Une mineure violée porte plainte contre un juge

18.10.2016

Stella avait treize ans quand elle a été violée par un juge. Elle est défendue par un avocat congolais formé par TRIAL.

Issue d’une famille de cinq enfants, Stella (pseudonyme) vivait chez ses parents. Elle était scolarisée dans la banlieue de Bukavu. Des difficultés financières ont forcé ses parents à envoyer Stella chez sa tante, dans le but d’y gagner un peu d’argent et de reprendre ensuite ses études.

C’est dans le village de sa tante qu’elle a rencontré le juge E.K., qui logeait dans une maison voisine. Celui-ci l’a invité chez lui à plusieurs reprises pour discuter et gagner la confiance de la jeune fille. Connaissant sa situation précaire, il lui a offert de l’argent.

 

Cadeau empoisonné

Progressivement, le discours amical du juge E.K. a changé, et il a commencé à parler de mariage. Malgré le refus de Stella et sachant qu’elle était mineure, il a continué ses avances avec de plus en plus d’insistance. Il disait se sentir seul, avoir besoin d’une femme dans sa vie, et répétait que Stella ne manquerait de rien si elle devenait son épouse.

Dupée et intimidée, la jeune fille a cédé aux avances du juge et a consenti à des rapports sexuels. En droit congolais, les rapports sexuels avec un mineur sont constitutifs d’une infraction de viol, que le mineur soit consentant ou non.

Quelques jours plus tard, le juge E.K. est reparti du village et n’a plus donné de nouvelles à Stella. Peu après son départ, la jeune fille a découvert qu’elle était enceinte.

De retour à Bukavu, elle a caché son état à sa famille le plus longtemps possible. A cinq mois de grossesse, Stella a finalement tout avoué à sa mère. Celle-ci, soutenue par un pasteur, a saisi la justice.

Procédure

TRIAL International accompagne la mère et la fille dans toutes les étapes de leur combat. Grâce à l’ONG, leur témoignage a pu être entendu par le procureur en charge du dossier, et elles sont suivies gratuitement par un avocat formé par TRIAL.

Ces efforts ont permis de renvoyer le juge E.K. devant la cour d’appel de Bukavu, où son procès a commencé le 13 octobre 2016.

Le quotidien de Stella a basculé depuis sa rencontre avec E.K. Stigmatisée comme beaucoup de victimes de viol, elle n’a pu compter que sur l’aide de sa famille. Son bébé est né prématurément et demande des soins constants, ce qui pèse sur les finances de la famille. Psychologiquement, Stella n’est plus que l’ombre d’elle-même : elle souffre de dépression et peine à se projeter dans l’avenir. Sa scolarité est dans l’impasse.