« Une résistance vis-à-vis de la justice transitionnelle est normale »

19.07.2018 ( Modifié le : 19.12.2018 )

Dr Briony Jones est Maître de conférence associé en Développement International à l’Université de Warwick (Royaume-Uni), Chercheur à swisspeace et membre du Comité de TRIAL International. Elle explique comment son bagage en sciences sociales a façonné sa vision de la justice transitionnelle.

« Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu travailler dans le monde académique. La volonté de repousser mes limites, d’être sans cesse stimulée m’ont conduit dans la recherche sur la violence, la réconciliation et la construction de la paix. Mes recherches actuelles analysent les perceptions de la justice transitionnelle, la façon dont les gens la vivent subjectivement au niveau personnel, politique et sociologique.

La justice transitionnelle est bien plus large que les procédures légales. C’est un processus complexe sur plusieurs niveaux, qui touche au contrat social, à la citoyenneté, à la démocratie, à la représentation… Ce n’est donc pas étonnant si elle se heurte à une résistance ou à du scepticisme.

Cette résistance a été traditionnellement perçue comme négative, mais je pense que c’est une étape normale du processus et qu’elle peut même être constructive. Les processus de justice post-conflit sont pilotés par une minorité de personnes détentrice du pouvoir, qui se conforment souvent aux discours dominants. Nous devrions également entendre les discours alternatifs et dissidents. Si nous arrêtions de les percevoir comme des menaces et que nous commencions à leur porter attention, ces résistances pourraient rendre la justice transitionnelle plus forte, plus crédible et plus efficace. »

Le monde universitaire et les ONG ont beaucoup à s’apporter

« Après avoir travaillé exclusivement dans la recherche pendant quelques années, j’ai mis sur pieds un département de recherche sur la Gestion du Passé chez swisspeace à Berne. Cela m’a amené à collaborer de façon plus étroite avec des juristes et des Rapporteurs des Nations Unies, et j’ai trouvé ces échanges très stimulants. C’est suite à cette expérience positive que j’ai candidaté pour devenir membre du Comité de TRIAL International : les ONG et le monde universitaire ont beaucoup à s’apporter.

N’étant pas juriste, je pense pouvoir apporter un point de vue nouveau au Comité. Même si je n’apporte pas d’expertise légale concrète, j’espère contribuer à élargir la discussion et à resserrer les liens entre TRIAL International et les centres de recherches européens. »

Surmonter la crise de légitimité

« La justice internationale traverse une grave crise de légitimité. Pour surmonter ce scepticisme, les ONG ont besoin de penser leur action juridique dans un contexte politique plus large. Au-delà des affaires elles-mêmes, elles doivent questionner leurs propres postulats et perceptions sur la justice transitionnelle. C’est un travail nécessaire pour rester aussi ouvert et collaboratif que possible, y compris avec des acteurs aux positions divergentes.”