Au Burundi, une victime de torture toujours en danger

24.01.2019 ( Modifié le : 06.03.2019 )

Arrêté arbitrairement, détenu incommunicado et torturé, Benjamin a vécu l’enfer en 2015. Hélas, des années plus tard, il vit toujours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. La raison ? Ses bourreaux n’ont jamais eu à rendre compte de leurs actes… et pourraient donc recommencer.

Depuis avril 2015, le Burundi connait un rétrécissement considérable de l’espace démocratique, assorti de restrictions des libertés civiles, d’une hausse de l’insécurité et de très nombreuses violations graves des droits humains. Ces crimes restent presque totalement impunis, tandis que le gouvernement de Bujumbura s’isole toujours davantage de la communauté internationale.

C’est dans ce contexte que Benjamin (nom d’emprunt) a été arrêté en juin 2015 par un groupe de policier. Embarqué à bord d’un véhicule, il a été détenu incommunicado pendant plusieurs jours.

En détention, Benjamin a subi les pires abus : tortures, traitements humiliants et menaces. En effet, au moins trois fois par jour, ses tortionnaires le torturaient dans le but de lui faire « avouer » son engagement dans la lutte armée menée par l’opposition.

Libre, mais toujours en danger

La détention de Benjamin a eu de nombreuses conséquences néfastes sur sa personne. Plusieurs années après les faits, Benjamin présente toujours de lourdes séquelles des tortures subies. Certaines le font encore souffrir, et ce en dépit de plusieurs opérations chirurgicales.

En outre, du fait qu’il ait continué d’être recherché par des agents étatiques à l’issue de sa détention, Benjamin est contraint de vivre caché. Il mène une existence souterraine, sans réelle vie familiale, et dans la crainte d’être retrouvé par ses bourreaux. Car ces derniers n’ont jamais été inquiétés, malgré une mobilisation citoyenne.

Des faits reconnus, mais aucune sanction

L’année de sa détention, une organisation burundaise de défense des droits humains a fait état du traitement réservé à Benjamin. Une plainte formelle a même été déposée et s’est soldée par l’ouverture d’un dossier d’instruction.

Un espoir de courte durée : si le magistrat a reconnu que la victime avait été torturée, cette déclaration n’a été suivie d’aucun acte d’instruction, et ce plus de trois ans après les faits. En d’autres termes, Benjamin n’a aucune chance de voir ses droits reconnus devant la justice burundaise.

L’affaire prend une tournure internationale

Face à l’inertie des autorités burundaises, TRIAL International a porté l’affaire devant une instance internationale.

Dans sa plainte, TRIAL International demande que la lumière soit faite sur l’affaire et que Benjamin soit rétabli dans son droit. Plus urgent encore, elle demande des mesures pour qu’il puisse dès à présent vivre librement, au grand jour et sans craindre pour sa sécurité. Hélas, tant que les responsables jouissent d’impunité, Benjamin continuera de vivre dans une angoisse permanente.