Omerta sur le conflit népalais

08.10.2018

La décennie de guerre civile est toujours une plaie ouverte pour le Népal. Ceux qui désirent briser le silence imposé par les autorités sur les violations des droits humains qui ont eu lieu entre 1996 et 2006 s’exposent à des représailles. Lenin Bista, un ancien enfant soldat, en a fait les frais le mois dernier.

Appelé à prendre la parole à un congrès sur la réinsertion des jeunes ayant vécu dans des zones de conflit, on lui a refusé l’accès à l’avion, au motif qu’il était « partiellement blacklisté » depuis le matin même. « Les autorités compétentes n’ont pas donné leur permission pour qu’il participe à ce programme », lui ont répondu les douaniers lorsqu’il a cherché à en savoir plus. Or, il n’existe aucune loi demandant à un citoyen népalais d’avoir une permission officielle pour voyager à l’étranger.

Aujourd’hui âgé de 27 ans, Lenin Bista se bat, avec l’organisation qu’il a créée, pour la réinsertion des anciens enfants soldats maoïstes. Nombre d’entre eux sont restés sur le carreau dès la fin de la guerre civile, suite au refus du gouvernement d’honorer sa promesse et de les intégrer dans l’armée régulière. TRIAL International a rencontré Lenin Bista.

 

TRIAL International: Qu’est-ce qui a poussé les autorités népalaises à émettre une interdiction de voyager à votre encontre ?

Lenin Bista : Je suis un ancien combattant maoïste et un ancien enfant-soldat. Cela fait maintenant sept ou huit ans que je traite du problème des enfants-soldats au Népal. Les personnes actuellement au pouvoir voient ceci d’un très mauvais œil, car bon nombre de responsables sont d’anciens belligérants. Le gouvernement a tenté de me faire taire à plusieurs reprises, en me kidnappant et m’emprisonnant à plusieurs reprises. J’imagine qu’ils m’ont empêché de quitter le pays par peur que je soulève cette question dans un forum international, car ils ne souhaitent pas que ce problème soit discuté hors du pays.

 

Vous deviez assister à des ateliers sur la problématique des enfants-soldats aurait probablement été abordée. Pensez-vous que le gouvernement a cherché à vous faire taire ?

L’interdiction de voyager est une indication très claire que le gouvernement ne veut pas qu’on parle de cette thématique à l’étranger. Ils n’ont même pas cherché à se justifier. Cela prouve à mon avis leur détermination à faire taire les voix discordantes.

 

Une interdiction de voyager est une atteinte claire à votre liberté de voyager ainsi qu’à votre liberté d’expression. Comment décririez-vous la situation des droits humains au Népal ?

Les pressions exercées par le gouvernement ne se limitent pas à l’action de mon organisation. Le gouvernement veut donner l’impression que le processus de paix s’est achevé avec succès. Je pense qu’il cherche à faire un exemple de mon cas. Il envoie une sorte de message indirect à tous ceux qui chercheraient à rendre ces thèmes publics. Pourtant, il y a encore énormément de problèmes à régler et le gouvernement rechigne à s’en emparer. De façon générale, la situation des droits humains est très préoccupante au Népal.

 

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