Jour 8 : Examen de la responsabilité d’Ousman Sonko dans les privations de liberté, la torture et les conditions de détention cruelles infligées aux manifestant·e·s à partir d’avril 2016, qualifiées de crimes contre l’humanité

17.01.2024 ( Modifié le : 20.01.2026 )

Ousman Sonko est accusé, en complicité avec un groupe d’auteurs, d’avoir torturé plusieurs opposant·e·s politiques et de les avoir privés illégalement de liberté dans le cadre d’une manifestation politique organisée en avril 2016 à Banjul. Dans ce contexte, Ousman Sonko est notamment soupçonné d’avoir torturé puis tué l’un des organisateurs de la manifestation.

Deux parties civiles ont été appelées à témoigner :

Toutes deux sont d’anciens membres de l’UDP (parti d’opposition sous le régime de Yahya Jammeh), engagées très tôt dans les activités du parti. Elles ont été arrêtées en avril 2016, torturées, puis détenues pendant plusieurs mois.

La première partie civile a expliqué avoir été arrêtée en avril 2016 et conduite, avec d’autres personnes, au quartier général de la Police Intervention Unit (PIU). Yankuba Sonko (alors Inspecteur général de la police) et Yankuba Colley (alors maire du Kanifing Municipal Council) étaient présents. Elle a entendu ce dernier dire qu’Ousman Sonko se trouvait dans une pièce voisine. Bien qu’elle ne l’ait pas vu directement, elle a entendu l’Inspecteur général de la police dire à Yankuba Colley qu’Ousman Sonko avait ordonné que les personnes arrêtées soient transférées à la NIA / prison de Mile 2.

Elle a ensuite été emmenée à Mile 2, puis, durant la nuit, dans les locaux de la National Intelligence Agency (NIA), où elle a décrit les actes de torture et d’humiliation qu’elle a subis.

Elle a ensuite été reconduite à Mile 2 avec d’autres parties civiles, où elle a été détenue pendant un mois avant d’être transférée à la prison de Janjanbureh. À Mile 2, elle n’a reçu aucun soin médical. Les cellules étaient extrêmement sales, délabrées et dégageaient une forte odeur. Elle a dû dormir à même le sol pendant un certain temps. Elle n’était pas autorisée à recevoir des visites de sa famille ni de son avocat.

À Janjanbureh, les conditions de détention étaient encore pires qu’à Mile 2. Sa cellule n’avait pas de fenêtre et la nourriture était de très mauvaise qualité. Elle est tombée malade à plusieurs reprises et n’avait aucun contact avec l’extérieur. Elle a appris qu’un avocat avait tenté de lui rendre visite, mais que les gardiens avaient affirmé qu’elle n’y était pas détenue. Les opposant·e·s politiques étaient traités comme des animaux.

Aujourd’hui encore, elle souffre de graves séquelles physiques.

À l’époque, une dictature brutale sévissait en Gambie, et elle a exprimé l’espoir que de tels faits ne se reproduisent plus jamais, nulle part dans le monde.

La seconde partie civile a expliqué avoir été arrêtée le 14 avril 2016 et conduite au quartier général de la PIU, où elle a été blessée et humiliée. Elle n’a pas vu Ousman Sonko à cet endroit. Avec d’autres personnes arrêtées, elle a été escortée dans un camion de la PIU et transférée à Mile 2, puis dans les locaux de la NIA.

Là-bas, elle a été aveuglée et soumise à des actes de torture. Elle a ensuite été présentée devant un panel qui l’a interrogée, notamment sur la participation d’autres personnes à la manifestation. Elle a ensuite été de nouveau violemment battue.

À Mile 2, il n’y avait pas de médecin, seulement un assistant médical. Pour accéder à des médicaments, il fallait l’aide de la famille, ce qui a été son cas. Elle n’a jamais eu accès à un avocat. Les conditions de détention étaient très mauvaises dans la cellule étroite et surpeuplée. Certaines femmes ont eu des grossesses non désirées. Les détenues devaient dormir à même le sol.

À Janjanbureh, elle n’était pas autorisée à recevoir des visites de sa famille ni de son avocat. Personne ne pouvait savoir qu’elle — comme d’autres parties civiles — y était détenue. Les conditions d’hygiène y étaient très mauvaises.

En conclusion, elle a demandé à la Cour de comprendre ce que la Gambie a traversé : des personnes sont mortes, d’autres ont disparu. Ce qui s’est produit dans le pays ne doit plus jamais se reproduire. Elle a adressé ses pensées à toutes les victimes, dont certaines ne sont plus en vie.

Une troisième partie civile, ayant subi des faits similaires à partir d’avril 2016, se battait pour la justice dans la procédure engagée contre Ousman Sonko depuis plusieurs années. En juin 2017, elle avait déposé une plainte en Suisse pour les actes de torture qu’elle avait subis. Malheureusement, elle est décédée avant d’avoir pu témoigner devant la Cour. Les pensées de TRIAL International vont vers elle et les membres de sa famille, qui n’ont pas pu être présents à l’audience.

À venir : interrogatoire d’Ousman Sonko en lien avec ces événements.