En RDC, le chef de milice Kokodikoko et ses acolytes sur le banc des accusés

19.09.2019

Ils ont terrorisé une quinzaine de villages au Sud Kivu. Arrêtés en avril 2019, le chef de guerre Frédéric Masudi Alimasi (dit Kokodikoko) et quatre de ses complices doivent à présent répondre de leurs actes. Un procès titanesque qui compte plus de 300 victimes, dont la majorité pour violences sexuelles.  

Kokodikoko et ses hommes ont persécuté la population dans plus de quinze villages ©Sylvain Liechti

Le tribunal militaire de garnison de Bukavu (Sud Kivu) juge depuis le 12 septembre 2019 cinq membres d’un groupe armé tristement célèbre en RDC, Raia Mutomboki Kokodikoko. Leur chef, Frédéric Masudi Alimasi alias Kokodikoko, a été capturé par l’armée en avril 2019, lors d’une opération de pacification dans le territoire de Shabunda.

De février à septembre 2018, Kokodikoko et ses hommes – parfois en coalition avec d’autres factions de Raia Mutomboki – ont persécuté la population dans plus de quinze villages : meurtres, viols, esclavage sexuel, tortures, privation de liberté, pillage et destruction de propriété. Des crimes qui ont fait plusieurs centaines de victimes dans deux territoires de la province du Sud Kivu (Mwenga et Shabunda) et qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Présentés aux juges pour la première fois le 3 septembre 2019, les cinq prévenus ont reconnu appartenir au groupe armé Kokodikoko. Kokodikoko lui-même en était le commandant de brigade, tandis que Kaburi Wazi Samitamba était l’Administrateur logisticien du groupe. Les trois autres prévenus étaient de simples combattants.

Documenter rapidement les crimes, dans l’espoir d’un procès

Dans ce dossier, TRIAL International et ses partenaires* avaient déjà commencé à documenter les crimes commis par le groupe avant l’arrestation de Kokodikoko. Une méthode fréquente, qui permet de recueillir des preuves dont la valeur probante diminue avec le temps, tels que des éléments médicaux ou des témoignages.

« Si l’on attendait l’ouverture d’un procès pour documenter les crimes de masse, un grand nombre de preuves nous échapperaient » explique Chiara Gabriele, Conseillère juridique pour TRIAL International en RDC. « Quand les conditions sécuritaires nous le permettent, nous documentons donc les crimes rapidement après leur commission, pour pouvoir réagir vite quand les suspects sont arrêtés. »

En apportant son assistance aux victimes, TRIAL a également contribué à des missions d’enquêtes menées par le parquet.

Des audiences foraines dans trois lieux différents

Dans le souci de rapprocher la justice des populations affectées, une partie des audiences dans l’affaire Kokodikoko aura lieu sur les lieux des crimes.

C’est notamment l’expertise de TRIAL International qui a contribué à établir que les crimes commis dans les territoires de Mwenga et de Shabunda étaient le fait du même groupe. Constatant un mode opératoire similaire et sur la base des éléments de preuve récoltés, les crimes commis sur les deux territoires ont été joints au même dossier. TRIAL International reste très impliqué dans la stratégie juridique et dans le suivi des avocats représentant les victimes.

 

* Le travail de TRIAL International sur ce dossier est mené dans le cadre de la Task Force Justice Pénale Internationale, un réseau informel d’acteurs internationaux qui collaborent afin de soutenir le travail des juridictions militaires congolaises dans l’enquête et la poursuite des crimes de masse en RDC.