Gambie: le massacre de migrants de 2005 sous la loupe de la TRRC

24.02.2021 ( Modifié le : 15.07.2021 )

La Commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC), dont les audiences ont repris le 22 février 2021, se penchera sur le massacre en 2005 de plus de 50 migrants ouest-africains. Il s’agit là de la plus grande perte de vies humaines sous le régime de l’ancien président Yahya Jammeh. 

Les audiences de la TRRC devraient faire la lumière sur le massacre et sur la dissimulation des preuves. ©Audrey Oettli/ TRIAL International

En l’espace de quelques jours de juillet 2005, environ 44 Ghanéens, 9 Nigérians, 2 Togolais et des ressortissants de Côte d’Ivoire, de Gambie et du Sénégal avaient alors été tués. Parmi les personnes amenées à témoigner figure le Ghanéen Martin Kyere, le seul survivant connu.

Les précédentes tentatives officielles de faire la lumière sur ce massacre ont été bloquées ou entachées d’irrégularités. Le Ghana avait tenté d’enquêter sur les meurtres en 2005 et 2006, mais à l’époque, ses efforts avaient été entravés par le gouvernement de Jammeh. En avril 2009, les Nations unies et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avaient publié un rapport qui concluait que le gouvernement gambien n’était pas « directement ou indirectement complice » des meurtres et des disparitions forcées. Il désignait des éléments « incontrôlés » des services de sécurité gambiens « agissant de leur propre chef » comme responsables du massacre. Le rapport de l’ONU/CEDEAO n’a cependant jamais été rendu public, malgré les demandes répétées des victimes et de cinq experts des droits humains des Nations unies.

Un rapport de 2018 de TRIAL International et de Human Rights Watch, basé sur des entretiens avec 30 anciens officiels de l’époque de Jammeh, a cependant révélé que les plus proches associés de l’ex-président au sein de l’armée, la marine et la police avaient détenu les migrants. Ce sont ensuite les « Junglers », une unité de soldats gambiens opérant sous les ordres directs de Jammeh, qui les ont sommairement exécutés. TRIAL International et Human Rights Watch ont également découvert que le gouvernement gambien avait détruit des preuves essentielles avant l’arrivée de l’équipe de l’ONU/CEDEAO.

En juillet 2019, trois anciens Junglers ont témoigné publiquement devant la TRRC. Il est ressorti de leur témoignage qu’ils avaient eux-mêmes, ainsi que 12 autres « Junglers », commis les meurtres ordonnés par Jammeh. L’un de ces officiers, Omar Jallow, a précisé que le chef de l’opération avait dit aux hommes que « l’ordre de … Jammeh est qu’ils soient tous exécutés ».

Les audiences de la TRRC devraient faire la lumière sur le massacre et sur la dissimulation des preuves.

« Je me bats depuis 15 ans pour la vérité et la justice pour mes compagnons qui ont été tués », a déclaré Martin Kyere. Il s’était échappé d’un camion en marche transportant d’autres migrants qui ont été tués peu après. Depuis lors, il mobilise les familles des victimes. 

Martin Kyere sera présent à Banjul pour les audiences aux côtés de William Nyarko de l’Africa Center for International Law and Accountability (ACILA), qui coordonne la campagne Jammeh2Justice Ghana.

 

Voir l’infographie sur les circonstances du massacre

Voir le court métrage Gambia’s Ex-President Linked to 2005 Massacre (en anglais)

Voir le documentaire The Massacre of Ghanaians in The Gambia: Justice in Limbo? (en anglais)

Voir le documentaire I Cannot Bury My Father (en anglais)

 

Cet article a été produit avec le soutien financier de l’Union européenne. Son contenu est la seule responsabilité des auteurs et ne reflète pas nécessairement les positions de l’Union européenne.

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