La Gambie prête à faire la lumière sur son passé?

21.01.2019 ( Modifié le : 22.01.2019 )
Le 7 janvier, la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) siégeait pour la première fois à Banjul, la capitale gambienne. Composée de 11 membres, elle va devoir enquêter sur les crimes commis au cours des 22 ans qu’auront duré la présidence de Yahya Jammeh, entre 1994 et 2016. Pour Emeline Escafit, conseillère juridique chez TRIAL International, il s’agit d’une occasion unique pour la Gambie de faire la lumière sur son passé tourmenté.      

Clore plus de 20 ans de régime autoritaire est un processus délicat, car si les crimes commis pendant sous la présidence de Yahya Jammeh sont aussi nombreux que graves, victimes et bourreaux sont parfois les mêmes personnes. La TRRC gambienne pourra pour ce faire s’inspirer des travaux de commission similaires dans d’autres pays – en Afrique du Sud, au Pérou, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire, tout en évitant l’écueil des amnisties accordées aux responsables de crimes internationaux (disparitions forcées et torture notamment).

UN PREMIER PAS VERS LA JUSTICE

Donner la voix aux victimes qui ont été contraintes de se taire pendant plus de 20 ans est une étape primordiale. En racontant leur histoire, leurs souffrances peuvent enfin être reconnues par un organe officiel, et contribueront peut-être à apaiser les tensions qui subsistent dans le pays. La Gambie mérite de se reconstruire, et la TRRC doit servir de ciment sur lequel reposera la nouvelle société gambienne.

Le processus de transition n’est pas pour autant gagné d’avance. Il est indispensable que les enquêtes que mènera la commission soient indépendantes et impartiales. TRIAL International a d’ailleurs matérialisé son soutien à la TRRC en transmettant aux enquêteurs et aux chercheurs de la commission un inventaire des crimes internationaux commis pendant le régime de Jammeh.

Sur le chemin de la démocratie

La TRRC doit dès aujourd’hui prendre la mesure de son rôle dans la reconstruction de la Gambie. Ce travail de mémoire ne sera pas complet tant que des procédures judiciaires ne seront pas également menées devant des tribunaux. TRIAL International espère ainsi que la TRRC signalera aux autorités de poursuite les affaires qui doivent être poursuivies et qu’elle n’accordera pas d’amnisties qui seraient contraires au droit international. Ce n’est qu’à ces conditions que la Gambie pourra réaliser sa transition vers la démocratie.