©TRIAL International / Le Tribunal pénal fédéral suisse, à Bellinzone

Le procès d’Ousman Sonko a commencé aujourd’hui, 8 janvier 2024, à 9h00 devant le Tribunal pénal fédéral suisse, où trois juges examineront la responsabilité de l’ancien ministre de l’Intérieur gambien dans les nombreux crimes contre l’humanité qu’il est accusé d’avoir commis entre 2000 et 2016.

Ousman Sonko est présent dans la salle d’audience, secondé par son avocat et l’équipe de défense. Cinq plaignant·e·s sont également présent·e·s, tandis que d’autres se joindront à elle·eux à un stade ultérieur de la procédure. Ils·elles seront entendu·e·s au cours des deux prochaines semaines.

Dans le cadre des questions procédurales et organisationnelles posées à l’ouverture du procès, les avocats des plaignant·e·s ont notamment demandé que les chocs électriques imposés aux parties génitales d’une victime en mars 2006 soient considérés non seulement comme de la torture, mais aussi comme des actes indépendants de violence sexuelle commis dans le cadre de crimes contre l’humanité. La Cour a également été invitée à examiner les charges retenues contre Ousman Sonko comme étant aggravées (art. 264a par. 2 du code pénal), notamment en raison du nombre élevé de personnes affectées et de la nature cruelle des actes. L’attention de la Cour a ensuite été attirée sur le fait que, si la disposition réprimant les crimes contre l’humanité (art. 264a du code pénal – en vigueur depuis le 1er janvier 2011) n’était pas applicable rétroactivement aux faits antérieurs à 2011, la Convention internationale contre la torture trouverait en tout état de cause à s’appliquer compte tenu de sa ratification dans les années 1990 par la Suisse.

La défense a d’abord critiqué l’extension de l’acte d’accusation – où les conditions de détention des plaignant·e·s en 2016 ont été ajoutées aux charges contre Ousman Sonko – et a demandé que de tels amendements ne soient pas pris en compte par le Tribunal, en raison des violations procédurales de la loi qui auraient eu lieu au cours du processus d’amendement.

Il a ensuite été contesté que la Cour suisse soit compétente pour poursuivre Ousman Sonko pour les faits qui se sont déroulés avant le 1er janvier 2011 et il a été affirmé que les dispositions entrées en vigueur à cette date pour réprimer les crimes contre l’humanité ne devraient pas être appliquées rétroactivement. La défense a donc demandé que les faits antérieurs à 2011 ne soient pas retenus. Elle a ajouté que la plupart de ces charges étaient prescrites et devaient être abandonnées.

Dans une quatrième critique, la défense a plaidé pour que les éléments de preuve soient retirés du dossier. En particulier, selon la défense, de nombreuses auditions de témoins ainsi que des documents déposés ont été recueillis en violation des exigences procédurales.

La défense a également demandé l’interprétation intégrale du procès en anglais dans l’intérêt d’Ousman Sonko.


©TRIAL International / Arrivée au tribunal de plusieurs plaignant·es avec leurs avocat·es.
 

Réponses aux critiques de la défense sur la procédure

Après les plaidoiries de la défense sur les questions préliminaires, le procureur fédéral a pris la parole et a réagi aux critiques concernant la modification de l’acte d’accusation. Il a déclaré que le code de procédure permet en effet de telles modifications et qu’il n’y a donc pas lieu d’attaquer l’acte d’accusation. Le procureur a ensuite rappelé que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et que, par conséquent, aucune des accusations portées contre Ousman Sonko ne devrait être considérée comme prescrite.

Le procureur fédéral a également soutenu que la Cour était compétente pour connaître des crimes présumés d’Ousman Sonko et qu’il n’y avait pas eu de violation du droit procédural au cours de l’enquête.

Les avocat·e·s des plaignant·e·s se sont succédé·e·s à la barre. Ils·elles ont souligné que la défense avait déployé de nombreux efforts pour mettre en évidence les erreurs de procédure commises par le procureur fédéral au cours de la phase d’enquête, dans le seul but de faire disparaître du dossier des preuves utiles.

