Le supérieur hiérarchique d’Erwin Sperisen encourt 160 ans de prison

10.01.2017

Dix-huit mois après la condamnation d’Erwin Sperisen à la perpétuité pour l’assassinat de dix détenus, c’est au tour de son supérieur hiérarchique d’être jugé pour les mêmes faits par un tribunal madrilène.

Ancien ministre de l’Intérieur nommé en 2004, Carlos Vielmann a mis lui-même Erwin Sperisen à la tête de la police nationale peu après son entrée en fonction. En 2007, il a démissionné de son poste suite à une série de scandales, dont l’assassinat dans leurs cellules de quatre prisonniers. Carlos Vielmann a ensuite rejoint l’Espagne, où il a obtenu la nationalité en 2009.

Rattrapé par son passé et par une enquête de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG), il a été inculpé en 2010 pour avoir formé avec Erwin Sperisen une structure criminelle paraétatique. Celle-ci aurait notamment planifié l’assassinat de sept détenus dans la prison de Pavon et de trois détenus évadés de la prison d’Infiernito.

Les charges sont lourdes et le procureur réclame 160 ans de prison et 300 000 euros de dédommagement pour les victimes.

Carlos Vielmann se trouvait sur les lieux du crime

Comme dans le cas d’Erwin Sperisen, la défense devrait plaider l’acquittement. Les preuves contre l’ancien ministre de la Défense paraissent pourtant accablantes.

Dans le cas de Pavon, Carlos Vielmann se trouvait en effet sur les lieux du crime, dont la scène avait été grossièrement maquillée pour faire croire à un affrontement. Les enquêteurs de la CICIG affirment également que le ministre, dans un rôle extraordinairement opérationnel, aurait été constamment tenu au courant par téléphone de la poursuite des évadés d’Infiernito, dont la capture avait même été filmée… avant que leur corps soit retrouvé criblé de balles.

Le procès de Carlos Vielmann, qui se tiendra sur deux mois, verra une vingtaine de témoins passer à la barre, dont une dizaine par visioconférence depuis le Guatemala.

Moment crucial pour ce pays miné par la violence et la corruption, le procès est très attendu tant par les victimes que par les organisations de défense des droits humains qui ont dénoncé sans relâche – et parfois au péril de leur vie – ces exactions. Gageons que le jugement final répondra à leurs espoirs et que justice sera rendue, comme cela avait été le cas pour Erwin Sperisen.

Contexte

La Prison de Infiernito est une prison de haute sécurité située dans la périphérie de Guatemala City. En octobre 2005, 19 prisonniers ont réussi à s’en échapper. Erwin Sperisen et d’autres hauts responsables de la sécurité intérieure du Guatemala sont accusés d’avoir mis en place le « Plan Gavilan », dont le but était de retrouver les détenus en fuite et de les exécuter. Une récompense était offerte pour toute information portant sur la localisation de ces derniers. Trois évadés ont été exécutés. Peu après, la scène de crime a été  maquillée afin de pouvoir justifier ce recours à la force disproportionné.

Pavon est également une prison de haute sécurité de la périphérie de la ville de Guatemala. Le 25 septembre 2006, une opération de reprise de la prison est lancés. Plus de 3 000 agents de la PNC, de l’armée et des autorités pénitentiaires sont mobilisés. Durant cette opération, sept détenus ont été exécutés. La scène de crime a également été maquillée pour donner l’impression que ces décès étaient dus à une confrontation.

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