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Affaire Kavumu : le rôle clé des acteurs locaux

23.01.2018

Malgré les menaces et intimidations de la part de ceux qu’ils dérangent, les acteurs congolais ont tenu bon.  Maitre Charles Cubaka Cicura est le porte-parole des avocats des parties civiles du procès Kavumu. Il nous livre son récit des faits.

 

Pouvez-vous nous parler de l’origine du dossier Kavumu ?

Les acteurs locaux sont à l’origine du dossier, car ce sont eux qui ont fait le lobbying pour que l’Etat et les autres partenaires internationaux s’impliquent dans l’affaire. Ce sont eux aussi qui sont au côté des victimes de violations des droits humains. La situation est souvent trop dangereuse pour que les victimes puissent dénoncer elles-mêmes leurs agresseurs car le risque de représailles est trop grand. Ce sont donc les acteurs locaux qui prennent le relai et se chargent des dénonciations et de la documentation des violations auxquelles ils sont confrontés.

En RDC nous devons faire face à de multiples défis au niveau des enquêtes, moyens logistiques, financiers, transports… C’est pour cela que je considère qu’une collaboration avec plusieurs partenaires est un pas en avant vers la réussite d’un procès.

 

Quelle a été l’ampleur des menaces qui ont pesé sur les témoins lors du procès ?

Des menaces réelles car plusieurs personnes avaient déjà été tuées par Jeshi La Yesu (Armée de Jésus), la milice de M. Batumike. Hommes et femmes, ont donc témoigné couverts de la tête aux pieds. C’était nécessaire car les témoins gênants passaient systématiquement à l’échafaud. L’assassinat du défenseur des droits humains Evariste Kasali Mbogo, qui dénonçait les crimes de Kavumu, en est d’ailleurs la preuve. Mais il y en a eu bien d’autres…

Certaines personnes ont néanmoins témoigné à visage découvert, et je crains pour leur sécurité.

 

Qu’en était-il de votre sécurité ? Vous êtes-vous senti en danger à quelque moment de l’enquête ou du procès ?

Au cours du procès nous craignions principalement que les miliciens viennent nous déloger de l’hôtel où nous dormions. Mais Dieu merci, cela ne nous est pas arrivé.

La profession d’avocat est toujours à risque. On ne sait pas toujours d’où viendra le danger. Avant Kavumu, j’ai déjà fait l’objet de plusieurs menaces. Mais je tiens bon, et je dois accepter les risques du métier. Depuis mon enfance, je hais l’impunité et l’injustice. C’est pour cela que j’ai décidé de devenir avocat, pour apporter ma contribution à la lutte contre l’impunité.

 

Il y a eu quelques tentatives qualifiées de « dilatoires » au cours du procès de la part des avocats de la défense, comment avez-vous, et les autres avocats des parties civiles, réagi face à ces prolongations du procès ?

Au sein du collectif des avocats des parties civiles, nous avons réagi à chaque fois en nous appuyant sur des textes légaux afin de couper court à ces manœuvres. Nous avons bénéficié de l’appui de TRIAL International surtout sur le volet judiciaire.

Batumike ne voulait pas que ce procès ait lieu et que la vérité éclate au grand jour. Il voulait à tout prix jouir de son immunité en tant que député provincial pour continuer à percevoir des rémunérations. Cela lui paraissait donc inimaginable que ses électeurs découvrent ses actes criminels.

 

Etes-vous, ainsi que les victimes, satisfaits du verdict ?

Nous avons été satisfaits du verdict. Mais maintenant, nous devons travailler pour que les victimes accèdent à une réparation matérielle. Les bourreaux ont été condamnés à des dommages et intérêts, mais je regrette que les frais de réparation n’aient pas été à la hauteur du préjudice. 5000 USD alloués à chaque victime ne saurait réparer le préjudice subi. Il reste aussi le problème de recouvrement de ces frais car la plupart des prévenus n’ont pas les moyens de verser cet argent aux victimes…

 

Que représente cette décision pour la lutte contre l’impunité en RDC ?

En règle générale, ce fut un grand jour pour la lutte contre l’impunité en RDC. Les personnes qui se croyaient intouchables de par leur rang social, ont compris que le respect de la justice s’applique à tout le monde. De plus, ce procès a donné aux délinquants et à ceux qui voudraient s’aventurer sur ce chemin, de bonnes raisons de reculer.

Bien sûr, les cas de crimes restent encore légion, et le chemin est encore long. Mais si à chaque fois, nous nous battons pour réprimer les auteurs de ces crimes, nous aurons contribué à faire baisser le taux de l’impunité, et des milliers des personnes accèderont à la justice.

 

Profil de Maitre Charles Cubaka Cicura

Après ses études universitaires, Me Charles Cubaka Cicura a suivi plusieurs formations sur la justice pénale internationale avec Avocats sans frontières. Ainsi que des formations sur l’assistance aux victimes de crimes graves devant les juridictions congolaises et les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits humains avec TRIAL International.

Il a ensuite pu mettre ses connaissances à profit lors de plusieurs affaires. Notamment le dossier Serge Maheshe : un journaliste de Radio Okapi assassiné à Bukavu en 2007. Le dossier Colonel Kibibi, un commandant des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), condamné en 2011 pour crimes contre l’humanité. Et celui du chef de guerre Kizima Sabin Lenine, condamné à la perpétuité en 2014 pour crimes contre l’humanité. Mais aussi le dossier Colonel Becker en 2017.

Il a à présent la double casquette d’Avocat au Barreau de Bukavu depuis 2006, et d’enseignant à l’Université officielle de Bukavu au grade de Chef de travaux.

 

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