En ce qui concerne la compétence de la Cour pour poursuivre et la prescription, il a été soutenu que la compétence de la Suisse pour les infractions en question découle non seulement de la nouvelle loi adoptée en janvier 2011 – prétendument applicable aux faits commis avant cette date – mais aussi de la ratification de la Convention contre la torture. Il a notamment fait référence au précédent suisse qui a confirmé sans équivoque la compétence de la Cour pour les crimes contre l’humanité commis dans les années 1990 au Libéria (Alieu Kosiah – Décision de la Cour d’appel du Tribunal pénal fédéral CA.2022.8 du 30 mai 2023) et a insisté sur le fait que les infractions n’étaient pas prescrites en application de la jurisprudence récente (affaire BB.2021.141 du 23 septembre 2021).

Enfin, l’amendement légitime de l’acte d’accusation par le Procureur a été soutenu par les avocats des victimes de torture en 2016, qui ont été emprisonnées dans les pires conditions de détention, au point qu’elles devraient être considérées comme un traitement inhumain. Ils ont fait valoir que le seul espoir d’Ousman Sonko de contester la légalité de la modification de l’acte d’accusation est de se soustraire à sa responsabilité pénale, en tant que Ministre de l’Intérieur, pour avoir imposé ou accepté des conditions de détention aussi dures.

La Cour a ajourné l’audience pour délibérer sur ces questions.

La décision de la Cour est très attendue, car elle déterminera les contours du procès d’Ousman Sonko et son éventuelle responsabilité pénale. Elle devrait également constituer un précédent juridique important en ce qui concerne la poursuite – en Suisse – de crimes internationaux commis avant le 1er janvier 2011.

À suivre: Lecture de la décision de la Cour à 13h (CET) le 9 janvier 2024. Lisez le compte rendu du deuxième jour.

L’ancien ministre gambien Ousman Sonko a été inculpé de crimes contre l’humanité

(Genève, le 5 janvier 2024) – Le procès qui s’ouvrira en Suisse le 8 janvier 2024, pour des crimes graves commis en Gambie, représente une avancée significative pour délivrer la justice aux victimes de graves abus, ont déclaré aujourd’hui des ONG gambiennes et internationales participant à la campagne Jammeh2Justice.

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Des victimes d’abus en Gambie et des représentants d’ONGs photographiées devant le Tribunal régional supérieur de Celle, en Allemagne, en avril 2022. © 2022 Whitney-Martina Nosakhare/Human Rights Watch

L’ancien ministre gambien de l’Intérieur Ousman Sonko est inculpé de crimes contre l’humanité liés à des actes de torture, enlèvement, violence sexuelle et exécution extrajudiciaire entre 2000 et 2016, lorsque le président Yahya Jammeh était au pouvoir. La présidence de Jammeh, qui a duré 22 ans, a été marquée par des violations systématiques et généralisées des droits humains, avec entre autres des arrestations arbitraires, des tortures, y compris par les violences sexuelles, les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées de personnes opposées réellement ou supposément à son régime.

« Le procès d’Ousman Sonko est une nouvelle avancée majeure de la quête de justice pour les victimes des crimes brutaux commis sous le régime de Jammeh et leurs familles », a déclaré Sirra Ndow, coordonnatrice de la campagne Jammeh2Justice. « L’affaire Sonko devrait renforcer les efforts accomplis au sein de la Gambie pour juger les crimes de l’ère Jammeh, afin que leurs auteurs répondent des actes atroces qu’ils ont commis. »

Sonko avait été arrêté à Berne, en Suisse, le 26 janvier 2017, au lendemain de la plainte déposée au pénal contre lui par TRIAL International. Le Ministère public de la Confédération suisse avait déposé un acte d’accusation contre Sonko devant le Tribunal pénal fédéral le 17 avril 2023. Le procès, qui se déroule dans la ville de Bellinzona, devrait durer environ trois semaines.

Ce procès est possible parce que le droit suisse reconnaît la compétence universelle pour certains crimes internationaux graves, ce qui permet de lancer des poursuites judiciaires concernant ces crimes, quel que soit l’endroit où ils ont été commis, la nationalité des suspects ou celle des victimes. Des organisations non gouvernementales suisses, d’anciens procureurs fédéraux et des membres du parlement, entre autres, avaient déjà critiqué par le passé les autorités judiciaires suisses pour leur retard en matière de compétence universelle, par rapport à d’autres pays européens, alors que le pays disposait d’une législation solide lui permettant de juger les crimes graves.

