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Jeux de guerre, zones de non droit ? Un rapport de TRIAL et Pro Juventute

19.11.2009 ( Modifié le : 17.07.2017 )

Pro Juventute et TRIAL (Track Impunity Always – association suisse contre l’impunité) ont analysé la conformité de nombreux jeux vidéo de guerre avec le droit international humanitaire. Le résultat est malheureusement peu encourageant. Ces deux organisations demandent donc aux producteurs des jeux vidéo d’intégrer avec imagination et efficacité le respect des droits humains et du droit international humanitaire lors du développement de tels jeux.

RTEmagicC_war_games.png Les jeux vidéo de guerre représentent souvent des scènes de violence et incitent les joueurs à faire preuve de violence virtuelle. Pourtant, ces logiciels ne devraient pas constituer des espaces indifférents à la loi et à l’éthique. Il serait donc souhaitable que les jeux de guerres fictifs soient régis par les mêmes normes que celles qui régissent de véritables conflits armés. Ces normes, fixées par le droit international humanitaire et les droits humains, condamnent les actes de violence inadmissibles tout en protégeant la dignité des groupes de personnes particulièrement menacées.

Violation du droit international humanitaire dans les jeux vidéo

Pro Juventute et TRIAL ont cherché à établir si des jeux de guerre virtuels mais reproduisant des situations réelles comportent des scènes qui poussent les joueurs à enfreindre le droit international humanitaire – par ex. l’exécution de civils ou de prisonniers de guerre. Les deux organisations ont ainsi examiné une vingtaine de jeux de guerre au regard de leur compatibilité avec les dispositions universellement reconnues du droit de la guerre.

Bilan mitigé

Les résultats de cette étude illustrent que les normes de droit international humanitaire ne sont guère intégrées aux règles des jeux vidéo de guerre. A première vue, ce bilan n’est pas surprenant, puisque ces jeux poursuivent un dessein de divertissement et non d’éducation. Néanmoins, il est regrettable que ces normes ne soient pas retranscrites dans les jeux: certains d’entres eux ne sanctionnent pas les attaques contre les personnes civiles et les biens protégés comme les églises ou les mosquées; d’autres encouragent le recours à la torture lors des séances d’interrogatoires ou ne prohibent pas les traitements inhumains ou les exécutions extrajudiciaires. Toutefois, il existe quelques jeux dans lesquels l’assassinat de civils est puni et où des stratégies de jeux plus respectueuses de ces normes sont récompensées.

Recommandations

Ces exemples démontrent que les règles du DIH et des droits humains peuvent facilement être intégrées dans les jeux vidéo de guerre. Il est regrettable que les producteurs de ces jeux n’utilisent pas leur sens de l’innovation et leur créativité pour les intégrer dans leurs produits. A quand par exemple l’apparition du CICR et des tribunaux internationaux comme acteurs dans de tels jeux ? Les jeux vidéo devraient en effet saisir l’occasion de promouvoir ces normes plutôt que de donner l’illusion que la violence est sans limites.

Mise en œuvre d’un projet primé

L’idée, formulée initialement par TRIAL, de lancer une telle étude s’est vu discerner un prix d’encouragement par le Forum international des droits humains de Lucerne en 2007. Elle s’est ensuite concrétisée en collaboration avec Pro Juventute. Les jeux sélectionnés ont été évalués par des spécialistes du droit international humanitaire, sous la supervision scientifique de Marco Sassòli, professeur et directeur du Département de droit international public et organisation internationale de l’Université de Genève.

Pour plus d’informations:

Pro Juventute contribue activement à la protection de l’enfance et de la jeunesse dans le domaine des médias
La fondation Pro Juventute a lancé en septembre 2007 la pétition «Stop à la violence sournoise». Cette action a pour but de protéger les enfants et les jeunes contre les scènes de violence virtuelle inadaptées à leur âge en limitant leur libre accès aux médias de divertissement. Le respect du droit humanitaire international dans les jeux de guerre sur support vidéo ou informatique représente un aspect important de la protection de l’enfance et de la jeunesse dans le domaine des médias – raison pour laquelle Pro Juventute soutient TRIAL dans la mise en œuvre du projet décrit ci-dessus.

TRIAL
TRIAL (Track Impunity Always / association suisse contre l’impunité) est une association de droit suisse, fondée en juin 2002. Elle est apolitique et non confessionnelle. Ses buts sont principalement de lutter contre l’impunité des responsables, des complices ou des instigateurs de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de torture. TRIAL aide les victimes de tels actes à demander justice par voie légale via son Centre d’action juridique à Genève, participe activement aux débats politiques sur le sujet et informe le public de l’évolution du droit international pénal.

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