7 mars 2024 – jour 17 : Ousman Sonko s’adresse au Tribunal
Conformément au code de procédure pénale, Ousman Sonko a eu la possibilité de s’adresser au Tribunal avant qu’il ne commence à délibérer.
Il a notamment déclaré en anglais qu’il regrettait que le tribunal n’ait pas assuré l’interprétation simultanée des plaidoiries des autres parties, car il n’était pas en mesure de comprendre ce qui avait été plaidé.
Pour cette raison, il n’a pas pu commenter les conclusions présentées par les parties.
L’absence de traduction lui a posé problème tout au long du procès, depuis le 8 janvier 2024, pour lui mais surtout pour les personnes intéressées par la procédure : Les Gambien·ne·s.
Il a également déclaré avoir fait l’objet de violations de ses droits tout au long de la procédure, notamment en ne recevant pas les transcriptions de son témoignage en temps voulu.
Il a également déclaré que certaines parties plaignantes avaient adapté leurs déclarations au cours du procès pour les faire correspondre aux accusations portées contre lui et qu’il regrettait qu’elles se soient ainsi discréditées en mentant. Toutefois, il ne les blâme pas et comprend l’importance que revêt ce procès pour eux.
La torture est inacceptable pour lui.
Dans les responsabilités qu’il a exercées, il a toujours veillé à l’empêcher en ce qui concerne les forces sous son contrôle et son autorité, et c’est la raison pour laquelle la NIA a tenu la police à distance, et lui a refusé l’accès aux personnes dont le transfert à la NIA avait été ordonné en avril 2016.
Les plaignant·e·s n’ont jamais été attaqué·e·s en tant qu’opposant·e·s politiques, journalistes ou pour toute autre raison. Certain·e·s plaignant·e·s ou victimes ont été impliqué·e·s dans des tentatives de coup d’État et il était légitime d’enquêter sur ces événements. Cependant, il n’a pas fait partie du groupe d’enquête en 2006, même s’il s’y est rendu une fois, deux fois, voire plus, pour voir si des informations étaient utiles à sa mission en tant qu’IGP.
L’utilisation de la torture par les personnes connues aujourd’hui sous le nom de Junglers était clairement inacceptable, mais la police – des forces sous son contrôle – n’avait pas été impliquée. Il n’aurait pas accepté leur implication.
Il n’a pas été impliqué dans le meurtre commis en octobre 2011 par les Junglers et rien de sérieux dans le dossier ne permet d’affirmer le contraire.
La manifestation du 14 avril 2016 était illégale et il aurait suffi aux organisateurs de demander l’autorisation requise par la loi pour éviter l’intervention de la police. La police est intervenue de manière professionnelle, proportionnée et légale. Cependant, il n’était pas présent à l’UIP au moment des arrestations.
Les crimes qui ont suivi à la NIA ont laissé une marque durable de honte sur la Gambie, qu’il a fermement condamnée.
Il a été détenu pendant sept ans sans procès et dans des conditions dégradantes, dont près de deux ans à l’isolement, ce qui a affecté sa santé physique et mentale.
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« Vous semblez vous intéresser à ce qui s’est passé dans mon pays, aux conditions de vie dans ses prisons, aux actions de sa police et de ses autorités. Vous portez un regard condescendant sur les moyens dont nous disposons au sein du gouvernement pour tenter d’assurer son développement. Naturellement, et probablement sans y penser vraiment, vous vous inscrivez dans une histoire de colonialisme et de racisme. Vous devez comprendre que nous ne pouvons pas faire de miracles dans ces conditions. Si un pays aussi riche et développé que le vôtre n’est pas en mesure d’assurer à ses prisonniers des conditions de détention dignes, comment voulez-vous que nous en soyons capables ? (…) « Vous m’avez laissé m’exprimer devant vous plus que jamais au cours des 7 dernières années, mais je ne sais pas si vous m’avez entendu. (…) Mon pays n’a pas besoin de victimes expiatoires immolées devant des juges étranger·e·s. J’espère qu’à travers mon témoignage, j’ai pu contribuer au travail de réconciliation que la TRRC a entamé, et j’espère que nous tous, Gambiens, pourrons construire l’avenir de notre pays dans le respect de chacun·e, en honorant la mémoire de celles et ceux qui ont disparu et en assurant toutes celles et ceux qui ont souffert de notre compassion et de notre volonté que les erreurs du passé ne se répètent pas. » Mots de la fin d’Ousman Sonko au TPF, 7 mars 2024 |
Finale : Le tribunal a informé les parties que la date du verdict serait communiquée ultérieurement.








