RDC : un policier condamné pour le viol de deux mineures

26.04.2018 ( Modifié le : 27.04.2018 )

Le tribunal militaire de Bukavu a condamné un policier congolais à 20 ans de prison pour le viol de deux mineures. Ces dernières ont subi l’agression alors qu’elles se trouvaient détenues au poste de police.

Le 24 mars 2017, Désirée, Victoire et Renée (noms d’emprunt), toutes trois âgées de 12 à 14 ans, se sont faites arrêter et ont été détenues au poste de Bidagwa. La première était accusée du vol d’un chargeur de téléphone, les deux autres pour soupçon de complicité.

Deux policiers se trouvaient au poste, dont M. Mulumeoderwa Bahimba Muhiganya alias « Kadogo ». Durant la nuit, alors que son collègue était assoupi, Kadogo est allé retrouver les détenues. Prétextant la venue de ses parents, il a sorti Désirée de la cellule et l’a violée. Il a ensuite procédé de la même manière pour Victoire. Renée a réussi à lui échapper en criant. Alors que le policer s’en prenait une nouvelle fois à Désirée, son collègue s’est réveillé et a constaté que le policier se trouvait avec l’enfant.

Le courage sans faille des victimes

Le lendemain, le chef de poste a été informé des évènements et a conduit les trois mineures au centre médical de Katana pour qu’elles y soient examinées. Kadogo a été arrêté le même jour, placé en détention puis transféré à la prison centrale de Bukavu. Il a réussi à s’en échapper le 28 juillet 2017, peu avant le début du procès.

La fonction du prévenu, représentant de l’autorité publique, aurait pu dissuader les jeunes filles et leurs familles d’obtenir justice. Mais faisant preuve d’un courage sans faille, elles ont accepté de surmonter tous les obstacles dont celui de la stigmatisation.

TRIAL International a accompagné les victimes dans leur quête de justice dès le mois d’avril 2017. L’organisation a participé à la récolte de preuves, notamment sur l’âge des victimes et leurs déplacements, et a recueilli des témoignages. Ceux-ci, lus à l’audience, ont été essentiels pour éviter aux jeunes filles de subir un nouvel interrogatoire, hautement traumatisant pour des victimes déjà fragiles.

Une victoire et une nouvelle bataille

Le 10 avril 2018 et malgré l’absence de Kadogo, le tribunal militaire de garnison a reconnu sa culpabilité pour viol sur mineures. Le tribunal l’a condamné à vingt ans de prison et a ordonné son arrestation immédiate. La République démocratique du Congo a été condamnée solidairement au paiement de 5’000 dollars au profit de chaque partie civile, à titre de dommages et intérêts.

Ce verdict est une victoire pour les victimes, mais d’autres difficultés se profilent déjà. En effet, l’Etat congolais n’a jusqu’en date jamais versé les réparations promises aux victimes de violences sexuelles.

Pour Patient Iragua, conseiller juridique RDC au bureau de Bukavu, une nouvelle bataille juridique attend désormais TRIAL et ses partenaires : « Nous devons obtenir le versement réel des réparations ainsi que l’arrestation du condamné pour que le verdict ne reste pas lettre morte. L’impunité doit être combattue et enrayée par des mesures concrètes. »