Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit: « Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des survivants/es! »

19.06.2022

Plus forts/fortes que le crime : « Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des survivants/tes ! »

À l’occasion de la Journée Internationale pour l’élimination des violences sexuelles en temps de conflit, qui a lieu aujourd’hui, le 19 juin, souvenons-nous et réfléchissons sur les 30 années écoulées depuis la guerre qui a ravagé la Bosnie-Herzégovine. Quels sont les progrès réalisés par la Bosnie-Herzégovine en matière d’accès à la justice et aux réparations par les survivant/es ? Que ressentent les survivants/es après tout ce temps ?

Cette année, le message est clair : malgré tous les obstacles, et les nombreux défis qu’ils/elles ont eu à affronter, ils/elles veulent continuer de se battre, et ce plus que jamais. Ils/elles sont plus fort/es que le crime.

En mai 1992 à Lozje, Kokino Selo, Midheta Kaloper a perdu à jamais une part d’elle-même : sa mère a été assassinée, son frère a été porté disparu, et sa jeunesse lui a été arrachée par la violence, la rage et la vague de violences apportée par la guerre à Foča. Retenue prisonnière et victime d’abus, elle refuse pour autant que les crimes et l’injustice auxquels elle a survécu marquent le reste de sa vie. Aujourd’hui devenue mère, elle est également devenue activiste pour aider les autres victimes de la guerre.

« Il faut beaucoup de courage pour parler librement de ces crimes. J’ai maintenant deux magnifiques filles et je ne voudrais pas qu’elles vivent ce que nous avons vécu entre 1992 et 1995. Nous sommes des survivant/es et, aujourd’hui, nous sommes fièrs/es et gardons la tête haute. Les survivant/es partagent leur histoire afin de s’assurer que ces évènements ne se reproduisent jamais, et pour encourager ceux/celles qui restent dans le silence. Beaucoup de survivant/es craignent le jugement de la société et la stigmatisation, car souvent nous constatons qu’ils/elles se sentent coupables de la violence qu’ils/elles ont pu subir », a déclaré Midheta Kaloper.

« Jusqu’à ce que je réalise que mon agresseur était celui qui devrait se sentir honteux, et non pas moi, je ne pouvais pas témoigner. J’avais honte, et il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser que je n’avais pas à ressentir cela. Nous ne voulons pas être désignés/ées comme des victimes, nous sommes des survivant/es. » Explique une survivante désirant préserver son anonymat.

Cette année, les survivants/es de violences sexuelles en temps de conflit vont se rendre au Partizan Sports Hall à Foča, l’un des lieux ou ce crime a été commis de manière massive, afin de partager leur histoire.

« Tout changement, que ce soit au niveau des pratiques législatives ou des pratiques judiciaires, ou encore le changement de comportement de chacun à l’égard des survivant/es, ne peut se produire que si nous y contribuons chacun/ en tant qu’individu. Il dépend de notre volonté d’accepter que nous portons la responsabilité tous et toutes de contribuer à l’allègement du poids qu’ont stoïquement porté ces courageux/ses hommes et femmes pendant ces dernières décennies. C’est pour cela qu’il est important de les soutenir, non seulement aujourd’hui, lors de cette journée importante, mais également tout au long de leur combat quotidien pour la justice. » a déclaré Selma Korjenić, responsable du programme de TRIAL International en Bosnie-Herzégovine, aujourd’hui à Foča.

Environ 20000 femmes et hommes ont été violés ou sexuellement agressés/ées pendant la guerre de 1992 à 1995 en Bosnie-Herzégovine, et seulement 1000 survivant/es ont obtenu ou sont en train d’obtenir des réparations. Notre récente étude sur les réparations pour les cas de violences sexuelles en temps de conflit en Bosnie-Herzégovine, « We raise our voices », démontre que cette différence peut être attribuée aux nombreux obstacles qui découragent ou même empêchent les survivant/es d’accéder à leur droit à des réparations.

« 30 ans sont passés depuis le début de la guerre. La Bosnie-Herzégovine n’a pas fait grand-chose pour nous, nous nous sentons oubliés », a déclaré une survivante.

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