Les violences sexuelles faites aux hommes : un tabou persistant

30.04.2018

Ces dernières années, les violences sexuelles à l’encontre des hommes font régulièrement les grands titres de l’actualité (Guantánamo, Sri Lanka…). Malgré cette visibilité grandissante, beaucoup de victimes masculines gardent le silence, par peur d’être stigmatisées si elles dénoncent les faits. Kyle Delbyck, consultant juridique pour le programme Bosnie-Herzégovine de TRIAL International, analyse la situation.

Le nombre d’hommes violés pendant le conflit en BiH reste imprécis. Un récent rapport d’Amnesty International a estimé à 3000 le nombre d’hommes et de garçons victimes de violences sexuelles dans les camps de détention.

Comme le rapport le mentionne, “parce que les hommes sont moins enclins à dénoncer de tels crimes, ou à en parler publiquement, le nombre est vraisemblablement plus élevé”. En BiH, le sous signalement de ces crimes est largement dû à la stigmatisation.

Sexuellement “impénétrable”

La société bosnienne est patriarcale, les hommes étant considérés comme des êtres dominants et sexuellement impénétrables. Ainsi, le viol d’un homme transgresse les normes relatives au genre, et véhicule des connotations émasculantes et stigmatisantes.

Certaines affaires de crimes de guerre en BiH reflètent les préjugés sociétaux liés aux violences sexuelles faites aux hommes.

Eviter le mot “viol”

En droit international, le viol est défini comme tout acte de pénétration, que ce soit par un organe sexuel ou un objet, commis sur le corps d’une personne. Le sexe anal contraint, le sexe vaginal contraint et le sexe oral contraint constituent donc bien des viols, peu importe le genre des personnes impliquées.

En temps de guerre, dans les camps de détention, il n’était pas rare que des gardes et autres officiers forcent des hommes prisonniers à avoir des rapports sexuels oraux ou anaux. Ces crimes entrent clairement dans la définition légale du viol.

Pourtant, les procureurs et les tribunaux ont souvent hésité à qualifier la violence sexuelle dans les camps de détention. En effet, dans plusieurs affaires de camps de détention, les coupables ont été condamnés pour torture ou traitement inhumain.

Prenez Mladen Milanovic par exemple. L’Accusé, un garde à Vogosca, a ordonné à deux prisonniers de se déshabiller et d’avoir un rapport sexuel. Malgré le caractère clairement sexuel du crime, la Cour Suprême de la Fédération de Bosnie-Herzégovine a qualifié le crime de traitement inhumain. Des affaires comme celles de Milanovic reflètent le malaise persistant des acteurs juridiques face aux violences sexuelles faites aux hommes, alimentant ainsi la culture de la honte et du silence.

S’occuper du problème à tous les niveaux

La stigmatisation des violences sexuelles faites aux hommes en temps de guerre – que ce soit au tribunal, à la maison, ou au sein du gouvernement – est enracinée dans un préjugé plus large. Par conséquent, l’éducation combattant les normes sociétales archaïques est impérative. C’est seulement quand on admettra qu’un homme peut être violé que la stigmatisation pourra diminuer.

Les verdicts qui reconnaissent les violences sexuelles faites aux hommes pour ce qu’elles sont vraiment sont donc précieux. Les autorités de BiH devraient mettre en place des formations pour les juges et les procureurs sur la définition et qualification appropriée de ces crimes. La stigmatisation doit être combattue à tous les niveaux et les acteurs juridiques ont un rôle important à jouer.