Les Conventions de Genève, plus nécessaires que jamais

12.08.2019

Une Opinion de Philip Grant, Directeur exécutif de TRIAL International

Le 12 août 2019 marque le 70anniversaire des Conventions de Genève. Philip Grant, fondateur et Directeur exécutif de TRIAL International, explique pourquoi ces textes restent pertinents et nécessaires aujourd’hui.

Bâtiment électoral, Genève, le jour de la révision et la signature des Conventions de Genève. ©CICR / Wassermann

Les Conventions de Genève sont un ensemble de quatre traités, élargis en 1977 par deux importants protocoles additionnels. Leur but est de contenir et réduire la brutalité des conflits. Ils protègent donc les individus qui ne sont pas impliqués dans le combat (tels que les civils) ou qui ne combattent plus (tels que les blessés, les malades ou les prisonniers de guerre). Jusqu’à ce jour, ils comptent parmi les traités les plus largement ratifiés au monde.

J’ai un attachement particulier à ces Conventions, dont l’histoire est étroitement liée à celle de Genève, ma ville natale. TRIAL a été fondée pour s’assurer que la Suisse respecte cet héritage lié au droit humanitaire, non seulement en tant que siège d’institutions, mais aussi en veillant à poursuivre et punir les accusés qui résident ou pénètrent sur son territoire.

Dans le cadre de ses affaires, TRIAL International invoque régulièrement les Conventions de Genève. 70 ans après leur adoption, elles restent un outil crucial pour les défenseurs des droits humains. Mais la valeur de ces textes n’est pas seulement juridique. Ils contiennent deux leçons essentielles qui sont pertinentes encore aujourd’hui.

Le droit, une matière vivante

La première leçon est historique. Du fait qu’elles ont été rédigées dans un contexte très différent du nôtre, les Conventions sont régulièrement attaquées pour leur prétendue désuétude. Ces critiques ont été particulièrement virulentes après le 11 septembre 2001 et la montée des acteurs non étatiques sur la scène internationale qui s’en est suivi.

Mais nous devons nous rappeler que le droit est une matière vivante, en constante évolution, destinée à s’adapter aux nouvelles situations et aux nouveaux défis. Cette conviction est au cœur du mandat de TRIAL, qui ouvre des voies inexplorées pour rendre justice aux victimes d’atrocités. Il appartient à chaque praticien et à chaque activiste de repousser les limites du droit dans son travail quotidien. En d’autres termes, les textes iront aussi loin que nous les conduirons.

Dans cet esprit, nous sommes convaincus que les Conventions de Genève sont encore tout à fait pertinentes aujourd’hui, et qu’elles le resteront encore longtemps.

La dignité humaine inaliénable

La deuxième leçon est morale, presque philosophique. Les Conventions sont fondées sur la reconnaissance d’une dignité humaine inaliénable, même dans les pires conditions et surtout pour les personnes les plus vulnérables. A TRIAL, nous considérons que la lutte pour la justice est un moyen de défendre cette dignité là où elle a été bafouée.

La reconnaissance de la valeur intrinsèque de chacun est à la fois un déclencheur et une conséquence de la longue quête de justice des survivants que nous soutenons. De victimes impuissantes, ils deviennent détenteurs de droits. Empouvoirés par la loi, ils reprennent le contrôle de leur propre vie. C’est pourquoi leur chemin vers la justice est souvent aussi un chemin de reconstruction personnelle.

En cet anniversaire, les Conventions de Genève nous enseignent enfin un troisième point. Elles sont nées de la vision d’un seul individu exceptionnel, Henry Dunant, qui croyait en sa propre capacité à effectuer un changement. Il a fallu des décennies pour que cette vision devienne réalité, mais lorsqu’elle a éclos, elle a modifié à jamais l’ordre juridique international. Cette leçon de persévérance nous inspire aujourd’hui et nourrit une vision de l’avenir que nous devons construire ensemble.