Garantir la reconnaissance des droits d’une victime de torture au Burundi

22.03.2019 ( Modifié le : 25.03.2019 )

Léo a été condamné à perpétuité par un tribunal de Bujumbura. Mais que valent ses « confessions » si elles ont été obtenues sous la torture ? Malgré plusieurs dénonciations, les autorités burundaises continuent de faire la sourde oreille. 

En 2015, alors qu’une montée de violences sévit au Burundi, Léo (nom d’emprunt) a été arrêté par les forces de l’ordre. Sa seule faute était d’être à bord d’un véhicule qui transportait des opposants présumés. Passé à tabac en pleine rue, il a été emmené de force pour être « interrogé ».

Torturé et incarcéré dans des conditions indignes

Sur place, Léo a été accusé de participer à la lutte armée contre le pouvoir en place. Pour lui faire « avouer » les faits reprochés, les geôliers ont plusieurs fois passé Léo à tabac, le couvrant d’insultes et le frappant sur l’ensemble du corps. Pour mettre fin à ses souffrances, Léo a « reconnu » les accusations portées à son encontre.

Malgré ces « aveux », Léo a été maintenu en garde à vue pendant encore plusieurs jours, une période durant laquelle il a continué à faire l’objet de tortures. Il a par ailleurs été incarcéré dans des conditions déplorables. Il n’a pas pu bénéficier d’une quelconque attention médicale durant l’ensemble de sa garde à vue et était donc laissé à agoniser dans une cellule surpeuplée, sans pouvoir s’entretenir avec un avocat, ni même contacter ses proches.

En vidéo : un ancien détenu burundais témoigne

Deux procédures, deux vitesses

A chaque fois qu’il a été présenté devant des autorités pénitentiaires ou judiciaires, Léo n’a eu de cesse de dénoncer les méthodes de ses bourreaux. Une plainte formelle a également été déposée. Pourtant, aucun acte d’instruction n’a été entrepris par les autorités burundaises. En conséquence, et en dépit des efforts fournis par Léo, ses bourreaux n’ont pas été identifiés et les faits entourant sa torture demeurent impunis.

Si la procédure à l’encontre de ses tortionnaires est au point mort, la procédure engagée à l’encontre de Léo s’est bel et bien poursuivie. Sur la base de ses « aveux » obtenus sous la torture, Léo a été condamné à perpétuité.

Le Burundi en porte-à-faux avec le droit international

Pourtant, le Burundi a ratifié des outils juridiques qui devraient protéger Léo et ses concitoyens, comme la Convention contre la torture ou encore la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. C’est pour faire valoir ces obligations que TRIAL International a porté l’affaire devant une instance internationale, demandant non seulement que les violations de l’espèce soient reconnues, mais aussi que Léo puisse bénéficier de mesures immédiates pour garantir sa sécurité.

La procédure est en cours.