Yahya Jammeh

03.07.2019 ( Modifié le : 13.08.2019 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

Faits

Yahya Jammeh est né en 1969 à Kanilai en Gambie. En 1984, il s’engage dans la gendarmerie, et gravit peu à peu les échelons jusqu’à parvenir au poste de commandant de la police militaire qu’il dirige entre 1991 et 1992. Le 22 juillet 1994, il accède au pouvoir à la suite d’un coup d’état militaire. Un gouvernement transitoire est alors mis en place jusqu’en 1996 où il devient président de la République de Gambie. Pendant 22 ans, il règne sans partage jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à Adama Barrow, candidat de l’opposition et actuel président de la République de Gambie. Il conteste cependant le résultat des élections et refuse de quitter le pouvoir. En janvier 2017, face à la pression de la communauté internationale, Jammeh quitte le pays le 21 janvier 2017 et s’exile en Guinée équatoriale.

Selon les défenseurs des droits de l’homme, son régime aurait été sanglant et marqué par l’utilisation systématique de la torture, des exécutions sommaires, des détentions arbitraires et des disparitions forcées contre ses opposants. Parmi les crimes qui lui sont reprochés, Jammeh est accusé d’être impliqué dans le massacre de plus de 50 migrants d’Afrique de l’Ouest en juillet 2005. D’après une enquête menée par les organisations non-gouvernementales Human Rights Watch et TRIAL International, un groupe paramilitaire, nommé « les Junglers » et contrôlé par l’ancien président gambien, aurait exécuté sommairement plus de 50 migrants.

Les migrants, qui étaient en route pour l’Europe, auraient été soupçonnés par le gouvernement gambien d’être des mercenaires. Les migrants auraient été arrêtés sur une plage de Barra, et auraient ensuite été transférés aux quartiers généraux de la marine gambienne à Banjul. Ils auraient été répartis en différents groupe et exécutés sommairement par des membres des « Junglers ». Certains auraient été exécutés près de Banjul, d’autres le long de la frontière sénégalaise.

Procédure Légale

En octobre 2017, des victimes du régime de Jammeh, soutenues par des organisations non-gouvernementales locales et internationales se sont réunies à Banjul pour demander la possibilité qu’il soit traduit en justice. Une campagne visant à traduire en justice Jammeh et ses complices a été lancée à cette occasion par des organisations gambiennes et internationales, y compris Human Rights Watch et TRIAL International.

Parallèlement à cette initiative, l’Assemblée Nationale gambienne a adopté une loi visant à la création d’une Commission vérité, réconciliation et réparations le 13 décembre 2017, acte approuvé par le président le 13 janvier 2018.

Le 16 mai 2018, Martin Kyere – unique survivant connu du massacre des migrants en juillet 2005 -, plusieurs familles de victimes et une coalition d’ONGs locales et internationales se sont réunis à Accra afin de demander aux autorités ghanéennes d’ouvrir une enquête contre l’ancien président gambien sur le massacre de juillet 2005. Les résultats de l’enquête menée par les ONGs TRIAL International et Human Rights Watch ont également été transmis aux autorités ghanéennes. L’Inspecteur général de police ghanéenne, et par la suite le gouvernement, à travers son Ministre de l’Information, ont déclaré que le « gouvernement avait donné pour tâche au Ministère des Affaires étrangères et au Procureur Général d’étudier la requête » et de « conseiller le gouvernement sur le chemin à suivre ». L’enquête est en cours dans un contexte fortement affecté par l’importante campagne demandant de traduire l’ancien président gambien et ses complices en justice.

En décembre 2018, Jammeh a été désigné persona non grata par les États-Unis tant pour des faits de corruption à grande échelle que pour les graves violations de droits humains qui lui sont reprochées. Sa femme ainsi que ses enfants ont également été désignés persona non grata.

En mars 2019, l’organisation Organized Crime and Corruption Reporting Project a publié un rapport selon lequel durant sa présidence, Jammeh et son cercle rapproché auraient détourné au moins 975 millions de dollars. Plus de deux tiers de cette somme seraient issus de fraude et de revenus illicites obtenus grâce à la vente de bois.