RDC : comment documenter les crimes les plus graves ?

09.10.2017 ( Modifié le : 22.06.2018 )

Patient Iraguha, conseiller juridique chez TRIAL International, documente les crimes de masse dans les zones les plus reculées de la RDC. Un exercice laborieux et parfois dangereux, mais nécessaire pour que les victimes reprennent confiance en la justice.

 

Depuis trois ans, TRIAL International mène des missions de documentation directement sur les lieux où ont été commis des crimes graves. Cette action est partie du double constat que le temps entre le crime et les poursuites jouait sur la disparition des éléments de preuve, et que les auteurs de crimes de masse étaient parfois innocentés faute de preuves. Pour remédier à cela, une seule solution : se rendre sur les lieux du crime, des zones reculées et parfois dangereuses. C’est le prix à payer pour bâtir un dossier solide.

Les preuves que nous récoltons incluent les récits des victimes, des rapports et certificats médicaux, les témoignages des autorités locales, des photos ou encore des vidéos.

Travailler en zone de conflit

La première difficulté du travail de documentation est la situation sécuritaire instable. Il nous arrive d’intervenir dans des zones où des groupes armés sévissent encore.

C’est parfois a posteriori que l’on se rend compte des risques encourus : l’année passée, j’ai recueilli le témoignage de chefs de localités où des crimes avaient été commis. Ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé combien ils étaient proches du groupe politico-militaire qui commettait ces atrocités. Nous évoluons dans un contexte extrêmement versatile, où tout doit être analysé minutieusement.

L’insécurité est aussi un frein pour les victimes : la peur de représailles inhibe souvent leur discours. Leur sécurité est notre première préoccupation.

Soif de justice

Les victimes que nous rencontrons attendent souvent beaucoup des missions de documentation. Nous sommes parfois les premiers à écouter leurs histoires, à chercher à comprendre. Beaucoup de Congolais ont perdu foi en la justice et demandent des explications sur le silence des autorités.

A l’inverse, l’impunité des bourreaux donne à certaines victimes une soif de justice. Elles sont alors d’autant plus déterminées à parler. C’est leur courage qui me donne l’énergie de continuer mon travail.

Un jour, j’ai rencontré une femme qui a subi de graves violences. Elle avait tout perdu et vivait en exil, tandis que les auteurs courraient toujours. Alors que je lui posais des questions, elle m’a demandé : « Maître, pensez-vous vraiment que la justice existe chez nous ? »

Je lui ai répondu qu’il fallait y croire, même si le chemin pouvait sembler semé d’embûches. Cette réponse résume toute la difficulté de travailler avec des victimes. Nous sommes toujours dans un équilibre entre leur redonner confiance et courage, et rester francs car, en RDC, le temps de la justice est généralement très long. 

 

Patient Iraguha, Conseiller juridique RDC

 

Regardez le témoignage d’une victime