Sarita Sharma : une famille déchirée par la guerre

24.07.2018 ( Modifié le : 19.12.2018 )

En avril 2018, les Nations Unies ont reconnu la détention arbitraire de la népalaise Sarita Sharma. Helena Rodríguez-Bronchú Carceller, responsable du programme Népal de TRIAL International, raconte son histoire poignante.

J’ai rencontré Sarita Sharma pour la première fois en 2014, à Katmandou. Elle n’a pas cessé de sourire pendant que je lui expliquais la procédure de plainte devant le Comité des droits de l’homme. Je connaissais son histoire et me demandais ce qui pouvait bien la faire sourire.

Nous nous sommes revues plusieurs fois depuis, avec son mari Bijay et leurs deux enfants, Bishram et Basanta. Sarita et sa famille sont à mille lieux du stéréotype des victimes. Enfin réunis, ils profitent pleinement de la deuxième chance que la vie leur a offerte.

Malgré la barrière de la langue et nos rencontres trop peu nombreuses, je peux affirmer que Sarita est une des femmes les plus fortes que je connaisse. Elle se bat pour obtenir justice et voir reconnues les atrocités qu’elle a subi pendant le conflit. Sa résilience est pour moi une source d’inspiration.

Arrêtée en raison des convictions de son frère

Sarita a été arrêtée en 2003, alors que la guerre civile faisait rage au Népal. Mère de deux enfants, son seul crime était d’avoir un frère haut placé au sein du parti maoïste.

Dans les prisons de l’Armée royage népalaise à Maharajgunj, elle a passé des journées entières menottée et les yeux bandés. Elle était régulièrement interrogée, battue et torturée. Ses geôliers ont menacé de la violer. Elle a même été forcée d’entendre son frère se faire torturer dans une cellule voisine.

Une mère séparée de ses enfants

Pendant les premiers mois de sa détention, le mari de Sarita ignorait où elle se trouvait. Pour la retrouver, il a lancé de nombreuses procédures juridiques et contacté plusieurs organes étatiques. Toujours en vain.

Les enfants de Sarita et Bijay, alors âgés de 5 et 8 ans, n’ont pas seulement été privés de leur mère pendant sa détention. Ils ont aussi été empêchés de voir leur père pendant un mois. Le directeur de leur école, agissant sur ordre des autorités, refusait de remettre ses propres enfants au mari de Sarita.

Après cet épisode, la famille a encore dû endurer les fréquentes visites (y compris nocturnes) de soldats dans leur appartement.

Communiquer par messages secrets

Après huit mois en captivité, la santé de Sarita s’était tellement détériorée qu’elle a été envoyée à l’hôpital. C’est là que, par le plus grands des hasards, elle a rencontré une amie de longue date. Grâce à son aide, Sarita a enfin pu écrire à son mari où elle se trouvait. Elle l’a toutefois supplié de ne pas partager publiquement cette information, par peur de représailles.

Si la famille de Sarita savait maintenant où elle se trouvait, sa détention arbitraire n’avait pas pris fin. Trois mois après avoir reçu son message secret, Bijay, fou d’inquiétude, a partagé les informations qu’il possédait avec l’association des étudiants maoïstes. Suite à cela, Sarita a été punie, interrogée et passée à tabac pendant une semaine entière.

Début 2005, Sarita s’est trouvée un nouvel allié : le cuisinier de la prison a accepté de transmettre ses lettres à Bijay. Leur correspondance a duré jusqu’en juin de la même année, quand la Cour suprême du Népal a ordonné la libération de Sarita.

Entre le déni et l’inertie

Pendant les huit ans qui ont suivi sa libération, la famille Sharma a tenté d’obtenir justice pour les tortures physiques et psychologiques endurées. Malgré leurs efforts, les autorités népalaises n’ont jamais fait la lumière sur cette affaire.

Avec le soutien de TRIAL International, la famille a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations Unies (CDH). En avril 2018, ce dernier a reconnu que Sarita avait été victime de disparition forcée, et que ses droits à des garanties procédurales et à une vie familiale avaient été bafoués.

Aujourd’hui le combat continue, puisque les décisions du CDH requièrent le concourt des autorités népalaises pour être implémentées.

En savoir plus sur la campagne pour apporter justice aux victimes du conflit népalais (site en anglais)