Sans lendemain : le combat des anciens enfants-soldats népalais

23.08.2019

Lenin Bista est né en 1990. En 2002, alors que la guerre civile faisait rage au Népal, il a rejoint le parti maoïste, rejoignant les rangs des nombreux enfants-soldats parties au conflit. De passage à Genève en juin dernier, il raconte.

De passage à Genève en juin 2019, Lenin Bista s’est rendu au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. ©TRIAL International / JMB

TRIAL International: Pourquoi avez-vous rejoint les maoïstes ?

Lenin Bista: A l’époque, nous n’avions que trois choix : rejoindre le gouvernement, s’engager dans les rangs du parti maoïste ou quitter le pays. Certaines personnes ont choisi de partir, mais comme j’étais enfant, je ne pouvais pas. Les maoïstes sont venus dans mon village, ils chantaient, parlaient d’égalité et de nationalisme. J’ai rejoint le groupe avec quatre autres amis du même âge. Deux sont morts maintenant. Nous ne savions rien du mouvement maoïste ; nous aimions simplement le discours et le programme.

 

Ainsi, votre engagement auprès des maoïstes n’était pas strictement motivé par des raisons politiques…

A l’époque, leur slogan était: «Une maison – Un maoïste». Obligatoire. Les forces de sécurité népalaises torturaient souvent les gens et battaient les villageois pour obtenir des informations. Parfois les soldats violaient les femmes ou tuaient des innocents. En réponse, les familles rejoignaient automatiquement les maoïstes.

 

Quel rôle avez-vous joué dans la guérilla ?

J’étais membre du groupe de renseignement de l’Armée populaire de libération (People’s Liberation Army, PLA). Je devais me rendre dans les villes et dans les camps de la police ou de l’armée, recueillir des informations pour ensuite faire un rapport à notre commandant pour préparer la prochaine attaque. On nous a appris à fabriquer une bombe, à utiliser des armes. J’ai participé à deux attaques : l’une que nous avons gagnée, l’autre au cours de laquelle nous avons perdu beaucoup d’amis et été obligés de battre en retraite. Quand l’armée arrivait, nous n’avions que deux options : fuir ou se battre.

 

 

Que s’est-il passé à la fin de la guerre ?

Après la signature de l’accord de paix en 2006, nous sommes restés cantonnés pendant quatre ans. J’avais 18-19 ans quand je suis revenu dans mon village. L’ONU et le gouvernement népalais nous ont promis quelques opportunités, une éducation de base à l’école. Mais un an plus tard, rien n’avait changé.

 

C’est alors que vous avez commencé à défendre les droits des anciens enfants-soldats…

Nous avons créé une organisation appelée D-PLAN (Dischargeed People’s Liberation Army Nepal). Nous avons manifesté pacifiquement ; nous sommes allés aux quartiers généraux de nos ex-commandants. En réponse, ils ont vandalisé ma maison et m’ont kidnappé. Je me suis échappé et j’ai dû me cacher pendant un mois. Après quelques mois, le gouvernement, dirigé par des maoïstes, m’a mis en prison une année entière pour avoir revendiqué mon droit à l’éducation.

 

Avec combien d’autres ex-enfants soldats êtes-vous en contact ?

Aujourd’hui, il y a plus de 4000 ex-enfants soldats dans notre organisation. Nous travaillons bénévolement, nous ne recevons aucun financement de l’extérieur. Nous n’avons pas de vraie base de données, nous restons en contact via Facebook ou par téléphone, ou directement, d’ami à ami. Nous connaissons des gens dans tous les districts.

 

Le gouvernement népalais semble mal à l’aise avec les problèmes que vous et votre organisation soulevez. Comment cela vous affecte-t-il ?

Il y a six mois, ils m’ont arrêté à l’aéroport. Le gouvernement craignait pour son image et que le Népal puisse être accusé de crimes de guerre. Ils ont essayé de m’empêcher de parler des enfants-soldats à l’étranger.

 

Si le gouvernement népalais n’est pas disposé à vous aider, qui le fera ?

Nous avons déposé un rapport à l’ONU parce que nous voulons que les anciens enfants-soldats aient un meilleur avenir au Népal. L’ONU n’entend parler que des rapports déposés par le gouvernement, disant que tout va bien dans le pays. Mais nous avons vécu ces années de conflit. En tant qu’anciens enfants-soldats, nos témoignages sont de première main. J’espère que l’ONU nous aidera.