Affaire Kavumu : des fillettes enlevées en pleine nuit et violées

31.10.2017 ( Modifié le : 04.07.2018 )

Kavumu est un village particulièrement pauvre situé dans la province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Non loin de la capitale provinciale Bukavu, cette zone est depuis de nombreuses années le théâtre de violences extrêmes et de combats sur les terres, les ressources et une lutte pour le pouvoir.

Les faits

Dans le village de Kavumu, entre 2013 et 2016, plus de quarante jeunes filles, âgées de 13 mois à 12 ans, ont été enlevées et violées pendant la nuit.

Le même mode opératoire a été constaté dans tous ces cas : après avoir été enlevée par un ou plusieurs hommes, la victime était violée, puis son sang hyménal était prélevé – parfois à l’aide d’un objet tranchant – avant que celle-ci ne soit abandonnée. La plupart de ces filles souffrent de dommages permanents à leurs organes sexuels et sont toujours traumatisées.

Initialement, ces attaques ont été considérées comme des évènements isolés et traitées ainsi par les autorités judiciaires locales. Psychologiquement ébranlées, les victimes et leurs familles ont tout de même confié l’enquête au procureur local.

Cependant, et malgré l’intervention d’une Task Force mise sur pied par l’ONG Physicians for Human Rights, aucune action n’a été entreprise. Ce n’est qu’au milieu de l’année 2015 que le gouvernement national a reconnu que les crimes étaient d’une importance cruciale pour les autorités à Kinshasa.

Procédure

Au début de l’année 2016, suite à l’intégration de TRIAL International au sein de la Task Force Kavumu, cette dernière a adopté une nouvelle stratégie judiciaire.

Les avocats des victimes ont demandé au procureur militaire de se saisir du cas, invoquant que les crimes étaient liés entre eux. En effet, l’existence d’une attaque généralisée ou systématique contre la population civile rendrait ces faits qualifiables de crimes contre l’humanité.

Le procureur militaire a accueilli la demande et a ouvert une enquête en envisageant les crimes comme un crime de masse.

En juin 2016, les premiers éléments de preuve recueillis par la police ont mené à l’arrestation de Frederic Batumike. Ce député provincial (membre de l’assemblée provinciale du Sud-Kivu) et soixante-dix autres individus étaient soupçonnés d’appartenir à une milice, laquelle serait responsable des viols systématiques des filles de Kavumu. La même milice pourrait également avoir orchestré d’autres attaques meurtrières contre des défenseurs des droits humains et des positions militaires.

L’âge des victimes et la manière selon laquelle les crimes ont été commis (de nuit, alors que les parents dormaient, l’absence de témoins et l’utilisation de substances permettant de garder les victimes dans un état d’inconscience), ont poussé les autorités judiciaires à collaborer avec les acteurs de la Task Force Kavumu pour mener une enquête approfondie afin d’obtenir les preuves nécessaires permettant de corroborer la thèse des autorités de poursuite.

En septembre 2017, le procureur militaire a inculpé 18 personnes pour des faits de viols constitutifs de crime contre l’humanité ainsi que d’autre infractions additionnelles parmi lesquelles les infractions de meurtre, d’organisation à un mouvement insurrectionnel, ainsi que d’attaques contre les positions militaires congolaises.

Selon l’acte d’accusation, Batumike a créé et organisé la milice et ordonné la commission de ces crimes. Les 17 autres prévenus sont accusés de participation à un mouvement insurrectionnel et d’avoir contribué à la commission des crimes mentionnés.

Le procès pénal était prévu initialement du 6 novembre au 23 novembre 2017. Dû à des imprévus, le procès a commencé le 9 novembre 2017.

Le 13 décembre 2017, le jugement de première instance a rendu justice aux fillettes de Kavumu : 11 miliciens ont été condamnés pour des violences sexuelles à l’encontre de 37 enfants, constitutives de crimes contre l’humanité.

Le 12 juin 2018, la Haute Cour militaire a instruit l’appel de l’affaire à Bukavu.

 

Regardez le témoignage du père d’une des fillettes