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Violences sexuelles, une stigmatisation à tous niveaux

31.03.2020 ( Modifié le : 11.05.2020 )

Que peuvent avoir en commun une grand-mère serbe, un enfant congolais et une ex-reine de beauté gambienne ? Tous trois, comme des milliers d’autres victimes à travers le monde, ont subi des violences sexuelles dans le contexte de conflits armés. En Afrique comme en Europe, oser s’avancer, prendre la parole et dénoncer de tels crimes est un véritable acte de courage.

La culpabilité et la honte générées par nombre d’idées reçues découragent souvent les victimes d’en parler. ©Mikel Oibar

Les survivants de violences sexuelles doivent faire face à une stigmatisation profondément ancrée. Celle-ci peut prendre place à un niveau personnel, au sein de la famille ou de la communauté, mais aussi à un niveau institutionnel, dans le système judiciaire. La culpabilité et la honte générées par nombre d’idées reçues découragent souvent les victimes d’en parler. Néanmoins, malgré la difficulté de témoigner, TRIAL International se bat pour que les violences sexuelles en temps de guerre ne restent pas impunies.

 

Une stigmatisation au sein même des communautés

En République démocratique du Congo (RDC), oser parler d’agression sexuelle peut avoir des conséquences désastreuses pour les survivants. Souvent, les femmes mariées sont répudiées par leurs maris et l’ensemble de la famille les rejette. Dans un pays où les prestations sociales sont pratiquement inexistantes, et où la solidarité familiale est une question de survie, les victimes se retrouvent vulnérables et sans ressources. Par peur de se retrouver sans soutien matériel et émotionnel, beaucoup de victimes préfèrent se taire.

Cette stigmatisation repose en partie sur l’idée que les violences sexuelles sont dégradantes pour la victime, non pour l’agresseur. Le fardeau de la honte est porté par les victimes, hommes et femmes, qui sont considérées comme souillées. Les femmes risquent de ne pas pouvoir se marier et les hommes, atteint dans leur virilité, subissent la stigmatisation et la honte dans toute leur violence.

Marginalisées au sein de leur communauté, sans revenus, sans protection et sans soutien moral, les survivants de violences sexuelles nécessitent un encadrement spécial et une aide holistique : soins médicaux, soutien psychologique, aide financière, etc. Lorsque une victime le souhaite, TRIAL International et ses partenaires locaux les accompagnent dans leurs démarches juridiques.

A revoir : Le récit de Gloria, une success story en RDC.

 

Une stigmatisation institutionnelle : le cas de la Bosnie-Herzégovine

Dans les années 1990, plus de 20’000 femmes et plusieurs milliers d’hommes ont été violés en Bosnie-Herzégovine pendant la guerre. Alors que le pays travaille encore sur son passé, un rapport publié par TRIAL International expose les stéréotypes institutionnalisés dans le système judiciaire. Parmi les plus communs, l’idée que la victime doit résister physiquement à son agresseur ou encore qu’elle a une part de responsabilité dans les sévices subis.

Ces mythes imprègnent la pratique des juges, procureurs et avocats en Bosnie-Herzégovine, mais sans doute également ailleurs. Souvent inconsciemment, ces derniers perpétuent ainsi la stigmatisation des survivants de violences sexuelles et inhibe les démarches de victimes qui pourraient vouloir obtenir justice.

Ces stéréotypes se glissent jusque dans le choix des mots utilisés pour désigner l’agression. Dans ses jugements, il arrive que la Cour fasse référence aux violences sexuelles comme une « une attaque à l’honneur de la femme » ou « la pire des choses qui puissent arriver à une femme », accentuant l’idée que l’acte est salissant pour la victime. Encore une fois, c’est l’honneur de cette dernière qui est atteint, pas celui du coupable. Ces expressions, en voulant marquer la gravité du crime, alimentent en réalité la stigmatisation qui en découle pour les victimes.

 

Vers plus de justice

Au niveau institutionnel, la sensibilisation des acteurs juridiques et des défenseurs des droits humains sont fondamentales pour fournir aux victimes un encadrement complet et sécurisant. C’est pourquoi, TRIAL International organise plusieurs formations sur ce sujet, en Afrique comme en Europe.

Par ailleurs, les victoires judiciaires qui condamnent les auteurs de violences sexuelles envoient un message fort. Dans certains cas, à l’instar de Fatou Jallow, ex-reine de beauté gambienne, dénoncer les crimes publiquement libère aussi la parole, encourage d’autres victimes à s’exprimer, et contribue à changer les mentalités.

A relire : Gambie, trois femmes accusent l’ex-président de violences sexuelles

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