« Avec le procès de Sonko, la Suisse semble enfin accélérer le mouvement en ce qui concerne le jugement des atrocités commises à l’étranger », a estimé Philip Grant, directeur exécutif à TRIAL International, qui soutient les plaignants de cette affaire. « Sonko est le responsable du plus haut niveau qui ait jamais été jugé grâce au principe de la compétence universelle en Europe. »

Sonko est en effet la seconde personne à être jugée en Suisse par un tribunal non militaire pour des crimes graves commis à l’étranger, la seconde personne à être jugée en Europe pour des crimes commis en Gambie et le responsable du niveau le plus élevé jamais jugé en Europe grâce à la compétence universelle. Des activistes et des survivants gambiens, ainsi que des acteurs internationaux de la défense des victimes, assisteront à l’ouverture du procès à Bellinzona et sont disponibles pour fournir des commentaires à ce sujet. La première affaire ayant jugé des crimes commis en Gambie s’est tenue en Allemagne à l’encontre de Bai Lowe, ancien membre de l’unité paramilitaire dite des « Junglers », que Jammeh avait créée. Lowe a été reconnu coupable et condamné à la prison à vie par un tribunal allemand le 30 novembre 2023, pour deux meurtres et une tentative de meurtre constitutifs de crimes contre l’humanité.

Un défi important sera d’assurer que les Gambiens, aussi bien au sein du tribunal qu’en dehors, puissent avoir accès aux procédures, les suivre et les comprendre, sachant qu’elles auront lieu en allemand. Des survivants, des groupes de victimes et des associations de la société civile se sont efforcées d’assurer que les informations ou les actualités du procès soient diffusées en Gambie afin qu’elles touchent davantage de personnes.

« L’évolution des procédures judiciaires d’une affaire aussi importante devrait être rendue accessible aux Gambiens, victimes ou non, dans la langue qu’ils comprennent, l’anglais, ce qui accroîtra l’intérêt qu’ils portent au procès », a déclaré Fatoumata Sandeng, une plaignante de l’affaire Sonko qui préside la Fondation Solo Sandeng. « Il faut par ailleurs davantage d’efforts de la part du gouvernement pour établir les responsabilités en Gambie. »

Depuis la chute de Jammeh, la Gambie n’a vu aboutir que deux affaires judiciaires pour des crimes commis sous sa présidence. Le 24 décembre 2021, le rapport final de la Commission Vérité, réconciliation et réparations (CVRR) a conclu que Jammeh et 69 de ses subordonnés avaient commis des crimes contre l’humanité et appelé à les juger. Le 25 mai 2022, le gouvernement gambien a accepté les recommandations de la CVRR en vue de l’établissement des responsabilités, mais sans aucun plan d’action.

Le 12 mai 2023, le gouvernement a enfin présenté son plan de mise en œuvre détaillé, appelant à la création d’un Bureau de procureur spécial pour compléter les enquêtes initiées par la CVRR et constituer des dossiers pouvant passer en jugement. Un tribunal hybride formé par la Gambie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) serait créé pour juger les infractions les plus graves. La Gambie et la CEDEAO ont créé un comité technique conjoint pour mettre en place le tribunal hybride.

« Le gouvernement gambien et la CEDEAO devraient créer sans tarder le tribunal hybride », a déclaré Elise Keppler, directrice adjointe de la division Justice internationale à Human Rights Watch. « Les victimes et le public gambien ont déjà trop attendu l’opportunité de voir la justice rendue. »

Les ONGs impliquées dans la campagne Jammeh2Justice sont notamment les suivantes : Africa Center for International Law and Accountability (ACILA), Amnesty International Ghana, Center for Justice and Accountability, Center for Justice and Accountability (CJA), Commission internationale de juristes, Commonwealth Human Rights Initiative (CHRI), Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), Fondation Solo Sandeng, Gambia Center for Victims of Human Rights Violations, Ghana Center for Democratic Development (CDD-GHANA), Human Rights Advocacy Center, Human Rights Watch, Institute for Human Rights and Development in Africa (IHRDA), POS Foundation, Réseau africain contre les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées (ANEKED), Right 2 Know Gambia, The Toufah Foundation, TRIAL International et Women’s Association for Victims’ Empowerment (WAVE).

