012, l’insécurité grandissante a poussé les civils à se réfugier dans le village de Lwizi, alors sous le contrôle du colonel FARDC Safari Kateatea Amos. Celui-ci leur a assuré que la paix était revenue et qu’ils pouvaient repartir dans leurs villages. Avant leur départ, Safari Kateatea Amos leur a assuré qu’il leur rendrait visite et que, comme signe de son arrivée, il tirerait quelques balles en l’air.

Les FARDC, protecteurs ou bourreaux ?

Le 21 juillet 2012, vers 5 heures du matin, les villageois de Karimba et Musinziro ont été surpris par l’arrivée des militaires FARDC placés sous le commandement de Safari Kateatea Amos. Se souvenant du signal convenu, les civils n’ont même pas tenté de se protéger.

Mais il s’agissait là d’un leurre : Safari Kateatea Amos et ses hommes ont férocement attaqué les villageois qu’ils étaient censés protéger. Des centaines de victimes ont été tuées, violées, torturées, leurs maisons incendiées et leurs biens pillés.

Haut gradé de l’armée, l’accusé se croyait intouchable

Le rang de colonel de Safari Kateatea Amos l’a protégé des poursuites pendant plusieurs années. Il avait même été arrêté puis libéré en 2012, pour des motifs encore inconnus.

Mais en mai 2019, l’action de plaidoyer de la Task Force Justice Pénale Internationale au Sud Kivu* a enfin porté ses fruits. Le parquet militaire supérieur du sud Kivu a fait arrêter Safari Kateatea Amos et l’a mis de nouveau à la disposition de la justice. Le procès s’est ouvert en novembre à Bukavu.

A l’approche du procès, les experts de TRIAL International ont aidé les avocats des victimes à documenter les crimes de façon rigoureuse, pour prouver leur caractère répandu et systématique. Plus de 40 victimes de meurtre, viol, torture et pillage ont ainsi pu être ajoutées au dossier. TRIAL International a également été impliquée dans la stratégie juridique des avocats des victimes, avant et pendant le procès.

 

 

Condamné malgré son grade militaire

Le 19 décembre 2019, le colonel Kateatea a été condamné à 5 ans de servitude pénale pour crimes contre l’humanité. La Cour a établi les meurtres, viols, torture et autres actes inhumains commis par le bataillon sous son commandement. Si sa responsabilité comme supérieur hiérarchique a été reconnue, son implication directe dans la commission des crimes en revanche, ne l’a pas été. Malgré la gravité des crimes commis, son manque de formation a été jugé comme étant une circonstance atténuante. Même si la peine prononcée est plutôt clémente, les droits des victimes n’ont pas pour autant été bafoués. La RDC et le prévenu – un agent étatique – ont été condamné à payer des réparations à la totalité des victimes dans la procédure (presque 100 personnes).

Malgré les avancées de la justice dans l’est congolais, rares sont les affaires qui inquiètent les hauts gradés de l’armée.

* La Task Force est un réseau informel d’acteurs internationaux qui collaborent afin de soutenir le travail des juridictions militaires congolaises dans l’enquête et la poursuite des crimes de masse en RDC.