BiH : L’art, un baume pour les blessures passées et présentes

28.09.2017

Les blessures liées à la guerre sont difficiles à surmonter tant d’un point de vue psychologique que sociétal. Adisa Fišić Barukčija conseillère juridique et chargée de communication, s’intéresse à l’art comme un moyen de panser ces blessures, malheureusement encore trop peu utilisé.

   

Risquer sa vie pour un moment de liberté

Il est difficile d’imaginer que des personnes risquent leur vie pour assister à la projection d’un film. Pourtant, c’est bien ce qui est arrivé durant le siège de Sarajevo tandis que les bombes pleuvaient quotidiennement.

Malgré la violence omniprésente, la vie culturelle est restée palpitante durant la guerre en Bosnie-Herzégovine : des centaines de concerts, pièces de théâtre et autres évènements culturels se sont multipliés dans des lieux improvisés à Sarajevo. Ces évènements culturels représentaient pour les habitants un espace neutre où, pendant un court instant, ils pouvaient échapper à leur terrible situation.

L’art-thérapie : un havre de guérison

Après la guerre, des survivants traumatisés ont participé à des thérapies artistiques et créatives. Les personnes souffrant de blessures psychologiques trouvent souvent difficile de parler de leurs expériences oralement, et ceci même en présence d’un thérapeute. L’art-thérapie a prouvé son efficacité justement car elle ne requiert pas de parole.

Elle peut aussi aider les personnes dont les souvenirs sont refoulés. Certaines personnes n’arrivent pas à se remémorer les évènements dérangeants auxquels elles ont été exposées. L’art-thérapie peut être un moyen de faire remonter ces souvenirs à la surface pour aider à la guérison.

L’art et la culture rapprochent les gens

Des décennies après le conflit, cette période continue d’inspirer nombre d’artistes tant les divisions restent une réalité dans la Bosnie-Herzégovine d’aujourd’hui. Les enfants, même s’ils n’ont pas vécu la guerre, ont grandi avec des récits destructeurs qui ont façonné leur vision du passé, en exacerbant les divisions.

Quand le Festival du film de Sarajevo a été créé à la fin de la guerre, un de ses buts était de faciliter le dialogue entre les communautés. Les organisateurs sont à l’origine d’un programme intitulé Dealing with the past (« Gérer le passé ») qui donne à tous les partis au conflit la possibilité de partager des récits personnels. Comprendre la souffrance de l’autre est essentiel pour favoriser l’empathie entre les communautés et améliorer leurs interactions.

Généralement, les pays sortant d’un conflit se focalisent sur la sécurité et la protection sociale au détriment de la culture. Mais l’art ne devrait pas être négligé, car il a le pouvoir d’offrir un espace de questionnement, de dialogue et, espérons-le, de réconciliation.

 

Adisa Fišić Barukčija, Conseillère juridique et chargée de communication à Sarajevo
@AdisaFisic