Pour plus d’informations sur le procès sur le site de TRIAL International ou nos Questions Fréquentes.

Plus d’informations sur la Gambie sur le site de Human Rights Watch.

Contacts pour de plus amples informations :

  • Pour Human Rights Watch, à New York, Elise Keppler (français, anglais): +1-917-687-8576 (mobile); ou kepplee@hrw.org. Twitter: @EliseKeppler
  • Pour TRIAL International, à Genève, Vony Rambolamanana (français, anglais, allemand): +33-66 -48-80-305 (mobile); ou media@trialinternational.org. Twitter: @trial
  • Pour ANEKED, à New York, Nana-Jo Ndow (français, anglais, espagnol, portugais): +1-929-684-5734 (mobile); ou nanajo.ndow@aneked.org. @theANEKED
  • Pour la Commission Internationale de Juristes, à Barcelone, Reed Brody (français, anglais, espagnol, portugais): +1-917-388-6745 (mobile); ou reedbrody@gmail.com. Twitter: @reedbrody
  • Pour la Fondation Solo Sandeng, en Allemagne, Fatoumatta Sandeng (anglais, allemand, Mandinka, Wollof) +49-16-31-74-75-19 (mobile); ou solosandengfoundation@gmail.com. Twitter: @solosandengfound

(Genève, 4 janvier 2024) – Le procès de l’ancien ministre de l’Intérieur gambien, Ousman Sonko, se tiendra devant le Tribunal pénal fédéral suisse du 8 au 30 janvier 2024. Ousman Sonko est jugé pour crimes contre l’humanité, commis sous le régime de l’ancien président gambien Yahya Jammeh. TRIAL International avait déposé une plainte pénale contre Ousman Sonko en janvier 2017.

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Article sur le procès d’Ousman Sonko en Suisse à La Une d’un journal national gambien.

Les autorités de poursuite suisses accusent M. Sonko d’une série de crimes : l’assassinat d’un opposant politique en 2000 ; des actes de violence sexuelle commis entre 2000 et 2002, puis en 2005 ; la participation à des actes de torture et de détention arbitraire dans une affaire de coup d’État en mars 2006 ; et l’assassinat d’un homme politique en 2011. Ousman Sonko est également accusé d’avoir torturé et emprisonné des manifestants pacifiques en 2016, alors qu’il était ministre de l’Intérieur. Le procureur général a qualité ces actes de crimes contre l’humanité.

« Ce procès est très important dans l’histoire judiciaire suisse, puisqu’il s’agit seulement du deuxième procès pour crimes contre l’humanité, explique Leslie Haskell, Présidente de TRIAL International. Ousman Sonko est également le plus haut responsable politique jamais jugé en Europe pour des crimes internationaux, en vertu de la compétence universelle. » Selon ce principe juridique, les États ont en effet la possibilité de poursuivre les auteur·es de crimes internationaux présents sur leur territoire, quel que soit le lieu où les crimes ont été commis ou la nationalité des auteur·es et des victimes.

TRIAL International soutient les neuf parties plaignantes qui se rendent à Bellinzone pour être entendues par le tribunal. Une dixième aurait dû les rejoindre, mais elle est malheureusement décédée en octobre 2023, en raison des suites des mauvais traitements subis à l’époque des crimes. Ce procès est une lueur d’espoir pour les victimes des atrocités commises pendant le règne de terreur de Jammeh (1994-2016). Le 30 novembre dernier, un ancien membre d’une unité paramilitaire créée par l’ancien président et connue sous le nom de « Junglers », a été condamné par un tribunal allemand à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, concernant deux meurtres et une tentative de meurtre. Un autre membre présumé du même escadron de la mort, Michael Correa, doit être jugé à Denver, aux États-Unis, en septembre 2024. Il est accusé d’avoir commis des actes de torture et d’avoir comploté en vue de commettre des actes de torture.

