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Violences sexuelles: Ces professionnelles qui travaillent aux côtés des victimes

19.01.2017 ( Modifié le : 29.06.2018 )

Des milliers de femmes à travers la Bosnie-Herzégovine sont encore aux prises avec les violences sexuelles dont elles ont été victimes pendant la guerre. TRIAL International a rencontré les professionnelles qui les aident à retrouver confiance en elles.

Dégradées, réifiées, déshumanisées. Ces mots reviennent régulièrement dans la bouche des victimes de violence sexuelle. Le traumatisme de la violence sexuelle en temps de guerre ne se limite pas à la souffrance physique, mais atteint les victimes dans leur dignité et dans leur personnalité. Selon la neuropsychiatre Alma Bravo Mehmedbasin, le caractère intime (et souvent tabou) des crimes à caractère sexuel constitue une torture à plusieurs niveaux. Les cicatrices qu’elle laisse sont aussi bien visibles qu’invisibles.

L’état de stress post traumatique (ESPT), qui se traduit par des insomnies, des sautes d’humeur, des difficultés de concentration ou une propension à la paranoïa, est souvent cité comme une conséquence directe des violences sexuelles. Cependant, pour Alma Taso Deljkovic et Tanja Tankosic, qui travaillent auprès des victimes à la Cour de Bosnie-Herzégovine, cette description est trop réductrice. « L’ESPT est la version allégée des traumatismes dont souffrent les victimes. Dans certains cas, nous assistons à un changement permanent de la personnalité. Le traumatisme peut même se propager à la génération suivante : nous avons rencontré des enfants de victimes présentant des troubles psychologiques majeurs. »

Le crime innommable

Malheureusement, ces problèmes sont rarement traités. Alma Bravo Mehmedbasic estime que la grande majorité des victimes n’ont jamais reçu d’accompagnement psychologique. Dans les zones rurales de Bosnie-Herzégovine, les services médicaux sont insuffisants. Et les victimes sont souvent incapables de se déplacer dans des centres urbains pour obtenir un traitement.

Il existe un autre facteur d’importance, plus pernicieux : le sentiment d’humiliation des victimes dû à la culture patriarcale du pays. Aleksandra Petric, de United Women Banja Luka relève qu’« en Bosnie, même si un viol a lieu en temps de paix, les victimes sont jugées coupables d’avoir provoqué ce type de crime. »

Besima Catic est psychothérapeute et travaille avec les victimes de violences sexuelles. Une partie importante de son travail consiste à aider les femmes à se libérer de leur culpabilité « Je leur explique que ce qui s’est produit était involontaire, que ce n’était pas de leur faute. Ce qui s’est passé est arrivé sans leur accord et elles ne devraient pas se sentir coupables. »

Cependant, le type d’accompagnement qu’offre Besima Catic est limité, et de nombreuses femmes n’en bénéficient pas, continuant à souffrir en silence.

 La justice aide à l’apaisement

Un élément permettant aux victimes d’aller de l’avant est d’obtenir justice, et plus particulièrement de voir leurs agresseurs punis.

Besima Catic considère cette aspiration que la plupart des individus partagent : « quand quelqu’un nous blesse, c’est normal de vouloir voir cette personne punie. Il s’agit d’une satisfaction nécessaire pour les victimes. La sanction leur donne le sentiment qu’un ordre moral a été rétabli. » De la même manière, la psychologue/psychothérapeute Teufika Ibrahimefendic croit que de voir leurs bourreaux répondre de leurs actes est une forme de guérison pour les victimes.

Ce processus reste néanmoins éprouvant psychologiquement. Tous les Tribunaux de Bosnie-Herzégovine ne fournissent pas aux victimes un soutien adéquat. Besima Catic et Teufika Ibrahimefendic ont observé qu’un que les victimes peuvent être re-traumatisées, notamment lorsqu’elles font face à leur agresseur, lors de l’examen contradictoire ou quand elles sont questionnées sur les détails de l’acte sexuel. D’après Catic, les femmes redeviennent alors les victimes qu’elles étaient au moment des faits.

Préparer les victimes à affronter leur passé

Teufika Ibrahimefendic accompagne régulièrement des survivants de la guerre. Elle souligne l’importance de répéter leur témoignage avant leur entrée au Tribunal. Pour les victimes de crimes sexuels, il est essentiel de raconter leur histoire dans un environnement rassurant avant qu’elles ne témoignent devant des inconnus. Ibrahimefendic a pu observer que les victimes qui ne sont pas préparées psychologiquement sont tétanisés en audience, incapables de trouver les mots pour décrire les actes qu’elles ont subis.

Pour cette raison, Ibrahimefendic travaille avec les victimes pour trouver le vocabulaire approprié en vue de témoigner devant un Tribunal. Elle considère que ce processus « aide les victimes à se sentir plus détendues au lieu de ressentir de la honte, de la culpabilité ou de la timidité, et leur permet de parler plus ouvertement de ce qu’elles ont vécu ».

Faciliter les procédures pour les victimes

En raison de l’extrême vulnérabilité de certaines victimes, il est essentiel de faciliter leur chemin vers la justice. C’est là qu’intervient l’expertise de TRIAL International.

La première étape consiste à sensibiliser les acteurs clés aux traumatismes dont peuvent souffrir les victimes. Les professionnels du droit ont des lacunes à ce sujet, et peuvent causer par inadvertance des souffrances inutiles aux victimes. C’est pour cela que TRIAL organise des formations sur aux standards internationaux des droits humains à destinations des procureurs, des juges et des avocats. Ces formations incluent notamment des informations sur les besoins psychologiques des survivants.

TRIAL International s’attaque également à d’autres difficultés d’ordre procédural ou liées aux coûts et à la sécurité. L’ONG plaide pour des amendements législatifs pour que toutes les victimes, même vulnérables ou isolées, puissent faire valoir leurs droits à la justice.

« En 10 années de présence dans le pays, nous avons été témoins de nombreuses améliorations et remporté d’importantes victoires » souligne Selma Korjenic, qui dirige le programme de TRIAL International en Bosnie-Herzégovine. « Mais la route sera encore longue avant que toutes les femmes puissent revendiquer leur droits et leur dignité. »

Lire le rapport complet : Compensating Survivors in Criminal Proceedings, Perspectives from the field (en anglais et bosnien uniquement)

Regardez le témoignage de une victime

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