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Echos du terrain

03.10.2016 ( Modifié le : 20.06.2017 )

Entretien avec Guy Mushiata, expert des droits humains en RDC

 

TRIAL : La RDC fait une fois de plus la une de la presse internationale. Quelle est votre lecture de la situation ?

Guy Mushiata : Le contexte est très tendu depuis que l’incertitude règne quant aux délais de  l’élection présidentielle.  La situation politique est dans une impasse et celle des droits humains n’est pas toujours reluisante. Au cours des derniers mois, quatre chercheurs internationaux qui enquêtaient sur les droits humains ont été expulsés. Les risques de violences sont réels. Il faut espérer que le dialogue national en cours, bien que non inclusif, trouvera rapidement une issue à la crise pour apaiser les esprits et garantir un meilleur respect des droits de chacun.

 

A quelles difficultés faites-vous face dans votre travail quotidien ?

On parle souvent du manque de volonté politique, ce qui est vrai. Mais nous sommes aussi confrontés à une multitude de problèmes structurels, mais aussi simplement logistiques. La province du Sud-Kivu, où opère TRIAL, est plus grande que la Suisse. Les villages où les exactions sont commises sont extrêmement reculés ; se rendre sur place pour documenter des cas peut prendre des jours et présenter des défis sécuritaires.

Le travail avec les victimes exige également d’être patient. Elles sont souvent traumatisées et craignent des représailles. Il faut les approcher en douceur et laisser un lien se tisser. Le réseau que nous avons sur place est essentiel pour instaurer une relation de confiance.

 

Comment réagissent les victimes quand vous leur parlez de justice ?

Elles sont souvent sceptiques au début. L’impunité est tellement répandue qu’elles ne pensent pas obtenir justice face à leurs bourreaux, surtout lorsque ceux-ci sont dans les forces armées régulières ou dans des groupes armés. Pourtant, notre expérience prouve que leur rôle est crucial dans les procédures. Dans l’affaire Bolingo, par exemple, la Cour aurait sans doute rendu un non-lieu si les victimes n’avaient pas témoigné. Il est important qu’elles puissent être actrices dans le procès et raconter leur histoire avec leurs propres mots. Cela donne aussi du courage aux autres victimes qui se taisent encore.

 

Près de deux ans après l’ouverture des bureaux de TRIAL à Bukavu, comment a évolué votre mission ?

Dès notre arrivée, nous avons tissé des liens avec les acteurs internationaux et locaux sur place : MONUSCO, PNUD, associations de victimes, réseaux d’avocats, etc. Cela nous permet de travailler de manière complémentaire sans nous substituer au travail des autres, et de valoriser l’expertise juridique unique de TRIAL International. Nous sommes de plus en plus sollicités, il faut donc faire des choix dans les dossiers que nous défendons.

 

Quelles sont les priorités du programme aujourd’hui ?

Nous voulons continuer d’œuvrer au niveau national. Bien sûr, nous continuerons de porter les affaires devant la Commission africaine ou les Nations Unies si nécessaire, mais c’est de la RDC que le changement doit émaner : les juges, les avocats, la société civile et les autres acteurs locaux ont un rôle à jouer. Par exemple, les avocats que nous avons formés sont à présent capables d’assister eux-mêmes les victimes de violations des droits humains. C’est une grande satisfaction de voir ces bonnes pratiques se disséminer.

 

* Le dialogue national réunit des représentants de la majorité, d’une partie de l’opposition politique et de la société civile pour trouver une solution à la crise politique liée au report des élections présidentielles, initialement prévues pour fin novembre.

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