« Le processus de justice transitionnelle en Gambie est trop lent, » a déclaré l’une des parties plaignantes, qui souhaite rester anonyme à ce stade. « Les procès qui ont lieu en Allemagne et en Suisse permettent enfin aux victimes de tourner la page, ce qu’elles attendent depuis trop longtemps maintenant. »

Si Ousman Sonko était reconnu coupable et condamné, cela contribuerait à lutter contre l’impunité des violations commises en Gambie sous le régime de M. Jammeh. Une condamnation ouvrirait la voie à des poursuites au niveau national et encouragerait le processus de justice transitionnelle initié en 2017.

Ouvertes au public et aux médias, les audiences se tiendront en allemand et ne seront pas traduites, sauf lorsque l’accusé, les victimes et les témoins anglophones seront amené·es à s’exprimer. TRIAL International regrette ce choix qui limite la possibilité pour les plaignant·es, les journalistes et la communauté gambienne à comprendre et à rendre compte de la procédure. Défendant le principe selon lequel « la justice ne doit pas seulement être rendue mais être perçue comme telle », TRIAL International demande à ce que les victimes et survivant·es aient pleinement accès à ce procès historique pour la communauté gambienne.

Le procès d’Ousman Sonko – l’ancien ministre de l’Intérieur gambien accusé d’avoir commis de multiples crimes contre l’humanité – s’ouvrira le 8 janvier 2024 devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone.

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Le bâtiment du Tribunal pénal fédéral à Bellinzone, en Suisse. © Wikimedia Commons

Il s’agira du second procès portant sur des crimes contre l’humanité dans l’histoire judiciaire de la Suisse. Ousman Sonko sera d’ailleurs le plus haut responsable étatique jamais jugé pour des crimes internationaux sur la base de la compétence universelle en Europe.

Avec les dates d’ouverture du procès, l’espoir des victimes de voir enfin leur bourreau rendre des comptes devant la justice se concrétise. « Parmi les victimes, certaines d’entre elles ont mené cette lutte durant plus de vingt ans, la justice suisse se doit d’être à la hauteur de leur attentes », souligne Vony Rambolamanana, Conseillère juridique principale de TRIAL International.

Une éventuelle reconnaissance du rôle d’Ousman Sonko dans les exactions commises pendant le régime de Yahya Jammeh serait un signe important pour le processus de justice transitionnelle entrepris par la Gambie en 2017. Les nouvelles récentes de l’arrestation d’un défenseur des droits humains, d’un journaliste et d’autres activistes laissent craindre une recrudescence des mesures répressives contre les opposant·e·s au pouvoir. Le procès d’un des hauts responsables du régime Jammeh pourrait donner un signal fort, et un nouvel élan, à la recherche de vérité et de justice pour laquelle un grand nombre de gambien·ne·s a œuvré jusqu’à maintenant.

Pour rappel, l’accusé a été arrêté à Berne le 26 janvier 2017. La veille, TRIAL International avait déposé une dénonciation pénale à son encontre. Le 17 avril 2023, après plus de six ans d’enquête, le Ministère public de la Confédération (MPC) a transmis un acte d’accusation au Tribunal pénal fédéral. Le MPC accuse Ousman Sonko d’avoir participé à de nombreux actes de torture, de séquestration, de violences sexuelles ainsi qu’à des assassinats perpétrés entre 2000 et 2016 en Gambie.

« Le fait que cette affaire soit enfin portée devant un Tribunal est très important pour nos client·es » affirme Maître Fanny de Weck. « Ce procès montrera notamment si des responsables hiérarchiques – et pas seulement les exécutants des crimes – peuvent être amenés à rendre des comptes sur la base de la compétence universelle » ajoute Maître Nina Burri. Les deux avocat·es représentent des parties plaignant·es dans la procédure dirigée à l’encontre d’Ousman Sonko.

Les débats auront lieu en allemand et seront accessibles au public ainsi qu’aux journalistes dans la limite des places disponibles dans la salle d’audience.

Les journalistes intéressés peuvent demander une accréditation auprès du secrétariat général du TPF.

Informations complémentaires fournies par le TPF. (en anglais)

Pour plus de détails sur l’affaire : lire notre communiqué de presse du 18 avril 2023 et nos Questions fréquentes. (disponibles en français, anglais et allemand)