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Violences sexuelles : l’importance des mots

05.03.2021 ( Modifié le : 29.03.2021 )

En RDC, en Bosnie-Herzégovine et dans le reste du monde, travailler avec des survivants de violences sexuelles en temps de guerre est extrêmement délicat. L’attitude adoptée vis-à-vis des victimes et de leur récit est cruciale pour les accompagner sur le chemin de la justice. Le choix des expressions utilisées devant les tribunaux a aussi toute son importance.

Les mots utilisés pour décrire l’agression peuvent être problématiques, par exemple lorsqu’ils contribuent à stigmatiser les victimes ou qu’ils minimisent la violence de l’événement. ©CC

Nommer l’innommable

Toutes les victimes d’atrocités telles que torture ou détention arbitraire en subissent les traumatismes. Faire appel à ces souvenirs et relater les souffrances vécues peut être extrêmement douloureux. C’est pourtant essentiel à l’établissement des faits devant un tribunal. Un accompagnement psychologique est souvent utile.

Lors des missions de documentation ou d’investigation effectuées par TRIAL International, les entretiens avec des survivants de violences sexuelles sont particulièrement sensibles. Les victimes doivent revenir sur un acte stigmatisant et tabou. Le crime, qui touche à la sexualité et à l’intimité est souvent évoqué par des termes vagues et génériques. Dans certains contextes, la victime ne possède même pas le vocabulaire adapté pour en parler ! Mais pour que le témoignage ait une valeur devant un tribunal, les faits doivent être exposés sobrement mais clairement. Comment alors amener la victime à verbaliser explicitement l’acte sans la brusquer, l’humilier ou lui faire revivre le traumatisme dans toute son horreur ?

Afin de soutenir les victimes, TRIAL International ne travaille qu’avec des partenaires locaux dûment formés et sensibilisés à la question. Pour cela, l’organisation adopte la déontologie du Protocole international sur la documentation et l’investigation de violences sexuelles lors de conflits.

 

Le choix des mots au tribunal

Alors que l’agression doit être clairement décrite, certains détails peuvent être superflus. Où placer la limite entre les informations nécessaires à la procédure et le respect de l’intimité ? Dans un rapport sur la stigmatisation des victimes de violences sexuelles en temps de guerre en Bosnie-Herzégovine, certaines questions qui émergent durant les procès sont montrées du doigt. Savoir comment l’auteur du crime a déshabillé sa victime ou s’il l’a embrassé est-il strictement nécessaire ? Au sein du tribunal, ces éléments participent le plus souvent à la stigmatisation et à l’humiliation des victimes. Toute question doit être proportionnée et justifiée.

Enfin, les mots utilisés pour décrire l’agression dans le jugement ont également toute leur importance. Certaines expressions sont problématiques. Par exemple lorsqu’elles contribuent à stigmatiser les victimes et lorsque qu’elles minimisent l’élément violent de l’agression. C’est le cas lorsqu’on parle d’« attaque à l’honneur de la femme» ou de « relation sexuelle » pour désigner un viol.

Les victimes de violences sexuelles sont confrontées à de nombreuses difficultés lorsqu’elles osent évoquer ce crime, y compris devant des instances judiciaires. Néanmoins, grâce à un long travail de sensibilisation, notamment en Bosnie Herzégovine, certains progrès peuvent être observés. « Nous pouvons le constater dans les décisions rendues par les tribunaux entre le début des ateliers de sensibilisation et aujourd’hui », note par exemple Božidarka Dodik, juge à la Cour suprême de la Fédération de Bosnie-Herzégovine.  TRIAL International continuera d’œuvrer pour que ces signes prometteurs se généralisent.

 

 

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